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Christiane Passevant
La Communion de Jan Komasa (4 mars 2020)
Article mis en ligne le 2 mars 2020

par C.P.
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La Communion
Film de Jan Komasa (4mars 2020)

Depuis le film de Pawel Pawlikowski, Ida, qui se déroulait dans la Pologne de 1962, je n’avais pas vu de film décrivant la prégnance des institutions religieuses au sein de la société polonaise. Dans le cas du film de Komasa, la Communion, les institutions catholiques et leurs règles en sont même le nœud et le ressort dramatique. L’interprétation de Bartosz Bieliena y est sans aucun doute pour quelque chose, dans sa façon hallucinée d’incarner Daniel, jeune délinquant qui se découvre une vocation spirituelle dans un centre de détention. Il en est toutefois écarté par son passé d’adolescent criminel, comme lui fait remarquer l’aumônier qui officie au centre de redressement. L’opposition entre la foi et les institutions, la violence et l’idée de rédemption habite le récit du film. Daniel est pris au piège entre son passé, ses rêves et ses velléités religieuses, qui seraient non seulement un moyen de transcender son crime, mais encore sa classe sociale.

Enfermé depuis cinq ans dans un centre pour délinquants mineurs, Daniel vient d’avoir 20 ans et va suivre un programme de réinsertion dans un atelier de menuiserie, situé dans une petite ville de l’Est de la Pologne. Le semblant d’une autonomie nouvelle le porte à ne pas se rendre immédiatement dans l’usine où il est attendu. Il se réfugie dans une église et rencontre une jeune fille auprès de laquelle il se prétend prêtre.

L’Église a joué un rôle déterminant à l’époque communiste, mais après la chute de celui-ci, « elle a perdu du terrain. La conséquence de tout cela a été une fracture au niveau national. Le pays est coupé en deux avec à l’Est, des gens en pleine déréliction et à l’Ouest, des individus tournés vers la démocratie et pro Europe. L’endroit où nous avons tourné le film est très conservateur [explique le réalisateur], la religion régente le quotidien. C’est très important pour comprendre le film, [qui] reflète cet esprit très polonais. Parce que des gens se sentent exclus de la marche du monde, de la révolution numérique, ils se sentent abandonnés et se tournent vers une politique conservatrice. Ils s’opposent aux changements, deviennent intolérants envers les étrangers. Aujourd’hui ils ont tendance à être nostalgique du passé. L’avenir leur fait peur. »

Daniel vient de ce milieu défavorisé, et lorsque, par le jeu des circonstances, il remplace le prêtre alcoolique de la paroisse, il bouscule quelque peu les habitudes religieuses conservatrices. Cependant, il étonne par son charisme, il tient des discours inspirés, il écoute avec une réelle empathie les personnes paumées, leur mal vivre.
La Communion se fait l’écho de la société polonaise actuelle, de ses tendances et des conséquences d’une fracture sociale.

Inspiré par un fait divers réel — l’usurpation du rôle de prêtre par un jeune homme —, le scénario y a ajouté le centre pénitentiaire pour mineurs où est enfermé Daniel, ainsi que le tragique accident de voiture où sept jeunes gens du village ont trouvé la mort. Au récit, s’additionnent ainsi le deuil impossible des parents, attisant la haine vis-à-vis de la supposée responsable, le sentiment d’abandon, mais également un phénomène intéressant : Daniel ne se préoccupe pas du dogme officiel, mais se révèle plus efficace que son prédécesseur, plus passionné, plus engagé. On peut alors poser la question : où se trouve la véritable imposture ?

La Communion de Jan Komasa est un film politique sur les croyances, l’utilisation des institutions religieuses, le statut, la violence sociale… Le film est en salles le 4 mars.


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