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Christiane Passevant
La Bonne épouse de Martin Provost (11 mars 2020)
Article mis en ligne le 9 mars 2020

par C.P.
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La Bonne épouse
Film de Martin Provost (11 mars 2020)

Des écoles d’enseignement ménager, cela semble une fable bien lointaine… Non pas tant que ça et il y en avait bien plus de mille en France, essentiellement en milieu rural, qui ne disparaîtront qu’en 1970. On a tendance à l’oublier cela ou bien on n’en parle pas, mais les rôles codés pour les filles et les garçons étaient tenaces, bien ancrés dans les mentalités, et le sont encore, en fait ils se recyclent comme les droits acquis peuvent à tout moment régresser…

Ces écoles, ces coutumes pour l’éducation des filles, c’est le sujet du film de Martin Provost, une comédie certes, mais qui n’en oublie pas pour autant la critique du patriarcat et le rappel à la mémoire du rôle encore attribué aux femmes dans les années 1960.

Nous sommes en 1967, presque en 1968 et le récit a pour lieu l’une de ces écoles ménagères, dans l’Est de la France. L’institution Van der Beck enseigne à ses élèves comment devenir la « bonne épouse » sans faillir à ses devoirs et dans la totale allégeance au futur époux. Trois professeur.es ( il n’est pas de bon ton de féminiser les métiers à cette époque…), donc trois professeurs enthousiastes l’animent : Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche), Gilberte Van Der Beck (Yolande Moreau) et Sœur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky)… Le trio a pour but de former des épouses qui sachent tenir leur foyer, se plier au devoir conjugal, être charmante et disponible, faire la cuisine, le trousseau et ainsi de suite… Tout ce qu’une jeune fille doit savoir, sans oser imaginer, encore moins de fantasmer et d’exprimer un quelconque désir ou une quelconque autonomie. Il s’agit de passer de la domination du père, ou familiale, à celui du mari… Et les voilà casées pour la vie : End of the story

Pas tout à fait puisque le mari de Paulette, le chef (en titre seulement, il ne fait pas grand chose, sinon accumuler des dettes) s’étrangle malencontreusement avec un os de lapin et voilà les trois femmes sans guide et de surcroît ruinées… Et comme « une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette » — c’est bien connu — Paulette se trouve dans la panade, mais elle va tout tenter pour sauver l’école d’enseignement ménager et son boulot, pour elle sa mission… Nous sommes à la veille de mai 68 et voilà qu’au hasard de sa tentative de sauvetage de l’institution Van der Beck, elle croise son premier amour, perdu de vue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale… Nouveau séisme pour cette femme rangée et ses co-enseignantes.

Dans la Bonne épouse de Martin Provost, Il s’agit donc de prise de conscience à propos de l’éducation infligée du « renoncer à soi » pour être dans les normes de la jeune fille comme il faut, et bien sûr de mémoire : « L’éducation ménagère est le symbole d’un monde social où les femmes sont clairement inférieures aux hommes, vouées à la gestion intérieure, laissant au sexe fort la gestion de la chose publique. » Il s’agit également d’une voie vers l’émancipation… Une comédie drôle et grave, musicale aussi… Avec une bande de jeunes comédiennes qui se donnent à fond, tenues par trois profs et les sept piliers destinés à les transformer en ménagères modèles.

Pour rappel : Pilier n°1 : « La bonne épouse est avant tout la compagne de son mari, ce qui suppose oubli de soi, compréhension et bonne humeur. » Pilier N° 2 : « Une véritable maîtresse de maison se doit d’accomplir ses tâches quotidiennes, cuisine, repassage, raccommodage, ménage, dans une abnégation totale et sans jamais se plaindre. » Pilier N°3 : « Être femme au foyer c’est savoir tenir ses comptes dans un souci d’économie constant, savoir évaluer sans caprice les besoins de chacun, sans jamais mettre en avant les siens. Vous êtes une trésorière, pas une dépensière. » À suivre, il y en a 7. Merci Paulette Van Der Beck !

La Bonne épouse de Martin Provost se termine en comédie musicale et par un générique qui reprend toute l’imagerie de l’époque, c’est presque une sorte de roman photos des principes pour faire une « bonne épouse », clichés du style « Maman fait la cuisine pendant que papa lit son journal » !

La Bonne épouse de Martin Provost au cinéma le 11 mars.


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