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Nestor Potkine
Méthodes infaillibles pour combattre la pauvreté
Article mis en ligne le 4 janvier 2013
dernière modification le 15 décembre 2012

par C.P.
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The Economist, un hebdomadaire britannique, est un magazine intéressant à lire. Car il dévoile sans fard la pensée des maîtres de ce monde, les riches. En tout cas, celle des plus intelligents d’entre eux. On dispose donc avec lui d’une pierre de touche utile. Les riches intelligents sont en général un peu moins cruels, un peu moins cyniques que leurs confrères moins doués. Toute ignominie approuvée par The Economist est par conséquent certainement partagée par l’intégralité des maîtres. Une preuve parmi tant d’autres : le numéro du 15 décembre 2012 comporte une chronique, rubrique « business » et « Schumpeter » On aura reconnu le nom d’un économiste, pas d’un journaliste. Il s’agit bien d’un pseudonyme, aucun article de The Economist n’est signé. C’est heureux pour le journaliste en question, car sa chronique passe les bornes, pourtant lointaines, du cynisme.

« Schumpeter » commence par se lamenter de l’état de l’économie. Bien entendu, il n’est pas question pour lui de se demander pourquoi l’économie va mal, ce serait courir un gros risque. Mais il demande quand même « comment les entreprises peuvent-elles prospérer quand leurs clients sont sévèrement gênés aux entournures ? » « Comment les gouvernements peuvent-ils s’occuper des pauvres quand leurs budgets sont si tirés ? » La lectrice du Monde Libertaire la moins savante en économie pourrait lui répondre sans réfléchir plus d’une nanoseconde « si les riches ne passaient pas l’aspirateur dans les poches des salarié-es et des Ètats, peut-être qu’il y resterait quelque chose. » Non, The Economist a pour but d’aider les riches à devenir plus riches. La réponse est donc fort différente. Elle consiste en une idée simple :

Abandonnez les techniques de vol (en langage technique, le vol se dit « la vente », si l’on parle d’une cliente, ou « le salaire » si l’on parle d’une employée) qui fonctionnent avec les classes moyennes, puisque les classes moyennes sont en voie de disparition. Appliquez maintenant partout les techniques de vol qui, auparavant, étaient destinées à ne vider que les poches des pauvres. Et notre économiste, dans son journal d’économie, de recommander des techniques de vol extraordinairement sophistiquées :

Les Grecs n’ont même plus de quoi se payer de la purée en poudre ? Qu’à cela ne tienne, ne baissez pas le prix au kilo, vendez simplement des boîtes beaucoup plus petites. Yorgos Anachrysos ne peut pas se payer une boîte d’un kilo à cinq euros ? Il s’offrira la boîte de cent grammes à cinquante centimes. Il suffisait d’y penser. Maria Sinpesetas ne peut plus se payer un baril d’Omo ? Elle achètera un berlingot. Petit, le berlingot. Petit, le profit sur le berlingot ? Certes, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières, et s’il y a plus de pauvres, il y a donc plus de gens pour acheter la purée en dé à coudre ou la lessive en paquet de six molécules. C’est écrit noir sur blanc par « Schumpeter ».

Deuxième méthode, faites comme Renault. La Renault est trop chère pour l’ex-sidérurgiste lorrain moyen ? Vendez-lui la Dacia !
Divisez votre production en deux : une marque riche, une marque pauvre. L’Oréal pour Marie-Chantal, Dop pour sa concierge.

Troisième méthode, inondez le monde d’imprimantes en 3D. Oui, vous savez, ces imprimantes qui ne fonctionnent pas au jet d’encre, mais au jet de plastique, et qui sortent n’importe quoi, une paire de tenailles, un vase, un coude de tuyau. Lorsque tout le monde en possèdera une, on n’aura plus besoin d’acheter des objets très chers, il suffira d’un peu de ce plastique dont sont faites les briquettes de Lego, et hop ! l’abondance sera à la portée de tout le monde.

Nestor Potkine, qui s’est commandé une imprimante en 3D. Pour qu’elle lui fabrique une broyeuse à économistes.



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