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Francis Gavelle
La réouverture du théâtre de Suresnes Jean Vilar
Article mis en ligne le 17 février 2020
dernière modification le 18 février 2020

par C.P.
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Ayant déjà fort à faire pour suivre l’actualité cinématographique et musicale, il est vrai que l’on a de fait souvent été négligent dans “Longtemps, je me suis couché de bonne heure”, avec les autres formes d’expression artistique. On tente déjà de redonner une place à la littérature – l’émission n’affirme-t-elle pas dans son sous-titre être le “magazine des livres, de la musique et du cinéma” ! – avec la chronique de Léopoldine Raynal ; on continue néanmoins à rester négligent avec les beaux-arts et le spectacle vivant, alors qu’ils n’en constituent pas moins des sources d’extase et de transcendance, de réflexion et d’interrogation, en somme d’accès à la beauté et de regard sur le monde.

Alors, oui, ce soir, je parlerai du théâtre de Suresnes, le “théâtre Jean Vilar”, à l’occasion de sa toute récente réouverture, après neuf mois de fermeture pour travaux de rénovation. Certes, une réouverture – elle a eu lieu le 7 février dernier – constitue une actualité, ici culturelle ; mais pourquoi ce choix ?

Parce que le “théâtre Jean Vilar” est le théâtre de ma ville, celui à côté duquel j’habite – je n’en révélerai, chers auditeurs, pas plus de ma géolocalisation –, celui où j’ai fait quelques pas sur ses deux scènes, grande salle et salle “Aéroplane”, pour un spectacle mettant en espace les textes de quelques prosateurs inspirés par l’absurdité des situations et la virtuosité des mots : citons au programme, entre autres, Pierre Desproges et Roland Dubillard. Petite anecdote, au passage, pour nous relier à l’actualité de la réouverture : à cette époque – nous étions fin 1990 – le théâtre achevait sa première réhabilitation et, tout nouvel habitant suresnois que j’étais, je pensais qu’il n’y avait pas de meilleur endroit pour rencontrer des gens nouveaux – de futurs voisins, ici partenaires de troupe amateur – qu’une scène de théâtre. Il faut le reconnaître cependant : la vie nous a éloignés et, pour celles et ceux demeurés voisins de quartier, nous ne nous croisons plus que dominicalement dans les allées du marché…

Mais revenons-en au théâtre et à sa nouvelle rénovation. Ici, tout est question de scène, et plus particulièrement d’espace scénique. En effet, construit à la fin des années 1930 et classé depuis à l’inventaire des Monuments Historiques, le bâtiment était un paradoxe, car, si ses façades étaient d’un monumentalisme quasi soviétique, sa scène s’affichait de petite dimension, proposant un espace de jeu de 10 mètres de large sur 7 mètres de profondeur. La première rénovation, en 1990, eut donc pour objectif – outre la démolition du balcon et l’aménagement de la salle en gradins – d’élargir la scène, dans un mur-à-mur de 14 mètres 50. Mais, si l’espace scénique, ainsi transformé, pouvait toujours accueillir la nudité formelle chère à Jean Vilar – “Nul colifichet, nulle tricherie adroite, nul décor”, proclamait le metteur en scène dans son Petit manifeste de Suresnes, écrit en 1951 –, il ne pouvait héberger des scénographiques plus flamboyantes, ainsi de celles de la Comédie Française. Cette nouvelle rénovation vient donc reconfigurer le plateau, avec une ouverture au cadre de 13 mètres, une profondeur de 14 mètres et un mur-à-mur de 22 mètres. Et la Comédie Française, alors, de pouvoir s’affranchir de l’enceinte du Palais-Royal, pour s’exposer au cœur de la cité-jardin de Suresnes !

Mais maintenant place au théâtre, et place à Jean Vilar, pour finir cette chronique, qui tient plus des égarements d’un sous-préfet aux champs, que du compte-rendu méthodique d’une visite de chantier, suivie d’une soirée d’inauguration, où se succédèrent allocutions politiques et gestes chorégraphiques, musicaux et littéraires, puis prolongée par une ouverture de saison, où cinq comédiens fabuleux donnèrent à entendre, pour une unique représentation, un élégant et réjouissant entrelacement de textes de théâtre (de Shakespeare à Sarah Kane, de Feydeau à Pascal Rambert) et d’écrits sur le théâtre : d’Albert Camus à Ariane Mnouchkine, en passant, donc, par Jean Vilar…

En effet, pour celui qui prit la direction du TNP – Théâtre National Populaire, pour rappel – au palais de Chaillot en 1951, mais qui, ne pouvant s’y installer immédiatement pour cause d’assemblée générale de l’ONU, s’en vint prendre ses premiers quartiers à Suresnes, dans ce lieu encore dénommé “Centre de loisirs Albert-Thomas”, le mot “populaire” ne se réduisait pas, dans le domaine culturel, à la seule acceptation démagogique actuelle de “divertissement” ; et le terme “national”, au passage, n’était pas synonyme de rassemblement sectaire et haineux, mais se parait des beaux atours d’une mission de service public. Ainsi, Jean Vilar, toujours dans son Petit manifeste de Suresnes, déclarait-il :
“Pour appâter ce public, nous ne céderons pas au choix d’œuvres faciles. Le sirop laisse des nausées. Nous tenterons cependant de ne pas aller à lui avec des œuvres absconses, encore que la littérature d’aujourd’hui y cache et découvre parfois ses joyaux. Il nous faudra cependant défendre des œuvres difficiles.”

Alors, pour le signifier dans une conclusion qui n’impose pas de lien de cause à effet entre les paragraphes : si le cinéma est un art de la sidération, où celui qui est à l’écran est, plans larges excepté, plus grand que celui est dans la salle ; le spectacle vivant est un art de la communion, où celui qui est sur la scène reste de la même taille que celui qui est dans la salle.

P.S. :

Chronique radiophonique du 15 février 2020 – Longtemps, je me suis couché de bonne heure, Radio Libertaire, 89.4 Mhz


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