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Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
À ma place de Jeanne Dressen
Article mis en ligne le 14 juin 2020

par C.P.
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À ma place
Un film de Jeanne Dressen

Sortie en e-cinéma le 17 juin 
La Vingt-Cinquième Heure https://www.25eheure.com/
Sortie en salles le 9 septembre

Auto-produit, filmé dans l’urgence, À ma place a toutes les qualités de la spontanéité et de la réflexion sociale et active sur le terrain. « Ce 2 Avril, j’ai vu une jeune femme lire au micro, en tremblant, un texte qu’elle venait d’écrire sur un cahier d’écolière. » Jeanne Dressen est là, avec sa caméra, pour voir ce qui se passe. Intéressée depuis toujours par les mouvements sociaux — les Indignés en 2011, les manifestations contre la loi travail, Nuit Debout en 2016, le mouvement des gilets jaunes — la réalisatrice les observe et les analyse comme la volonté d’appropriation de la politique par le peuple. « Lorsque l’on participe à ces mouvements, je trouve qu’un souffle très fort s’en dégage, que l’on ne peut pas saisir si l’on y passe en spectateur de temps en temps. On risque alors de n’en capter que les aspects naïf et amateur, qui existent aussi. Il faut “en avoir été” (et y croire un peu) pour percevoir ce qui se passe individuellement et collectivement dans un tel moment. » Jeanne, Savannah vivent ce moment comme une expérimentation collective : s’exprimer, inventer, partager, exister. Cette conviction et cet enthousiasme sous-tendent le film à travers le portrait de Savannah ; en effet, elle représente par ses actions, sa parole, la vision ébauchée de toute une partie de la jeunesse, qui en a assez des modèles imposés de vie et de réussite sociale.

La rencontre de Savannah et de Jeanne est tout à la fois emplie d’émotion et d’espoir. Savannah a 25 ans, c’est une femme et, souligne Jeanne, « j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup moins de femmes pour prendre la parole devant tant de monde. Son discours est un appel, un cri de colère mêlé d’espoir, adressé à [celles et] ceux qui, comme elle, sont assis là et n’en peuvent plus du fonctionnement de notre société. »

Revient alors le questionnement récurrent des motivations de l’engagement, la décision de dire non. Savannah est une étudiante brillante, boursière et issue d’un milieu ouvrier, passionnée de sociologie, mais qu’est-ce qui la pousse à se rendre sur la place de la République tous les jours et toutes les nuits, de prendre part au plus grand nombre possible de manifestations alors qu’elle est à un moment crucial de ses études ?

« J’ai filmé Savannah parce que quelque chose en elle m’interpellait, sans que je ne puisse clairement expliquer quoi. Puis je suis allée faire sa connaissance. Elle m’a immédiatement exposé son dilemme : s’atteler à son avenir personnel avec une candidature en cours à l’Ecole Normale Supérieure, ou poursuivre son engagement collectif avec Nuit Debout, qui suscitait chez elle un très fort enthousiasme. Cela m’intéressait beaucoup de savoir [poursuit la réalisatrice] ce qu’elle allait choisir, et je pensais que ça pouvait être un enjeu dramatique intéressant pour un film. Je l’ai donc suivie jour après jour, et petit à petit, j’ai fait un film. »

La rencontre de la cinéaste et de l’étudiante-militante donne à voir une analyse profonde de cette génération en devenir, des choix déterminants vis-à-vis d’un avenir que les deux femmes observent avec lucidité, l’une devant la caméra et l’autre derrière, sans pour autant négliger l’espoir suscité par le mouvement et la réponse violente de la part du pouvoir. Car la répression policière est aussi présente dans le film, la caméra déstabilisée, la course dans la fumée des grenades lacrymogènes, la brutalité des robots cops face à une foule pacifique, la gravité des blessures des manifestant.es, l’impunité des policiers et la stratégie qui consiste à viser les plus politisé.es. Face au déferlement de la violence et au silence méprisant du pouvoir, une pancarte : « Désolé.e pour le dérangement. Nous essayons de sauver notre avenir ! »

À ma place est un film unique, entre engagement et intimité, dont la démarche rappelle celle de Carole Roussopoulos : témoigner, observer la prise de conscience, la dynamique des mouvements sociaux, la recherche d’une autre société, donner la parole aux sans voix dans le champ social et politique.

À ma place de Jeanne Dressen en salles virtuelles et en ciné-débats à partir du 17 juin.
Sortie en e-cinéma le 17 juin
La Vingt-Cinquième Heure https://www.25eheure.com/
Sortie en salles le 9 septembre

P.S. :

Jeanne Dressen nous rappelle la gravité de la répression et des violences policières. C’est en particulier préoccupant pour quiconque reste attaché aux libertés publiques, aux libertés de manifester et d’informer, et au respect des personnes. Eléments clés s’il en est quand la résilience - voire la réalité même - de la démocratie sont mises à l’épreuve. Et les successifs états d’urgence que nous traversons pourraient s’avérer pour elle de rudes crash-tests.

Célébrer l’engagement et le courage face aux répressions autant que documenter d’inventives expérimentations pour renouveler les pratiques démocratiques, voici de bonnes raisons de sortir À MA PLACE coûte que coûte et par les voies qui restent praticables. Ceci donc sans attendre la réouverture des salles de cinéma que nous nous ferons un plaisir de rejoindre le moment venu pour des débats publics en présence. Même si ce n’est pas bien sûr ce que nous espérons pour ce début des années 2020, gageons que l’indifférence aux inégalités sociales et au désastre écologique, l’absence d’écoute, les lois liberticides, les passages en force et les violences qui les accompagnent, autant de causes aux motivations qui nous animent pour cette sortie, n’auront pas encore disparu de notre quotidien.




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