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Géraldine Pigault
La Parade
Film de Srdjan Dragojevic
Article mis en ligne le 14 janvier 2013
dernière modification le 27 mars 2013

par C.P.
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Après avoir raflé trois prix à Berlin, La Parade de Srdjan Dragojevic débarque sur les écrans français. Caricature d’une homophobie protéiforme, cette satire savoureuse explore avec mordant différents niveaux d’altérité dans une société encore marquée par des années de guerre fratricide et ses blessures intestines.

Imaginez Lemon, parrain des gangster de Belgrade et brute mal dégrossie engoncée dans des joggings de marque, contraint d’assurer l’encadrement de la première gay pride en Serbie. Imaginez ensuite le spécimen en question sillonner les pays voisins afin d’enrôler d’ancien combattants du Kosovo dans son service d’ordre sur mesure. Dans la première partie du film, le cortège lancé à tombeau ouvert réunit pêle-mêle un Croate, un Serbe, un Bosniaque musulaman et un vétérinaire homo dans l’habitacle d’une voiture minuscule. Au lieu de tomber dans les poncifs du road-trip initiatique et mielleux, le trajet jalonné de pauses improbables restitue à l’envi l’ambiance kitchissime d’après guerre commune au quotidien de chaque passager.

Si cette comédie farfelue n’évite pas certains clichés, telle la voiture rose bonbon ou les gros durs parsemés de tatouages, elle insuffle un véritable bol d’air frais dans l’expiation incessante d’un cinéma des Balkans souvent plombé par le poids d’un passé teinté de guerre et de deuil interminables. C’est tout le contraire avec La Parade. Dragojevic signe ici un 7ème long métrage caustique et jubilatoire, prompt à désamorcer les tabous d’une société contemporaine où les minorités ont la vie dure.

Traité avec humour, l’encadrement du défilé évoque sans pathos les difficultés et violences rencontrées lors des premières tentatives d’organisation de gay pride (ndlr : dès 2001). La dernière scène du film a d’ailleurs été tournée pendant la véritable première pride menée à bien, en 2010 à Belgrade. A cet égard, elle illustre magistralement l’ampleur du danger de cette marche, puisque la centaine de militants est cernée de milliers de groupuscules skinheads, hooligans et néo-nazis prêts à « casser du PD ».

Le sujet est donc habilement amené, avec la légèreté apparente de séquences débridées et satiriques (telles le décryptage de Ben-Hur par la troupe ou la décoration de fond en comble de la maison du protagoniste selon le goût raffiné d’un architecte d’intérieur forcément homo ). L’intérêt de la Parade réside sans doute dans le glissement progressif, opéré par le réalisateur : de la comédie naïve vers l’explosion des tensions, dont le résultat laisse le spectateur désemparé. À l’heure où la France s’enflamment autour des modalités du mariage pour tous, le film de Dragojevic arrive donc à point nommé. On en ressort avec le doux espoir d’unisson et d’égalité.

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