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Oscar Zanetti Lecuona
Histoire du sucre cubain (3)
Polémica Cubana
Article mis en ligne le 21 mars 2013
dernière modification le 10 février 2013

par C.P.
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La chute de l’Union Soviétique a mis en évidence les lacunes de l’économie cubaine, en particulier celles de son industrie sucrière. Au début du nouveau millénaire, les dirigeants ont tout de même tenté de sauver une partie de cet ancien secteur fleurissant, encore plongé dans une grande dépression.

Le sucre comme moyen de subsistance

Quand la débâcle soviétique toucha l’économie nationale en faisant chuter la richesse du pays de plus d’un tiers, le sucre resta une nouvelle fois le principal moyen de paiement dans le règlement des transactions internationales.

Traditionnellement privilégié dans l’allocation des ressources de cette économie planifiée, le secteur sucrier comptait des moyens suffisants pour maintenir sa production même s’il devait vendre son produit à des prix ne couvrant pas les coûts. La vieille consigne « du sucre pour croître » s’est vite transformée, à l’aube des années 1990, en « du sucre pour survivre ».
Les récoltes ont continué à se vendre par avance en même temps que le volume des échanges s’est réduit de moitié en à peine cinq ans.

Quant à la production de canne à sucre, la chute fut encore plus dévastatrice dans la mesure où les cultures avaient été réorganisées
sur des bases purement coopératives, sans engrais, sans irrigation et
en coupant les cannaies qui n’avaient pas encore terminé leur cycle de maturation (le résultat d’une mesure très antiéconomique : « qu’il ne
reste aucune canne à sucre debout »).

On suppose que la « première industrie cubaine » produisait avec un manque cruel de matériel. Le peu disponible n’était ni réparé ni remplacé. Ce qui était économisé en ressources se perdait en productivité. Les usines en très mauvais état ont commencé à se paralyser sans jamais atteindre les objectifs de rentabilité souhaitée.

La restructuration sucrière

À la fin des années 1990, dans une difficile conjoncture où les prix restaient faibles et les perspectives peu reluisantes, la nature du problème commença à être mise en avant : peu de stimulation au travail, technologie obsolète… Les spécialistes étudièrent des solutions pour maintenir cette industrie de façon rentable. Toutes les solutions supposaient un ajustement de la production et une modification des usines pour gagner en efficacité, on commença alors à parler de « restructuration ».

En 2002, alors que la « période spéciale » était passée et que l’économie nationale avait trouvé de nouvelles ressources (tourisme…), les autorités décidèrent finalement de restructurer profondément ce qui avait cessé d’être notre « première industrie ». Soixante-dix usines ont été fermées en très peu de temps dont certaines étaient paralysées depuis plusieurs années. 700.000 hectares de cannaies ont été reconvertis en d’autres cultures. Enfin, le trafic ferroviaire fut considérablement réduit en même temps que 60.000 travailleurs déplacés. Durant ce processus, ces derniers ont continué à percevoir des allocations pour les inciter à reprendre leurs études.

Afin d’amortir les conséquences socio-économiques de ces mesures, le Ministère du sucre se chargea de préparer les terres destinées aux nouvelles cultures, facilitant ainsi la mobilité des travailleurs et continuant à offrir les services habituels (électricité, eau…) aux habitants des sucreries désaffectées.

Largement prise en charge par les collectivités sucrières, cette restructuration fut peu commentée par la population. Bien que ce fut un des plus grands changements dans l’histoire économique cubaine, il n’eut que peu d’impacts sociaux ou sociétaux à l’exception bien sûr des communautés touchées pour lesquelles la restructuration fut un choc dans leur mode de vie.

Dans bon nombre de cas, les usines désormais désertes, représentaient la principale source de travail dans ces communes. Certaines sucreries étaient même le point central de plusieurs municipalités. Pour toutes ces personnes dont l’existence s’était écoulée au rythme des sucreries, il ne leur restait que des structures squelettiques vidées de leur équipement, des locomotives et abandonnées au bord des chemins, ou des matériaux laissés par manque d’utilité. Surtout, il restait un silence déprimant.

Bien qu’il n’y ait pas eu d’abandon de postes, les emplois offerts ne correspondaient pas souvent aux capacités des travailleurs « excédentaires » ni à leurs souhaits. On vit apparaitre de sérieux problèmes d’identité autant dans les communautés que chez les personnes. Ici ou là, une équipe de base-ball garde le nom de la vieille sucrerie, un groupe de musique anime les nuits désertes de la ville, des danseurs investissent la vieille « maison de logement » pour garder un espace de divertissement. Mais rien de cela ne permet la préservation de l’identité ou son adaptation à une nouvelle dans laquelle l’empreinte sucrière aurait perdu son importance.

P.S. :

Publié par Espacio Laical (Espace Laïc). C’est un projet de communication sociale constitué par l’organe de presse du Conseil des Laïques de l’Archidiocèse de La Havane.

http://www.polemicacubana.fr/?p=7857#more-7857



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