DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Christiane Passevant
Monos de Alejandro Landes (4 mars 2020)
Article mis en ligne le 2 mars 2020

par C.P.
logo imprimer

Monos
Film de Alejandro Landes (4 mars 2020)

Dans un camp isolé au sommet des montagnes colombiennes, un groupe de huit adolescent.es armé.es gardent une otage états-unienne. Le messager leur apporte les ordres du commandement, les entraîne et leur confie une vache prêtée par les paysans du coin. Ils jouent, se mesurent entre eux, s’aiment… Lors d’une fête arrosée, l’un des garçons tue accidentellement la vache et le responsable du groupe se suicide. C’est alors que l’armée régulière se rapproche et le groupe doit fuir dans la jungle...

« Beaucoup de gens comparent Monos à Aguirre, la Colère de Dieu de Werner Herzog. Et bien sûr aussi aux personnages d’Apocalypse now [de Coppola]. Mais ce qui est important [souligne Alejandro Landes] c’est de comprendre que les personnages de Monos sont originaires de ce pays. Ce ne sont pas des Européens qui seraient arrivés dans une contrée nouvelle. Même dans le livre de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, il est question d’un étranger arrivant dans un pays étranger. Et c’est la même chose avec Sa Majesté des mouches [de Peter Brook], où ce sont des enfants anglais qui prennent possession d’une île vierge. D’ailleurs si vous regardez les personnages d’Aguirre ou d’Apocalypse Now, ils ont toujours la tête levée et les yeux écarquillés devant ces paysages qu’ils découvrent et qui leur sont étrangers. »

Après ce prélude de Landes, il faut dire que Monos est certainement l’un des films les plus puissants sur la situation de guérilla. Il donne au début l’impression d’un documentaire, tant la réalité est montrée dans ses moindres détails, les jeux d’adolescent.es qui s’ennuient, l’immaturité, l’allégeance aux ordres, le sentiment de pouvoir donné par les armes, le rapport à l’otage… Toute la première partie du film se déroule sur un haut plateau, dans un paysage spectaculaire, mythique et intemporel. Jusqu’à la construction à l’abandon qui domine le site, surgit du passé ou d’un futur apocalyptique… On l’ignore, comme pris également en otage d’une histoire déconstruite.

Le réalisateur offre avec ce film un sentiment de perte de réalité qui traduit la situation floue de la guérilla où s’estompe les raisons mêmes du combat, surtout pour des jeunes à qui l’on a seulement imposé la discipline. D’ailleurs, ajoute-t-il : « Les enjeux des guerres actuelles sont obscurs, avec des zones d’affrontement fluctuantes et des opérations furtives menées par des commandos. Ce sont le plus souvent des guérillas plutôt que de véritables guerres, qu’on appelle des guerres sales. C’est ce que l’on a connu en Colombie pendant toutes ces années. Mais que l’on retrouve maintenant en Syrie, en Afghanistan ou encore en Irak. Et avec ces conflits armés on a perdu l’objectif même de la guerre qui est celui de gagner ! C’est totalement fou quand on y pense ! Alors ce qui est moderne avec Monos, c’est l’idée de créer un film où l’on ne sait pas si le groupe de combattants que l’on suit se bat pour une idéologie de droite ou de gauche, pour une bonne cause ou une mauvaise cause. Récemment un accord avait été signé en Colombie entre le gouvernement et la guérilla. Mais une des factions des FARCS vient de rompre cet accord il y a quelques mois en repartant dans la lutte clandestine. »

Et c’est ce qui va se passer lorsque le groupe de Monos, sous l’impulsion de Bigfoot, va refuser les ordres et rompre avec le commandement. Le film illustre en quelque sorte la confusion et les retournements de ces guerres meurtrières et sans fin. C’est aussi un constat terrifiant, celui de la violence exercée sans raison, la violence pour la violence.

Monos d’Alejandro Landes est une fable sur la nature de la violence, sur son émergence, sa banalité… Une réflexion profonde et un film absolument magnifique et troublant.
Monos d’Alejandro Landes est en salles le 4 mars et sera également aux 32èmes Rencontres de Toulouse, le CINÉLATINO du 20 au 29 mars.


Dans la même rubrique

Gloria Mundi de Robert Guédiguian
le 14 mai 2020
Nous les chiens de Oh Sung-Yoon et Lee Choon-Baek (29 avril)
le 21 avril 2020
La Llorona de Jayro Bustamante, Nuestras Madres de César Diaz. Mémoire et déni de la dictaure au Guatemala
le 11 avril 2020
Matthias et Maxime de Xavier Dolan (VOD 30 mars)
le 5 avril 2020
La Bonne épouse de Martin Provost (11 mars 2020)
le 9 mars 2020
Monsieur Deligny, vagabond efficace de Richard Copans (18 mars 2020)
le 9 mars 2020
L’ombre de Staline (Mr Jones) de Agnieszka Holland (18 mars 2020)
le 9 mars 2020
Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient. Femmes et cinéma
le 3 mars 2020
La Communion de Jan Komasa (4 mars 2020)
le 2 mars 2020
THEE WRECKERS TETRALOGY de Rosto (4 mars 2020)
le 2 mars 2020
Tout peut changer ! de Tom Donahue (19 février 2020)
le 18 février 2020
Entretien avec Amjad Abu Alala, réalisateur de Tu mourras à 20 ans
le 18 février 2020
La réouverture du théâtre de Suresnes Jean Vilar
le 17 février 2020
Sortilège de Ala Eddine Slim (19 février 2020)
le 17 février 2020
Lettre à Franco de Alejandro Amenabar (19 février 2020)
le 17 février 2020
Bébert et l’omnibus d’Yves Robert (copie restaurée - 19 février 2020)
le 17 février 2020
Des hommes. Film documentaire de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet (19 février)
le 17 février 2020
Plogoff, des pierres contre des fusils. Film documentaire de Nicole Le Garrec (12 février 2020)
le 17 février 2020
Cancion sin nombre (Song without a name) de Melina León (18 mars 2020)
le 17 février 2020
Le capital au XXIème siècle. Film documentaire de Justin Pemberton et Thomas Piketty (18 mars 2020)
le 17 février 2020

Évènements à venir

Pas d'évènements à venir


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.89
Version Escal-V4 disponible pour SPIP3.2