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Christiane Passevant
Par amour
Film de Laurent Firode
Article mis en ligne le 4 janvier 2013
dernière modification le 25 décembre 2012

par C.P.
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Par amour

Film de Laurent Firode

Par amour de Laurent Firode [1] pose une question simple : que ferait-on par amour ? Le pire et le meilleur sans aucun doute. Le film est à la fois une comédie critique et tendre, un conte banal avec des histoires croisées se faisant écho dans une société sans repères et d’abord mercantile… Bref une vision de l’incommunicabilité alliée à un besoin immense de tendresse…

Ça commence comme ça… En gros plan, plusieurs personnes se présentent face caméra. Portraits zappés qui s’enchaînent très vite. Deux mots et c’est déjà une parcelle de l’histoire de chacun et de chacune, d’une personnalité qui se révèle ou se dérobe, le moi dissimulé ou dévoilé… Des personnages de la vie, qui s’ennuient, rêvent de devenir célèbres, cherchent à draguer, se voient déjà en haut de l’affiche, des tendres, des bègues, des traumatisé-es, des sans voix… Des personnages paumés et d’autres qui se révèlent… En fait des gens que l’on croise au quotidien.

Le décor de départ a son importance, c’est celui du théâtre qui établit immédiatement une relation sensible entre fiction et réalité. La première scène se situe dans un cours de théâtre amateur, celui d’Angelo qui lui aussi a son histoire, même si lui est seulement attribué dans un premier temps le rôle de maître d’œuvre ou de fil rouge. Il fait partie comme les autres du maillage narratif ou du puzzle sentimental.

La pièce choisie pour une future représentation estRoméo et Juliette,
rien de moins. Et, après la scène du casting, voici tout ce petit monde transformé en Montaigus et Capulets ! La « Juliette » du film est dans
le déni de ses parents et lorsqu’elle rencontre « Roméo », le fils à
papa — plutôt belle gueule — d’une riche famille libanaise, elle y croit et s’invente pour l’impressionner des parents décédés, dont un père ambassadeur, de même qu’une foi musulmane soudaine. C’est l’histoire dans l’histoire, dans l’histoire…

À l’issue d’une première répétition qui piétine, Angelo, quelque peu agacé, renvoie tout le monde à son texte et à une prochaine répétition.
La « comédie sentimentale », plutôt sociale, se met en place, car après cette première rencontre des comédien-nes en herbe et au cours des répétitions, bien des événements surviennent dans la vie des protagonistes qui vont remettre en question au fur et à mesure, leurs certitudes, leur vie, leur goût de la vie, leurs rêves, leurs fantasmes… Laurent Firode est un conteur qui aime raconter les histoires des autres, c’est certain, comme s’il savourait chaque moment de surprise ou d’embarras. Toute la narration étant modulée par les répétitions, la truculence du texte de Shakespeare et les situations impromptues…

Laurent Firode, facétieux conteur d’histoires des mille un jours, livre ici un scénario au cordeau pour le plus grand plaisir du public. Il n’est pas question
de prédestination, mais plutôt de rencontres et de hasards qui font bien les choses ! Des « miracles », des accidents, des histoires d’amour, des ruptures et des retrouvailles servi-es par un casting magnifique. De la petite frappe à la ménagère à l’ouest, de la copine qui se mêle de tout à la veuve qui vit avec le souvenir de son compagnon défunt — façon le Fantôme de Madame Muir —, du dragueur au timide, du comédien raté à la femme qui désire un enfant… Tous et toutes sont des héroïnes et des héros du vécu.

Comme dans Miracles en Arménie [2], son court métrage qui a ouvert le 34e Festival du cinéma méditerranéen, Laurent Firode joue de ces histoires croisées, dont les liens, même s’ils sont ténus ou paraissent à première vue improbables, apportent des rebondissements d’émotion, d’humour et d’amour. Car il s’agit bien de cela dans le film : la quête de l’amour.

Amour et clin d’œil, car le réalisateur apparaît à la manière d’Alfred Hitchcok, dans le décor, mais aussi dans l’histoire.

Par amour, un film sur les écrans depuis le 26 décembre.

Laurent Firode : Mon inspiration ne vient jamais ni du théâtre, ni des livres, ni du cinéma, bien que j’aime bien les trois. Ce qui déclenche en moi l’envie de raconter une histoire, c’est un sentiment que j’ai dans la vie. Si ce sentiment est fort, il m’habite, je vis avec et peu à peu cela se construit. J’écris tous les jours, mais c’est parfois un peu confus, abstrait, je prends des notes sur un personnage que je trouve intéressant, sur une réplique que j’ai entendu dans la rue, sur un visage que j’ai croisé. Lorsque j’ai l’idée forte susceptible de fédérer toutes ces notes, je commence réellement à écrire.
En fait, l’idée vient de moi qui se balade dans la rue, qui traîne au café. Je traîne énormément.

Christiane Passevant : Tu traînes et tu observes. Cela demande un certain intérêt, une empathie vis-à-vis des autres.

Laurent Firode : Cette empathie vient du fait que lorsque l’on a envie de regarder les autres, c’est que l’on en a marre de se regarder soi-même. Lorsque tous mes problèmes personnels m’emmerdent, je m’en vais regarder le monde. Avec ou sans empathie d’ailleurs, cela dépend, je peux être révolté, choqué ou intrigué. Je n’éprouve pas uniquement de la bienveillance, non, mais je suis attentif aux autres.

Christiane Passevant : Tu regardes avec ironie aussi, ce n’est pas “tout le monde il est beau et gentil“.

Laurent Firode : Évidemment non, ce n’est pas le monde des bisounours.

Christiane Passevant : J’aimerais revenir sur la structure du récit qui fait penser aux contes des mille et une nuits, sans la notion de destin et de prédestination.

Laurent Firode : Le rapport avec les Mille et une nuits est très juste car Shéhérazade raconte ses contes à Shahryar pour sauver sa peau, si son histoire devient ennuyeuse elle aura la tête tranchée. Alors le climax, le suspense, les rebondissements, cela date d’hier. Les risques de ne pas intéresser le public était bien plus grands que de perdre de l’argent. Et moi qui suis en train de traînasser dans mes cafés habituels, qui suis à la fois Shéhérazade et Shahryar, je dois m’intéresser. Ça n’est pas toujours évident et si mon intérêt baisse je dois chercher autre chose et m’atteler au travail. Il faut que ça bouge.

Christiane Passevant : Et l’humour ?

Laurent Firode : L’humour est pour moi essentiel, c’est la marque profonde du réalisme. Une tragédie n’a pour moi aucun lien avec la réalité. Elle n’a qu’une seule perspective, la comédie au contraire c’est l’événement parasite qui vient casser un drame, une tragédie. La réalité n’est ni tragique ni comique, c’est ensuite le regard que l’on porte sur les événements. La comédie, c’est déstructuré, la comédie c’est le bordel en fait et la vie c’est le bordel. Donc j’ai toujours des éléments de comédie dans les événements les plus tragiques pour être vrai, pour être proche de la réalité. Toutefois je ne fais pas un cinéma naturaliste, qui veut paraître réel, mais, et c’est différent, qui veut être vrai dans les sentiments, les émotions. Certaines scènes semblent parfois too much, impossibles dans la vie, quoique la vie est souvent pleine de surprises incroyables. Tous les personnages m’ont été inspirés par des personnes que je connais, même Rémi, qui a des côtés grotesques, a existé.

Christiane Passevant : Pour ce tournage, il y a eu beaucoup de
répétitions ?

Irène Ismaïloff [3] : Il y a des répétitions avant le tournage pour des raisons de budget, mais pas trop sinon cela peut enlever de la spontanéité au jeu et à ce que les comédien-nes peuvent apporter au plan de l’improvisation. On tourne ensuite et on rigole beaucoup.

Christiane Passevant : Tu as tourné en combien de temps ? Et combien de temps de montage ?

Laurent Firode : Douze jours avec de nombreux personnages, un peu moins de vingt je crois. Le montage a été très long. Il y a eu un premier montage d’une durée de deux heures quarante, beaucoup trop long pour la distribution. J’ai du couper beaucoup de scènes. Le montage s’est fait en plusieurs étapes avec visionnage et projection devant une soixantaine de personnes. cela a pris trois ou quatre mois.

Christiane Passevant : Les lieux sont multiples aussi.

Irène Ismaïloff : C’est le producteur qui a fait les repérages et a trouvé tous les lieux. L’équipe de régie était aussi formidable.

Christiane Passevant : Et le casting ?

Laurent Firode : J’ai déjà tourné avec la plupart des comédien-nes et c’était un plaisir de les retrouver.

Christiane Passevant : Tu travailles sur quel projet ?

Laurent Firode : Sur un film, les Vrais gens, qui va décortiquer ces émissions de télé qui se nourrissent des ces gens et en fait les prennent pour des cons pour faire de l’audimat. Mais le film montrera que ces vrais gens ne le sont pas autant que ça et savent très bien manipuler les médias. Ce sera en fait une histoire de qui va manipuler l’autre.

Notes :

[1Par amour de Laurent Firode (France, 115 mn). Scénario : Laurent Firode.
Photographie : Matthieu Misiraca. Son : Arnaud Trochou.
Interprétation : Valérie Mairesse, Valérie Vogt, Frédéric Bouraly, Sophie Mounicot, Jean-Paul Muel, Patrick Dross, Irène Ismaïloff, Nicky Naude, Mata Gabin, Philippe Duquesne, Sofiia Manousha, Renato Ribeiro, Nanou Garcia, Eric Savin, Husky Kihal, Alain Zef, Jonathan Drillet, Jean-François Dérec, Max Morel, Fahd Acloque.

[2Voir article dans ce même numéro de Divergences

[3Irène Ismaïloff est Marie dans Par amour.

P.S. :

Pour voir les films de Laurent Firode en streaming

http://laurentfirode.com/Films/Multiplex.html

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