DIVERGENCES 2
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Nestor Potkine
Retour du Rojava
Article mis en ligne le 31 mars 2020
dernière modification le 1er avril 2020

par C.P.
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I. CHOSES VUES

D’abord, y aller. Pas de vol direct CDG/Révolution ! Car pas d’aéroport au Rojava. Enfin, si, un, à Qamishlo. Contrôlé par Assad. Y atterrir pour passer au Rojava revient à s’offrir un séjour gratuit de dix ans de prison. Par la Turquie, alors ? Il faut courir entre les balles. Par l’Iran, idem. Reste le KRG, Gouvernement Régional du Kurdistan, vaste tranche de l’Irak, indépendant de facto, si pas de juris. Barzani, son dictateur ethno-clientéliste, est kurde, donc un peu obligé de ne pas étouffer le Rojava, et de laisser ouvert un, oui un seul, poste-frontière avec la "Fédération démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie", notre Rojava.

Raphaël Lebrujah, auteur de l’excellent Comprendre le Rojava dans la guerre civile syrienne et moi arrivons à Suleymanyé, ville du KRG, début mai. J’ai très peur lorsque, pour la carte de séjour irakienne, on nous envoie dans le bureau de l’ "Intelligence Unit" où une espèce de tueur, un crâne rasé aux yeux de psychopathe, semble dire : "Encore un peu de gégène ?". Mike Tyson avec le regard d’Hannibal Lecter. En vrai. Miracle, nous ressortons du bureau vivants. Deuxième miracle, le poste frontière du KRG nous laissera passer au Rojava.
Vous avez vu beaucoup de postes-frontières avec des roses, vous ? Le poste-frontière, du côté Rojava, est décoré de rosiers ! Du pain et des roses...

Nous nous croyons attendus. Pas du tout. On nous interroge. J’ai passé bien des frontières, certaines dans des circonstances incertaines. Être libéré au bout d’à peine trois ou quatre questions me change de mes habitudes. Permis de séjour ? "Oh, allez le chercher à Aïn Issa (une ville à 150 km de là)".
Pas trop dictatoriales, les forces de sécurité du Rojava !

Lebrujah juge Aïn Issa trop dangereuse (djihadis cachés mais armés) pour le sexagénaire que je suis. Nous irons à Amouda, beaucoup plus calme, à côté de Qamishlo. Presque aucune signalisation sur les routes truffées de nids de poules, le long de champs de blé, au milieu desquels battent les pompes à balanciers des puits de pétrole. À chaque fois que le conducteur double un Arabe — reconnaissable à ses vêtements —, il éructe : "Daesh ! Daesh !" Le seul raciste que j’ai rencontré au Rojava. Révolutionnaires ou non, je n’ai entendu qu’approbation pour l’apologue de Mme Amira :
" — Mon modèle, c’est Adam.
— Hein ?
— Oui, Adam : ni Kurde, ni Arabe, ni Juif, ni Russe ni Américain. Humain. Juste humain."

Dans le bureau d’Amouda pour notre permis de séjour, nous voyons, sidérés, le responsable enguirlander son collègue d’Aïn Issa au téléphone et signer sur-le-champ notre permis, histoire de prouver son indépendance. Une fois ce permis-là expiré, Telvin, la dame kurde qui enseignait gratis le kurmanji à Lebrujah en rédigera un ! Imaginons en France Paulette Dupont enseignant le français à Abdullah Al-Siriani, certifiant la chose par écrit, ledit écrit servant plus ou moins de permis de séjour à Abdullah. Si ça ne s’appelle pas de la décentralisation...

Après quelques péripéties, nous louons (75 euros/mois) une maisonnette. Digression : les cailloux, ça ne saute pas. Donc, si un caillou saute, il s’agit d’une grenouille. Au Rojava, si une grenouille n’a pas l’air d’un caillou, elle finit en dîner de prédateur. Notre maison est en briques de terre séchée couleur de cailloux. Dans la courette poussent trois sarments de vigne grimpant sur une treille, quelques pieds de menthe, un arbre aux feuilles en fin croissant de lune, et deux autres arbustes. Sur le sol, des cailloux qui sautent : d’adorables petites grenouilles, qui font hop et plop dans la cour, sautent de la treille aux pierres de la cour et vice versa.

Devant la maisonnette, un grand gymnase. Derrière le gymnase, un très grand terrain vague. Au bout du terrain vague, une caserne. Le terrain vague sert à dégommer l’éventuel camion-suicide
de djihadis. À propos de camions, chaque nuit, une noria d’énormes 36 tonnes. Pas le jour, la nuit ; mais toute la nuit. Je m’approche. On creuse des tunnels, en cas d’attaque turque car le Rojava, plat, est sous des montagnes contrôlées par l’armée turque : indéfendable.
Partout ailleurs au Moyen-Orient, examiner une installation militaire serait une seconde façon de s’offrir dix ans de prison, avec, comme animation, des séances très électriques.

Dans les rues, un constant martèlement : le Rojava a un peu de pétrole, mais plus de grande centrale électrique, d’où l’usage d’antiques générateurs diesel. Les coupures sont quotidiennes. En général de 3h du matin à 10h, quand il ne fait pas encore 40° à l’ombre. Puis un jour le silence : un barrage a été remis en service.
Place de la Femme Libre, une statue, maladroite mais très grande, d’une, oups, femme. Pas voilée, tenant une torche du même geste que la Statue de la Liberté. Combien de temps restera-t- elle debout en ces jours de "patrouilles" de l’armée du très islamiste Erdogan en 2020 ? Un tir d’obus est si vite arrivé...

Kawa, notre propriétaire, admire Öcalan mais regarde la télévision barzaniste, bien plus distrayante que la télévision du Rojava, à l’esthétique brejnévienne. Il a quatre enfants, il en veut dix. "Dix bons combattants pour le Rojava !" Il ne nous rapporte pas l’opinion de sa femme sur le sujet.
Deux commerçants, amoureux de Lebrujah (sa blondeur ravage la ville), nous supplient de venir boire un chaï. Ils aiment Marine Le Pen et méprisent les Gilets Jaunes.

Des yeux bleus qui pourraient remplacer un phare sur une falaise, des muscles en veux-tu en voilà : je découvre Ajar, ahurissant de virilité et en train de... vendre des sucreries. Flairant la bonne photo, j’entre lui demander une interview. Grand-père a fui un énième génocide turc, d’où l’installation de la famille à Amouda. Sous Assad, Ajar a dû passer un an et demi à l’armée du régime, puis a réussi à déserter et à s’engager dans les YPG (les troupes kurdes mixtes du Rojava). Pourquoi ? "Parce que je suis Kurde." (Pas bavard, le Ajar). 5 ans dans les YPG. En face, le régime ou Daesh.
Question : "Qu’est-ce qui t’es arrivé de la plus beau, dans ta vie ?" Réponse : "Vu la situation, il n’y a rien de beau dans cette vie". Pas bavard, le Ajar.

Conversation avec un célibataire de 40 ans qui tient une école d’anglais :
"— Pourquoi y a-t-il marqué "Ofîs" à la place de "office" à l’entrée de ton bureau, c’est une grosse faute d’orthographe !?
— Oh, le gars qui a fait la plaque voulait utiliser un mot kurde.
Mais bon, en kurde aussi, c’est une grosse faute d’orthographe...Il n’y a pas grand-monde qui sache écrire en kurde..."
Plus tard :
"— Que penses-tu de la révolution ? En mal, et en bien ?
— En mal ? Il n’y a plus de femmes !
— Pardon ?
— Avant, un homme comme moi, sans épouse, pas de problème, il suffisait de payer ! Maintenant, plus rien. Sous Assad, désolé, c’était mieux.
— Euh... Bon, et en bien ?
— Le business !
— Pardon ? répétais-je, stupéfait.
— Ah ça oui, le business fonctionne bien mieux que sous Assad, nous gagnons bien plus d’argent."
Sous Assad sévissent corruption et extorsion. Tout le monde paye. Tout le temps. Partout. Alors, supprimer corruption et extorsion rend tout le monde plus riche. En deux mois, je n’ai vu qu’un seul clochard à Amouda. Un malheureux malade mental, nourri par les commerçants. Saluons l’ironie de cette révolution détestée des mâles, mais adorée des mêmes, s’ils sont boutiquiers ! Et qu’on ne me parle pas d’une, inexistante, police de la pensée : j’ai parlé sans la moindre difficulté avec indifférents et opposants.

Pour autant, indifférents et opposants respectent, voire aiment, Öcalan et les YPG/YPJ. Comme les communistes français de 1946 pouvaient respecter, voire aimer, De Gaulle et les FFI. Les familles les plus barzanistes tiennent à honneur d’avoir un fils chez les YPG. Et les filles qu’avant on mariait sans leur avis sont ravies de filer chez les YPJ (les troupes kurdes exclusivement féminines du Rojava). Une fois arrivé au Rojava, je ne serai guère aidé par les militants, très occupés ailleurs. À quelque chose malheur est bon, je verrai donc la vie des gens normaux. Qui est normale. Prodigieux ! Une vie normale, sans crainte de la police DU PAYS, de l’armée DU PAYS, des politiciens DU PAYS, des patrons DU PAYS. Nommez-moi un pays du Moyen-Orient qui puisse se vanter de ça...

Grâce aux bizarres accords dont le Moyen-Orient a le secret, à Qamsihlo Assad contrôle, outre l’aéroport, quelques quartiers. On m’avertit ; si je prends une rue "du régime", je peux finir kidnappé, emprisonné, torturé. Si le Rojava l’apprend avant que je sois envoyé par avion à Damas, les YPG et YPJ envahiront les quartiers "du régime" et l’aéroport, kidnapperont une trentaine de fonctionnaires et m’échangeront. Si le Rojava l’apprend trop tard... Certaines de ces rues sont évidentes, avec sacs de sable, barbelés et mitrailleuses, d’autres non.

À 3 km au nord de la route Amouda-Qamishlo, un mur qui rappelle le Mur de Berlin, ou les murs entre Gaza et Israël. Béton, barbelés, miradors. Si on s’approche, un soldat turc dans un mirador peut s’amuser à faire un carton. Régulièrement, des morts.

À Qamishlo, le "parc de la lecture". Un jardin public, comme un square parisien. Des rosiers. Quatre statues de quatre écrivains kurdes en face de quatre livres en marbre. Une baraque style Algeco, la bibliothèque du parc de la lecture. Sur les étagères, cinquante titres se battent en duel. Un peu plus loin, la "Maison de la Littérature". En fait un appartement abritant une coopérative d’édition en kurde, celle qui a publié bonne part des 50 livres. Les livres sont imprimés dans l’appartement. Sur des photocopieuses. 130 livres au compteur, 1000 exemplaires par livre. 1 fondateur, rejoint par deux compères. Respect.

Le désir de rattraper l’abyssal retard kurde à l’égard de la pensée mondiale est intense. Gulistan est une personne très rare au Rojava, car titulaire d’un master de lettres modernes à la Sorbonne. Elle habitait à Afrin. Janvier 2019, Erdogan bombarde Afrin, elle perd tout, elle est réfugiée à Qamishlo. Elle travaille pour gagner sa vie. Elle milite. Mais en plus, on lui a demandé de traduire en kurmanji "Qu’est-ce que la propriété ?" de Proudhon. Délai ? Quatre mois...

J’ai visité le parc de la lecture et la Maison de la Littérature grâce à Sarya, co-présidente de l’union des intellectuels et écrivains. Il y a un co-président aussi, comme pour toute position élective au Rojava. Lebrujah juge aussitôt qu’elle est "cadro". Bref, qu’elle appartient au PKK, à qui elle a vouée sa vie : elle n’habite que dans des camps ou dans des familles (ainsi les cadros n’oublient pas ce que c’est que la vie réelle, et ne peuvent pas être corrompus, puisqu’ils ne possèdent en gros rien), et n’a ni mari ni amant ni enfants. Elle dit, mi-amusée, mi-sérieuse, à Lebrujah que la photo de couverture de son livre ne représente pas une YPJ, parce que les YPJ ne portent pas un keffyeh rouge, le keffyeh des barzanistes, mais noir. Pour la réimpression, il faudra changer la couverture ! Lebrujah est ravi de cette critique : « Ils ne te font jamais de compliments. Tu ne t’aperçois qu’ils ne sont contents que quand ils te donnent plus de responsabilités, plus compliquées, plus lourdes ». Après tout, une bonne manière d’essayer de filtrer les narcissiques, les vaniteux, les obsédés de gloriole...

Pas un seul homosexuel au Rojava. Si, si, nous affirme l’équivalent du ministre des cultes pour le canton (nous dirions la province) de Djéziré. Bandeau vert de descendant du Prophète, grands vêtements blancs à la bédouine, Sheikh Kadri, après cette énormité, réalise soudain qu’il parle à deux mâles voyageant ensemble et dont l’un a de longs cheveux blonds. Il croit devoir se rattraper en ajoutant que la révolution n’a rien contre les homosexuels, qui peuvent venir, oui, ils peuvent venir. Certes. La veille encore, Lebrujah et moi étions lourdement dragués par l’homosexuel notoire de la ville, qui sera très déçu quand il comprendra que le jeune dieu blond et son sugar daddy n’ont pas les désirs qu’il espérait.
Et les lesbiennes, au fait ?
Les quoi ?

La religion pose un problème majeur à la révolution. Mais l’une des meilleures caractéristiques des révolutionnaires du Rojava est qu’ils ont lu les livres d’histoire, et regardé les autres révolutions. L’URSS a imposé l’athéisme, déporté les popes, ridiculisé la religion. Résultat, dans la Russie de Poutine, les sectes et l’église orthodoxe recrutent à tour de bras. Alors, la révolution y va doucement, ne devenant ferme que lorsque la religion met les femmes en danger. Et
puis l’URSS n’avait que l’Église orthodoxe, la France révolutionnaire que l’Église catholique. Le Rojava a x versions de l’Islam et x versions du christianisme, sans parler des Yézidis, de quelques Juifs, etc. On laisse donc le seul cuisant souvenir de Daesh se charger de propager l’athéisme.
Et puisque nous sommes en plein Ramadan, au cours duquel il faut nourrir le pauvre et l’étranger, chaque jour, Kawa dépose dans l’entrée de notre maisonnette un très bon plat. Cuisiné par sa femme, cela va sans dire.

II. RETOUR DU ROJAVA
FÉMINISME AU ROJAVA

Pour certains, rien de moins évident que certaines évidences, telles que "les femmes sont la moitié de l’humanité", et sa conséquence, "si on veut que l’humanité soit libre, alors il faut que les
femmes soient libres". Le PKK, d’abord parti marxiste-léniniste bon teint, mit longtemps à découvrir l’évidence de ces évidences. Dans les années 1990, l’échec patent de sa stratégie d’affrontement armé systématique le pousse à réfléchir. Öcalan d’une part, des femmes du PKK d’autre part, commencent à comprendre que le changement de stratégie doit passer par un changement de paradigme et de cible. La seule lutte contre l’oppression des Kurdes avec pour seule visée l’établissement d’un État-nation kurde et socialiste ne mènera pas à la vraie liberté. Entre autres, il devient clair que l’oppression commence par l’oppression des femmes. En 1999, Öcalan est emprisonné par l’État turc. Si d’aucuns soupçonnent que le virage d’abandon de la lutte pour un nouvel État-nation pourrait avoir été influencé par le désir d’Öcalan de sauver sa peau, on ne voit aucune raison de douter de la sincérité du virage du PKK pour le féminisme. Trois institutions essentielles prouveront, au Rojava, cette sincérité ; les YPJ, Yekîneyên Parastina Jin, "Unités de défense de la femme", les fameuses unités militaires exclusivement féminines ; les Mala Jinê, les "Maisons des Femmes" ; et la règle inflexible que toute position élective doit être partagée entre les deux sexes : s’il y un président, c’est un co-président, travaillant sur un pied d’égalité absolue avec une co- présidente, et vice versa.

Plusieurs raisons concourent à la création des YPJ. D’abord, de même que "la libération des travailleurs doit être l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes" la libération des femmes doit être l’oeuvre des femmes elles-mêmes. On n’est jamais si bien libéré que par soi-même. Ensuite, la société kurde, très traditionaliste, étant ce qu’elle est, les YPJ permettent d’augmenter le nombre des combattantes. Non seulement parce qu’on ne se contente plus, comme réservoir de nouvelles têtes, des seuls hommes, mais aussi parce qu’on peut faire d’une pierre deux coups ; les jeunes femmes désireuses d’échapper à la tutelle familiale, à un mariage plus ou moins forcé comprennent que s’engager dans les YPJ (et puis, après deux ou trois ans à manier des Kalach’, papa baisse d’un ton...) est une bonne idée, et en créant une unité non mixte, on rassure les familles persuadées que partir à l’armée, c’est perdre sa virginité ; l’une des raisons pour lesquelles les relations sexuelles sont strictement interdites dans les forces armées kurdes de la galaxie PKK. Pas féministe du tout, ceci ? Non bien sûr, mais d’où les Kurdes partent-elles ? Également, dans l’idéologie du confédéralisme démocratique, si chaque groupe humain a le droit de créer ses propres structures, de gérer sa propre vie de manière autonome, il est évident que dans un contexte de guerre, chaque groupe doit avoir le droit de créer ses propres unités militaires. D’où la "Force de protection des femmes du Bethnahrain" pour les Syriaques, les "Unités des femmes d’Êzîdxan" pour les Yézidis, etc.

Enfin, on s’aperçoit que les femmes font d’excellentes combattantes, en général plus disciplinées, plus solidaires, moins susceptibles de commettre des erreurs par désir d’épater la galerie. Un ancien de la légion étrangère a déclaré à Lebrujah : "Si les hommes kurdes se battaient comme les femmes kurdes, Daesh aurait été écrasé un an plus tôt."

Instituées par les femmes pour les femmes, les Mala Jinê ont de multiples fonctions. Elles servent de lieu de réunion pour les femmes, qui ont le droit d’opposer un veto à n’im-porte quelle décision de n’importe quel autre groupe si cette décision s’avère nocive pour les femmes. Ce veto est exercé, à l’échelle de la Fédération démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie (le Rojava), par Kongreya-Star, l’organisation-chapeau des organisations de femmes du Rojava, et à l’échelle locale par les Mala Jinê, : un budget communal qui néglige les besoins des femmes, ou les besoins identifiés par les femmes, ne passera pas si les femmes s’y opposent. Les Mala Jinê sont donc un fabuleux instrument d’éducation et de changement. On y apprend à parler en public, à faire valoir son opinion, à gérer les affaires municipales, qu’elles ressortissent de la voirie, de l’hygiène, de l’économie, de l’écologie, etc. Et si on sait déjà y faire, et bien, c’est de là que part l’action.

À noter une sidérante dichotomie : j’ai été hébergé ou reçu dans des familles kurdes. J’y ai donc mangé. Assis, avec les hommes. Les femmes étant, au moins la première fois, debout (c’est une marque d’intimité grandissante que les femmes de la maison mangent assises avec les hommes et l’invité). Cuisine, service et vaisselle entièrement exécutés par les femmes. Des femmes qui se sont ensuite révélées exercer telle ou telle fonction publique à la municipalité ou à la Mala Jinê !

Il y a encore dix ans, la polygamie, les mariages forcés ou les ventes de fiancée étaient monnaie courante. En cas de viol, la victime était, au mieux, blâmée, au pire... Nul ne trouvait rien à redire quand un mari battait sa femme. Les crimes d’honneur, c’est-à-dire l’assassinat des femmes adultères, des femmes crues adultères, des jeunes femmes ayant une relation sexuelle avant le mariage ou étant soupçonnées d’avoir eu une relation sexuelle, ou même un flirt un peu poussé, avant le mariage, étaient bien "d’honneur" : honorables pour qui les commettait, car il lavait l’honneur de la famille, le fond de l’affaire étant bien sûr que les femmes restant la propriété des hommes, le crime d’honneur représentait le châtiment d’un vol. Une femme agissant de son propre chef vole sa propre personne à ses propriétaires, les mâles de la famille : CQFD.

Les crimes d’honneur demeuraient donc impunis, à moins qu’ils ne s’étendent au mâle étranger dont l’éventuelle exécution déclenchait alors une vendetta. Désormais, les femmes peuvent aller, vont, à la Mala Jinê. Maris, pères, frères à la main lourde, violeurs et criminels d’honneur sont accusés à la Mala Jinê. Les révolutionnaires du Rojava ont lu et réfléchi. Le système à la bolchévique, d’emblée une balle dans la nuque ou trente ans de camp, ça ne marche pas, ça n’est pas du tout révolutionnaire, et encore moins moral. Donc, d’abord, a priori, on discute. Si l’on s’aperçoit que le mâle posant problème veut continuer à poser problème, alors les asayish (en gros, les flics), voire les YPJ, entrent dans la danse, et l’imbécile se retrouve en prison, la peine de mort étant abolie dans la Fédération du Nord et de l’Est de la Syrie, quel que soit le crime. On notera que l’une des choses reprochées, à juste titre, au PKK est d’avoir abattu plusieurs de ses propres membres pendant les années marxistes-léninistes...

Lebrujah et moi avons interviewé Ilham Omar, responsable des Mala Jinê du "canton" de Djéziré. L’énergie de cette vieille dame lui vient entre autres d’un long séjour dans les prisons d’Assad, ou comme pour toute personne incarcérée, chaque jour, chaque jour, on lui pendait les jambes à un long bâton que l’on levait, et on lui battait ou fouettait les pieds. Chaque jour, interrogatoire ou pas interrogatoire. Quand aux "insultes à la dignité" bien entendu, quelle femme n’y passait pas ? Ilham Omar ressent encore chaque jour de violentes douleurs dues à ces tortures : elle n’oublie pas, et c’est cela qui lui donne l’énergie nécessaire à son travail dans les Mala Jinê. Qui n’est pas de tout repos puisqu’encore récemment, elle dut interposer son propre corps entre un mari jaloux armé et la femme qu’il voulait abattre, en pleine Mala Jinê.

Le féminisme au Rojava dispose de sa propre "science", la "Jinéologie". "Jin" signifiant "femme". Cette science a un petit défaut, elle a été créée par... un homme, l’inévitable Abdullah Öcalan. Un trait constant des apports intellectuels d’Öcalan est qu’en général ils présentent de très louables conclusions — abandonner l’État-nation, mettre le féminisme et l’écologie en première place, désarmer le capitalisme, décentraliser autant qu’il est possible, etc. — mais en les fondant sur des analyses douteuses, parfois douteuses parce qu’Öcalan n’a pas eu accès à l’intégralité de la pensée mondiale et qu’il travaille depuis vingt ans en prison, et parfois douteuses parce qu’il a une opinion, disons... très positive de la valeur de son intellect. Il faut donc lire les textes de Jinéologie avec ces fortes réserves en tête, mais une idée est intéressante : le début de l’oppression institutionnalisée des femmes remonterait droit au Néolithique, droit à l’invention de l’agriculture et de la ville, qui aurait conduit à la destruction de l’universel matriarcat précédent. Nul.le n’a la preuve d’un universel matriarcat précédent, ni même d’une éventuelle égalité des femmes dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, les données de l’ethnologie ne s’avérant pas spécialement rassurantes sur ces deux points. Mais il semble bon de poser que l’oppression des femmes est de loin la première, la plus ancienne des oppressions, celle qui a ouvert la porte à, entre autres, l’oppression par l’argent, par le capitalisme.

Jinwar, le "village des femmes" a séduit l’imaginaire de gauche. Un village de femmes non-mixte créé dans l’une des zones les plus violemment patriarcales de la planète, fabuleux pied-de-nez à la dévalorisation islamiste des femmes ! Qu’en est-il exactement ? Avant d’y aller, je croyais, comme beaucoup de monde, que le seul but de Jinwar (jinwar@riseup.net) était de permettre à des femmes battues ou violées était de se reconstuire et de construire une vie entre femmes, et que tout mâle n’y était qu’à peine toléré et ce, brièvement.
Rectifions.
Jinwar se veut la traduction dans les faits des deux priorités du confédéralisme démocratique : féminisme et écologie.

Il m’a suffi d’écouter parler Zeynab pour comprendre que l’écologie y a au moins autant d’importance que le féminisme. Cela se voit directement dans la belle architecture des maisons en adobe, mélange séché d’argile et de paille. Les portes des maisons se font toutes face les unes aux autres. Chaque maison dispose de deux jolis dômes traditionnels, qui contribuent au rafraîchissement de l’édifice en été. Trente maisons seulement. Le but n’est pas de construire une métropole anti-mâles. Le but est de tester jinéologie et écologie, de fournir un exemple et un encouragement aux femmes qui veulent construire des communautés à taille humaine, à structures respectueuses de l’environnement et favorables à la vie ensemble. Quand j’y suis allé, quinze femmes adultes y vivaient. Des Kurdes, des Arabes, et une Yézidie. Et 45 enfants. Filles ET garçons. Malgré l’extrême brièveté de ma visite, je m’y suis immédiatement senti très à l’aise, les lieux me rappelaient Christiania, au Danemark, où j’ai vécu quatre ans ; l’architecture, d’abord, humaine, tactile, heureuse. Et puis, les enfants. Bien plus mûrs que les enfants ... "normaux", sans pour autant cesser d’être des enfants : je me suis taillé un franc succès en imi-tant l’horrible cri des paons que j’y ai vus. Je le répèterais encore si Zeynab ne m’avait pas arraché à mon public ravi !

Seulement quinze femmes, parce que les femmes qui veulent y habiter passent d’abord par une période au cours de laquelle elles peuvent voir si la vie à Jinwar leur conviendra et au cours de laquelle les membres du village peuvent voir si elles ont envie de vivre avec la postulante. Assemblée générale, où les débats ont lieu et les décisions sont prises, deux fois par mois.
Jinwar a été lancé en 2017, mais selon Zeynab, la vie n’y est stable que depuis 9 mois, donc depuis la fin de l’été 2018, en gros.

On y trouve des poules. Des moutons, des brebis et des agneaux. Un chat. Des serpents et des grenouilles, des chiots et des paons (Jinwar est persuadé que les Yézidis sont les premiers Kurdes, et le paon est un symbole de la religion yézidie), et on cultive les champs alentour, et il y a une boulangerie/four à pain, et un bassin, où il est prévu d’élever des poissons.
Où il était prévu d’élever des poissons. Jinwar a été construit à quelques kilomètres à peine de la frontière turque. Trop exposé, en décembre 2019, il est évacué...

III. CRITIQUES, PROBLEMES ET CONTRE-CRITIQUES

"Les Kurdes n’ont pas d’autres amis que les montagnes". Très vrai, ce proverbe : la quasi-totalité du Kurdistan est une zone montagneuse, d’accès malaisé, où les difficiles communications intérieures favorisent tant la division en fragments sociaux isolés, tribus, clans, que la fragmentation linguistique. On connaît quatre langues kurdes, elles-mêmes divisées en maints dialectes. Ai-je habité à Amouda, ou Amoudê ? Les deux. La villes voisine s’appelait-elle Qamishlo ou Qamishli ? Les deux. Qui lira l’ouvrage fondamental sur la société kurde, Agha, Shaikh and State : The Social and Political Structures of Kurdistan de Martin van Bruinessen, puis le complètera par ceux des militaires, voyageurs, missionnaires, marchands et fonctionnaires
coloniaux occidentaux, notera les points communs avec les cultures traditionnelles sicilienne, afghane ou albanaise.

Cultures de l’honneur, qui engendraient pour les hommes d’interminables vendettas, et pour les femmes un monde ultra-patriarcal où les femmes et leurs sexualités, propriétés des hommes, payaient de leur vie le moindre acte libre. Cultures de la violence inter-individuelle.Cultures où les religieux, hélas vus comme impartiaux, jouaient les arbitres, faute de mieux. Cultures claniques, à l’origine. Cultures anti-étatiques, comme l’explique James Scott dans Zomia, grâce aux montagnes qui retardent l’intrusion étatique. La différence entre le Kurdistan et ces autres cultures est que le Kurdistan abrite plusieurs religions, et plusieurs variantes de chaque religion, et qu’il ne souffre pas de l’oppression d’un État mais de quatre ! En revanche, il n’a rien à envier à la Sicile en matière d’exploitation par les classes dirigeantes. Pas de mafia au Kurdistan, mais la même abondance de féodaux et de capi parasites, sans parler des religieux non moins parasites, les Shaikhs du livre de Bruinessen.
Et surtout.
Les quatre États occupant le Kurdistan ont tous pris soin d’éloigner autant qu’ils le pouvaient les Kurdes du livre. Il y a très, très, très peu de livres en kurde, quelle que soit la langue considérée. En 2019, les Kurdes lisent en turc, en farsi, ou en arabe. Quand elles lisent ! 26 000 habitants à Amuda, pas une seule librairie.(Non, personne ne peut se faire livrer quoi que ce soit par Amazon, au Rojava...) La bibliothécaire d’Amara, café littéraire/maison des écrivains/bibliothèque/librairie à Qamishlo, à qui je demandai combien coûtait un dictionnaire kurde-français sans prix sur sa jaquette, ouvrit le listing des prix et commença à le lire. En suivant du doigt chaque lettre.
Chaque lettre. Une bibliothécaire !

Il me semble que les critiques contre la révolution du Rojava provenant en particulier du milieu anarchiste oublient, ou plus probablement ignorent, ces conditions de départ. Donc, discutons.
1/ — Glorification du militarisme.
Critique fréquente, logique de la part d’anarchistes. Logique oui, mais justifiée ? Cette critique ne tient pas compte de plusieurs facteurs :
a/ Les cultures kurdes étaient des cultures des armes. Tous les hommes avaient des armes. Et s’en servaient. Tous. Même les mendiants avaient un bâton. Pour les autres, les dagues ? Pfff ! Un fusil, au moins. Culture de berger, culture de montagne = culture de l’arme individuelle, culture de l’excellent tireur. Les Kurdes et les armes, c’est les Français et le vin. En d’autres termes, les armes au Kurdistan ne sont pas le fait de la révolution, elles étaient là bien avant.

b/ Si les Kurdes du Rojava n’avaient pas été des combattant.e.s très braves, il n’y aurait pas de Rojava, il y aurait soit Daesh, soit Bachar Al-Assad. Je trouve un peu fort de café que nous autres anarchistes glorifiions (à très juste titre), Durutti ou Makhno, et que nous critiquions (à beaucoup moins juste titre) les Kurdes et leurs Kalashnikovs. Je n’ai pas fait l’armée et je déteste la guerre. Mais je ne peux pas reprocher à des personnes qui ont TOUTES des victimes de tortures, de viols, de génocides dans leurs familles, ou qui l’ont été elles-mêmes, d’avoir des armes partout et de mettre partout les photos des combattant.e.s mort.e.s au combat.

c/ Drapeaux, oui hélas. Vidéos de propagande, oui hélas. Mais pas de médailles. Pas de galons dorés. Pas de fourragères. Pas d’uniformes chamarrés. Bien austères, ces obsédé.e.s du militarisme...

d/ Les soldates des YPJ, les soldats des YPG, se conduisent au combat de manière admirablement humaine, en particulier au vu des habitudes du Moyen-Orient. On m’accordera que les immondes combattants de Daesh n’ont aucune supériorité morale sur les SS ? Qu’en 1944, on n’aurait guère pu blâmer qui aurait condamné à mort un SS prisonnier ? Et bien, les YPJ, les YPG, les FDS n’exécutent aucun prisonnier. Aucun. Les djihadis aimaient narguer les combattants du Rojava en leur envoyant sur leurs portables des photos et des vidéos de cadavres et de tortures de leurs camarades tombé.e.s aux mains de Daesh. Or, il est arrivé très souvent que des combattants de Daesh liés à tel ou tel abominable crime, commis parfois quelques heures plus tôt, aux dépens des camarades des soldat.e.s du Rojava aient été faits prisonniers, puis identifiés grâce à leurs smartphones.
Aucun n’a été abattu.
Je cherche là une glorification du militarisme, je ne la trouve pas.

2/ — Glorification du militarisme féminin.
J’avoue mon incompréhension. Critique-t-on le Rojava, ou critique-t-on la fascination des médias du monde entier pour ces images, si rares jusque-là, de belles jeunes femmes armées jusqu’aux dents ? Les cultures kurdes sont encore aujourd’hui en 2020 profondément patriarcales. Mais soudain, voilà qu’une révolution fait en sorte que si une jeune fille veut échapper à un mariage forcé, elle va à la Mala Jinê, la maison des femmes, qui convoquera le père coupable et tentera de le faire changer d’avis. S’il refuse, il part en prison. Une femme violée, au lieu d’être assassinée par ses frères, va maintenant à la Mala Jinê, et le coupable part en prison. Les hommes coupables de crimes d’honneur, maintenant, partent en prison. Que les jeunes femmes puissent porter les armes, et ce non pas au sein d’une armée d’hommes, mais au sein d’une armée de femmes, est chose stupéfiante, et à mon sens progressiste. Certes, Tsahal et l’Armée rouge ont fait connaître que les femmes sont des soldates comme les autres. Certes, je souhaite un monde sans armes et sans armées, que celles- ci soient de femmes ou d’hommes. Mais que celui qui n’a jamais admiré la Colonne de fer, que celle qui n’a jamais salué le courage et l’efficacité de la Makhnovitchina, que celle qui n’a jamais lu avec émotion le récit des combats des Fédérés, que ces personnes me jettent la première pierre.

3/ — Insuffisance de la libération féminine
Le verre est-il à moitié vide, ou à moitié plein ? La révolution du Rojava a une très grande ambition en matière de féminisme et travaille très, très dur pour que les femmes conquièrent l’égalité. Le moins que puisse dire quiconque a passé plus de deux semaines au Rojava est que ce n’est pas gagné. Par exemple, de mai à juin 2019, je me suis promené chaque soir dans les rues très sûres d’Amouda. À ces heures vespérales, je n’y ai jamais vu une jeune femme seule. Et ne parlons pas de la nuit. Verre à moitié vide.
Mais que toute position élective soit systématiquement tenue par une femme et un homme, sans exception, voilà, il me semble, qui ne se voit même pas dans les pays scandinaves.
Mais que dans une zone à peine moins patriarcale que l’Afghanistan, les Mala Jinê défendent, les armes à la main, lorsqu’il le faut, les victimes de viols, mariages forcés, crimes d’honneur, etc. voilà, il me semble, un extraordinaire progrès.
Mais que le Rojava s’efforce d’aider les femmes à exercer de vrais métiers, voilà qui, il me semble, est des plus louables.
De mai à juin 2019, je me suis promené chaque soir (bis) dans les rues de cette petite ville moyen-orientale de 26 000 habitants dont la très vaste majorité sont musulmans, et j’y ai vu beaucoup de jeunes filles (certes en groupe) non seulement non voilées, mais habillées d’une manière qui ne laissait ignorer à personne leur arrivée au stade post-pubertaire, et se déplaçant sans chaperon masculin.
Verre à moitié plein.

4/ — Culte de la personnalité d’Öcalan.
C’est à mon sens le principal défaut aujourd’hui du PKK, du PYD, etc., mais plus le principal risque couru par le Rojava, puisque l’incarcération d’Öcalan a supprimé toute possibilité de dictature personnelle de sa part.

Deux observations :
a/ Une grande part du pouvoir d’Öcalan vient, directement et indirectement, de son énorme prestige intellectuel auprès des Kurdes. Qui s’explique aisément : cet homme présentait dans ses discours et ses livres, une masse de notions élaborées par... Locke, Hume, Rousseau, Wollstonecraft, Marx, Lénine, de Beauvoir, Braudel, Foucault, Bookchin, Wallenstein, etc. À un peuple à peine alphabétisé ! À un peuple dont la littérature écrite se résume à une poignée de livres ! Quelle merveille que tant de Kurdes le croient le plus grand philosophe de l’histoire ?

b/ Qu’il y ait un culte de la personnalité d’Öcalan, et non pas un simple hommage, constitue une réalité. Que ce culte s’avère cependant très inférieur en intensité à ce que l’on a vu pour Staline, pour Hitler, pour Mao, à ce que l’on voit pour Kim, constitue aussi une réalité. Qui n’excuse ce culte en aucune façon et qui ne justifie en aucune façon sa permanence. J’espère, personnellement, que les Kurdes en viendront un jour à une estimation plus réaliste des qualités et des défauts d’Öcalan. Pour l’instant, ce jour semble lointain.

5/ — Insuffisance de démocratie à l’intérieur du PKK et de ses courroies de transmission, évoluant en insuffisance de démocratie à l’extérieur.
Il s’agit là du plus lourd risque interne encouru par le Rojava. Les deux principales difficultés s’opposant à une tentative d’évaluation raisonnable de ce risque — le risque classique de toute révolution lancée d’en haut par des révolutionnaires professionnels — sont l’ignorance des langues kurdes, d’une part, et l’absence d’une étude réalisée avec la collaboration de membres actifs, ou récemment actifs, du PKK au Rojava et du PYD d’autre part. La quasi-totalité des livres occidentaux traitant du Rojava ont été écrits par des auteurs ne sachant pas parler kurde, voire ne sachant parler ni turc ni arabe. Les quelques livres sur le PKK (phénomène pan-kurde) ont été écrits avant la stabilisation du Rojava (phénomène pure-ment syrien) et ne parlent donc guère de ce dernier. Lebrujah se trouve depuis mai 2019 au Rojava. Il parle à présent kurmanji couramment. Il a parlé avec un assez grand nombre de militant.e.s du PKK, dont beaucoup de haut niveau. Il m’a souvent affirmé qu’elles et ils critiquaient Öcalan, par exemple, bien plus librement qu’on ne croit. Il m’a également affirmé que la conscience du risque de se transformer en oligarchie autoritaire est une obsession au sein du PKK. Cette obsession, cette conscience claire, réussira-t- elle à contrecarrer la dangereuse pesanteur des logiques sociales à l’oeuvre au sein des hiérarchies armées ? Hêvi, rêheval ! [1]

Notes :

[1Hêvi = espoir. Rêheval = ami, camarade.




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