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Tout peut changer ! de Tom Donahue (19 février 2020)
Article mis en ligne le 18 février 2020

par C.P.
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Tout peut changer !
Et si les femmes comptaient à Hollywood…
Film de Tom Donahue (19 février 2020)

Tout peut changer ! dévoile l’une des aberrations de l’industrie du cinéma et de la télévision états-unienne : la sous-représentation des femmes à Hollywood, autrement dit le sexisme solidement et durablement inscrit dans l’industrie cinématographique.

Tout peut changer ou comment analyser les inégalités salariales et la discrimination à l’embauche, qui touchent les femmes et encore plus les femmes de couleur aux Etats-Unis dans le domaine du spectacle, Hollywood étant sur la sellette. Voyage édifiant dans les coulisses de l’industrie du cinéma et de la télévision états-unienne, avec un phénomène jusque là passé sous silence : la sous-représentation des femmes à Hollywood. Autrement dit, le sexisme est on ne peut plus solidement inscrit dans les pratiques de l’industrie cinématographique états-unienne, et même s’accentue, si l’on compare la place des femmes aux débuts du cinéma et maintenant.

En effet, la production du cinéma muet fut une opportunité pour de nombreuses femmes réalisatrices, scénaristes, et comédiennes, qui tenaient une place importante dans la création cinématographique, pas seulement devant, mais aussi derrière la caméra. Or, avec l’arrivée du parlant, l’équilibre s’inverse. Une des raisons est que les banques ont largement investi dans l’industrie cinématographique, ses nouvelles techniques, et les banques étant dirigées en grande partie par des hommes, Hollywood a donc mis en avant les hommes, tant au plan de la création que pour la réalisation. Et phénomène aberrant, mais parfaitement logique, les contrats des comédiennes ont subi des effets discriminatoires. Hormis quelques exceptions, les comédiennes sont moins payées que les comédiens, et à travail égal, la rémunération est inégale…

Cela ne dépend ni du talent des comédiennes, ni de la rentabilité des films, non c’est une question de sexe, de genre. Et l’on peut imaginer à quel point cela accentue, aujourd’hui comme dans le passé, les rapports de dépendance aux patrons des studios, aux agents, aux réalisateurs, etc. Une véritable spirale où le sexisme et le patriarcat trônent en valeurs indéboulonnables.

Autre conséquence grave, la production audiovisuelle états-unienne tient les 90 % de la production mondiale audiovisuelle et, de fait, elle façonne évidemment les mentalités, l’imaginaire des enfants dès leur plus jeune âge, en leur livrant des images codées pour les petites filles et les petits garçons, on devine les effets… Dans le genre « maman fait la cuisine pendant que papa regarde le match », ou bien les garçons ne pleurent pas et les filles doivent plaire et tenir un rôle de séductrice, flattées bien entendu d’être remarquées pour leur cul ou leur poitrine… À partir de là, le processus se met en place et la chosification des femmes « naturelle », elles sont un décor et le faire valoir du mec qui les domine. Pour les Africaines-américaines c’est pire, les relents de racisme se mettant de la partie et l’on sait que racisme et sexisme vont de pair. « Les médias ont le pouvoir d’éduquer les gens et d’influer sur leur mentalité. Leur pouvoir se mesure aussi au fait de voir des gens qui vous ressemblent à l’écran ». Et bien concernant l’image des filles et des femmes, qui ne jouent pas seulement de la prunelle, qui refusent les critères vendus et vantés, le changement des mentalités n’est pas évident !

Tout peut changer ! ne reste pas seulement dans le constat, les témoignages sont accablants certes, mais, s’appuyant sur les travaux de l’organisme de recherche du secteur médias et divertissement, fondé par Geena Davis, luttant contre les inégalités entre hommes et femmes et les stéréotypes sexistes, les participantes du film proposent des angles de lutte, bref de passer à la vitesse supérieure. Et si l’on en juge par les témoignages, il semble qu’un mouvement soit amorcé, même si les patrons des grands studios ont refusé de s’exprimer devant la caméra et persévèrent dans leurs pratiques.

« Pour que le système dans son ensemble bouge en profondeur, il faut que ce changement englobe tout le monde. Il faut qu’un changement se produise immédiatement », et sans doute, le mouvement #MeToo, est-il pour quelque chose dans la prise de conscience générale des femmes et des hommes. On se souvient du film documentaire de Delphine Seyrig, Sois belle et tais-toi !, (tourné en 1976 et sorti en 1981) qui, en interrogeant plusieurs comédiennes en France et outre Atlantique, soulignait le type de rôles proposés aux comédiennes, notamment dans leurs rapports avec d’autres personnages féminins. La majorité des actrices confirmaient les stéréotypes imposés, où la compétition entre femmes était de rigueur, en général pour obtenir les faveurs d’un homme. Dans un seul film, Julia de Fred Zinneman (scénario de Lillian Hellman), les deux rôles féminins (tenus par Vanessa Redgrave et Jane Fonda) étaient liés par une profonde amitié.

Tout peut changer ! « cherche et propose des solutions qui vont au-delà de l’industrie du cinéma et bien au-delà des frontières états-uniennes, à travers les témoignages de nombreuses voix, vedettes de Hollywood, dont Meryl Streep, Cate Blanchett, Natalie Portman, Reese Witherspoon, Sandra Oh, Jessica Chastain, Chloë Grace Moretz, Shonda Rhimes, ou Geena Davis, également productrice exécutive du film ».

Il faut dire que même des films comme Thelma et Louise, ou ceux mettant en scène des Wonder Women, n’ont pas été suivis des effets attendus… Alors le travail des femmes, qui s’expriment dans Tout peut changer ! peut-il amorcer, sinon un changement (il faut rester pragmatique), une réflexion qui débouche sur des décisions ? Pourquoi pas ? Obliger les studios à moins de discrimination vis-à-vis des femmes et des images véhiculées sur elles ? Et c’est toute la chaîne de la production cinématographique et audiovisuelle qui est touchée. Toutefois, influer sur le regard et les réflexes sexistes est une lutte de longue haleine : « Tant que les femmes sont caricaturées, tenues à l’écart, stéréotypées, hyper-sexualisées – tant qu’on ne leur propose pas de rôles forts ou qu’elles sont simplement absentes des écrans –, le message est clair : les femmes et les jeunes filles n’ont pas la même importance que les hommes et les garçons. Cette situation a un impact considérable sur le secteur et la société dans son ensemble » [1].
Tout peut changer ! Le film documentaire de Tom Donahue est au cinéma le 19 février.

Notes :

[1Nina Wu de Midi Z, sorti en janvier dernier et que l’on peut encore voir sur les écrans, traite du même sujet et de manière crue. La scénariste, Wu Ke-xi joue également le rôle de la comédienne harcelée et pressée de se plier aux désirs des hommes. Faut-il rappeler un comédie française de 1990, Promotion canapé de Didier Kaminka. "Promotion canapé" étant une "expression familière" (sic) pour décrire un avantage obtenu à la suite de faveurs accordées ! (no comment.)


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