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Christiane Passevant
Le Syndrome de Babylone. Géofictions de l’apocalypse
Alain Musset (Armand Colin)
Article mis en ligne le 29 septembre 2013
dernière modification le 6 juin 2013

par C.P.
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La théorie du chaos n’a sans doute pas fini de fasciner l’humanité. Et la kyrielle de fins du monde prophétisées témoigne de l’imagination débordante déployée autant dans les médias que dans la littérature, le cinéma et, depuis quelques décennies déjà, dans les jeux vidéo. Les pronostics de catastrophes planétaires occupent largement les esprits et l’on en vient à se poser des questions sur les mécanismes des annonces d’apocalypse présentée en général, avec plus ou moins d’ambiguïtés, comme une punition divine. Pour preuves lointaines et mythiques, l’Atlantide punie par les dieux de l’Olympe, engloutie dans les flots et rayée des cartes, Sodome et Gomorrhe sombrant dans les flammes avec les populations, ou encore la tour de Babel d’après le Déluge…

Fin 2012, les prédictions annonçaient le pire et le monde aurait encore échappé à une fin certaine… Une autre de ces apocalypses prévues avec tant de précision et d’insistance que c’en est finalement troublant. Non par la réalité de la menace et de sa proche échéance, mais par la récurrence
des annonces et leur impact sur les crédules, avec des variantes dans le scénario du processus final de destruction de l’humanité.

Le syndrome de Babylone. Géofictions de l’apocalypse d’Alain Musset éveille la curiosité, d’autant qu’il est géographe et urbaniste et que
Sodome et Gomorrhe, Babylone sont des villes, ou plutôt de mégapoles
qui symbolisent les vices, la décadence, disons l’enfer pour rester dans la
dramatisation des mythes… Du point de vue anarchiste, l’explication de la punition divine et son recours à la purification sont des concepts peu crédibles. En revanche les dangers de la pollution, du nucléaire, des déchets toxiques représentent des menaces tangibles et bien réelles causées par le capitalisme.

L’ouvrage d’Alain Musset recense d’innombrables fins imaginées du monde — textes bibliques, mythes divers, livres, films, bandes dessinées, jeux
vidéo — et offre « des clefs inattendues et insolites afin de comprendre notre vision pessimiste d’un monde qui semble n’avoir été créé que pour mourir, ainsi que les outils pour lire ou regarder les œuvres de science-fiction dans une perspective véritablement sociologique ».
Car, comme l’écrit Musset, « si l’apocalypse est un fantasme, la société qui l’invente pour se faire peur est bien réelle et chaque fin du monde est le reflet de son époque. » Et d’ajouter à propos de ces Géofictions de l’apocalypse : « Je m’intéresse à l’inscription spatiale des faits sociaux et aux relations ambiguës qui s’établissent entre les lieux physiques, les représentations sociales et les imaginaires. »

Dans Le syndrome de Babylone. Géofictions de l’apocalypse, il est donc question de capitalisme, de pollution, d’écosystème, de nucléaire, d’apprentis sorciers, de surconsommation, de pandémies, de nouveaux déluges en préparation et autres dangers bien réels dont l’imagination est
sans aucune relation avec une croyance quelconque, sinon avec celle du dieu dollar !

Mais après de la catastrophe, après la réduction à néant des structures politiques et morales, des bornes qui servent de « cadre normatif » aux sociétés ? La situation de chaos génère dans la littérature de science fiction une réflexion sur « un certain nombre de problèmes que posent pour nos sociétés modernes le rôle ambigu de l’État, la légitimité de la violence, les faiblesses du système démocratique, les valeurs de l’individualisme ou le pouvoir symbolique que s’arrogent des communautés antagoniques au nom de leur identité collective. »

La science-fiction n’est finalement pas que du divertissement et suscite bien des réflexions sur un monde futur, post déluge ou catastrophe.



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