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Christiane Passevant
Entretien avec Amjad Abu Alala, réalisateur de Tu mourras à 20 ans
Article mis en ligne le 18 février 2020

par C.P.
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Tu mourras à 20 ans
Film de Amjad Abu Alala (12 février 2020)

Dans un village du Soudan, au cours d’une cérémonie, la mère de Muzamil présente son nouveau né au chef religieux, qui lui prédit la mort de l’enfant à 20 ans. À l’annonce de cette prédiction, le père de l’enfant quitte la famille et part travailler à l’étranger. Sakina, la mère, élève seule son fils, le couvant littéralement de toutes ses attentions. Muzamil vit à l’écart des autres enfants, il est même rejeté, l’enfant de la mort… Il ne va pas à l’école, « à quoi bon apprendre s’il doit mourir ? dit sa mère. Pourquoi perdre du temps à lire d’autres livres que le Coran ? » Muzamil grandit et lorsqu’il a 19 ans, l’échéance fatale est proche…

« Le film montre comment une forte croyance peut affecter la vie des gens, [explique Amjad Abu Alala] — et la façon dont cette foi peut être instrumentalisée politiquement. Le gouvernement soudanais d’Omar el-Béchir a utilisé l’Islam pour faire taire le peuple — quand quelqu’un dit "C’est la parole de Dieu", plus personne ne peut parler... Mon film est une invitation à être libre. Rien ni personne ne peut vous dire : voici votre destin, il est écrit quelque part. C’est à vous de décider ce que sera votre vie et c’est ce que Suleiman essaye d’expliquer à Muzamil. »

Tu mourras à 20 ans se présente comme une fable philosophique à la manière des Mille et une nuits, c’est un film sur l’émancipation, ancré dans la culture et la réalité soudanaise, méconnue. C’est également un film où il est question de cinéma, puisque l’on voit des images du film documentaire de Jadallah Jubarra, Khartoum, un cinéaste très connu d’avant le régime islamique.

Amjad Abu Alala a écrit son film avant la révolution, cependant précise-t-il, « la liberté a toujours été mon sujet. On a commencé à tourner à la mi-décembre 2018, le jour même où la première étincelle de la révolution s’est enflammée dans le nord du pays, à Atbara. Sur le plateau, tout le monde était survolté. Même les membres étrangers de l’équipe, et notamment les Français, se passionnaient pour l’actualité. Le souffle de la liberté était partout sur le plateau.
En avril, j’ai interrompu la post-production au Caire pour revenir au Soudan et participer aux événements. J’y ai passé deux mois. J’étais à Khartoum le 6 avril, quand a commencé le "sit-in" géant brutalement interrompu par les militaires quelques semaines plus tard. La plupart des Soudanais de l’équipe étaient là et ont été brutalisés. Un de mes amis faisait partie des victimes... Bien sûr [ajoute Amjad], tous ces évènements ont eu un impact sur le film. Par exemple, la première fois que Muzamil va chez Suleiman, il entend une chanson. J’avais imaginé utiliser "La Bohême" pour créer la surprise d’entendre une chanson française dans un village perdu du Soudan. Mais j’ai préféré finalement mettre une chanson de Muhammad Wardi, qui était devenue l’hymne de la révolution de 1983 et que l’on entendait partout à Khartoum en avril dernier. Wardi était un chanteur communiste très connu en Afrique, il a été banni du Soudan. Les paroles disent : "Nous sommes tous inspirés par la révolution, et nous obtiendrons ce que nous méritons." »

Tu mourras à 20 ans est un film magique, dont les images impressionnantes participent à sa poésie, et le récit à son propos rebelle. Comme la beauté des lumières et des paysages s’impriment dans le regard et la mémoire, il en est de même des personnages, les personnages féminins sont particulièrement forts et bousculent quelque peu les a priori occidentaux.

Christiane Passevant : Tout d’abord, une question sur le titre du film en arabe [1] ?

Amjad Abu Alala : Il est très poétique et direct, en arabe, en français, en anglais. Lorsque nous avons commencé à travailler sur le film, nous avons choisi ce titre, comme provisoire, mais, peu à peu, nous avons remarqué que tout le monde l’aimait, les personnes autour du projet, l’équipe, les laboratoires, tout le monde. Alors nous avons décidé de garder ce titre dans toutes les langues…

— Cela évite les traductions de titre parfois surprenantes…

Amjad Abu Alala : Il est rare qu’un titre soit aussi direct et révèle le sujet du film. Oui, il est simple et poétique.

— La poésie, c’est la première chose qui m’a frappée dans le film. C’est quasiment un conte, on pourrait même dire dans la tradition des Mille et une nuits. Cette idée de conte philosophique était-elle présente dès l’écriture du film ?

Amjad Abu Alala : J’aime l’idée du conte et j’adore les Mille et une nuits que j’ai lu en arabe… Alors que le film en soit imprégné, même si je n’y ai pas pensé en choisissant l’histoire ou en écrivant le script, cela me paraît logique. En fait, cela fait partie de ma culture et j’ai toujours voulu en faire quelque chose. De même pour la mythologie grecque, les légendes ou les récits épiques comme l’Épopée de Gilgamesh, ce sont les influences qui m’ont formé et inspiré en tant que réalisateur, écrivain et acteur de théâtre. Le théâtre est aussi très important pour moi ; une de mes pièces est actuellement jouée en Égypte, Apple Pie. Alors oui, tant le théâtre que le cinéma ou la littérature ont un rôle essentiel dans mon travail. Le choix de l’histoire du film est lié à tout cela, c’est pourquoi j’ai voulu adapter une nouvelle pour le cinéma. J’ignore pourquoi le cinéma indépendant le fait rarement, contrairement au cinéma hollywoodien, pourtant il y a toute une littérature, une littérature populaire, dont on pourrait s’inspirer pour le cinéma. Pour cette raison, j’étais ravi d’adapter la très belle nouvelle de Hammour Ziada au cinéma.

— Quels sont les changements ou les ajouts dans l’adaptation cinématographique, le film semble mixer beaucoup de choses ?

Amjad Abu Alala : j’ai eu de la chance d’adapter une nouvelle plutôt qu’un roman, ainsi j’avais plus d’espace pour créer, imaginer des personnages, construire le monde que je désirais. Pour un cinéaste, adapter un roman est souvent un problème, alors qu’avec une nouvelle on est plus libre. Par exemple, le personnage de Suleiman est devenu beaucoup plus important. Dans la nouvelle, il intervient seulement dans une scène, celle de la mosquée. Mais le personnage m’a inspiré et je l’ai étoffé. Suleiman, c’est un peu moi, il exprime mes idées, ce qui n’était pas le cas dans la nouvelle de Hammour Ziada. Lorsque Hammour a lu le script, il a beaucoup aimé le personnage. J’ai ajouté le personnage de la compagne de Suleiman qui n’existe pas dans la nouvelle et je lui le nom de ma grand-mère, Naima. J’ai lu la nouvelle en allant aux funérailles de ma grand-mère et donc ce nom est venu tout naturellement sans que j’en sois conscient.

— Le cinéma est très présent dans le film, Suleiman est un passionné de cinéma.

Amjad Abu Alala : Absolument. Pour moi, le cinéma est une fenêtre ouverte sur le monde. Dernièrement, j’étais au festival de Rotterdam et j’ai vu en moyenne quatre films par jour, c’était comme voyager de Chine en Thaïlande, d’Amérique latine en France, puis revenir en Afrique… Cela revient à ouvrir une fenêtre, la fermer, puis en ouvrir une autre… C’est formidable de pouvoir découvrir tous ces mondes. C’est le but du festival de Khartoum, ouvrir des fenêtres aux cinéastes. Il ne s’agit pas d’un festival de cinéma africain ou arabe, mais d’un festival ouvert aux cinémas du monde. Et c’est exactement ce que la démarche de Suleiman vis-à-vis de Muzamil, qui est coincé dans un univers étriqué, ou plutôt celui de sa mère. Suleiman l’ouvre au monde.

— Suleiman est un personnage central dans le film, c’est lui qui libère Muzamil, suscite sa prise de conscience, l’initie au monde, mais aussi à lui-même. La scène de la mosquée est emblématique. Mais là, je me suis demandée si cette scène ne serait pas censurée au Soudan. Le film est-il distribué au Soudan ?

Amjad Abu Alala : Pas encore. Lorsque Pyramide a monté cette scène, en clip, pour présenter le film, cela a provoqué pas mal de réactions. Par exemple, pourquoi le personnage de Suleiman, dans la mosquée, dit à Muzamil qu’il faut connaître le péché, le commettre pour en prendre conscience ? Le film a été montré un peu partout dans des festivals, Venise, Toronto, Doha, Dubaï, et je pense que le public soudanais, s’il a été choqué par cet extrait, comprendra le contexte en voyant le film. Beaucoup de choses se passent actuellement au Soudan, la production cinématographique est encore quasi inexistante. C’est un problème si l’on songe que la population regarde exclusivement la télévision, qui a diffusé, durant les 30 ans de régime islamique, des programmes très conservateurs. Le public n’a pas l’habitude de voir les étreintes d’un homme et d’une femme par exemple, ni évidemment des scènes de sexe… De fait les réactions sont compréhensibles. Depuis la révolution, il y a une sorte guerre des mots entre les représentants de l’ancien régime et ceux du nouveau, qui se veut libéral et plus ouvert aux autres influences. L’ancien régime accuse le nouveau de montrer des images de nudité, de vouloir tout bousculer, c’est pour cette raison que la date de sortie du film a été retardée.

— On verra comment le film est reçu à sa sortie…

Amjad Abu Alala : À partir du 15 février et j’espère que tout se passe bien.

— Le film est-il distribué dans tous les pays arabes ?

Amjad Abu Alala : Oui, dans les pays du Moyen-Orient, à Dubaï, Doha, en Tunisie, et en Égypte au mois d’avril… La sélection de Tu mourras à 20 ans dans des nombreux festivals a beaucoup aidé la réputation du film. Le film a gagné plusieurs prix, notamment au festival de Carthage, au Caire et au Maroc. Toutes ces récompenses sont importantes pour un film soudanais et j’en suis heureux [2].

— Durant la cérémonie au début du film, la présentation du nouveau né au chef religieux, est-ce une tradition dans les villages ? Ou bien est-ce imaginé ?

Amjad Abu Alala : Ni complètement imaginé ni complètement faux. C’est un mélange entre réalisme et imagination. Un chef religieux ne fait pas de prédiction aussi précise, il donne des conseils pour la famille, sur le couple par exemple, il y a toutefois tout un contexte magique et religieux qui a inspiré la cérémonie.

— Nous avons évoqué les Mille une nuits, et ce qui est frappant dans le film, c’est son caractère universel, celui de l’innocence et de la fatalité. Était-ce volontaire ?

Amjad Abu Alala : Oui, le film est inspiré par l’univers de la magie et du soufisme pour la musique, les couleurs, l’ambiance, l’environnement, mais il y a aussi la critique du soufisme et des coutumes. Au Soudan, le mode de vie est un mélange de soufisme et de traditions africaines, et cela m’a certainement influencé, donc j’emprunte à la réalité comme à ce qui ne l’est pas du tout. J’ai aimé jouer avec les images et les symboles, ce que j’ai d’ailleurs fait également dans mes courts métrages. Et je crois que je vais continuer pour mes prochains films, mélanger la réalité et l’onirique.

— La lumière est sublime. À quelle époque de l’année a eu lieu le tournage pour obtenir ces couleurs et ces contrastes ?

Amjad Abu Alala : Il fait toujours très chaud au Soudan, même en hiver durant la journée. Après la saison des pluies, en octobre, c’est différent. Nous avons filmé de la mi-décembre à la mi-janvier. Nous avons fêté Noël et la nouvelle année pendant le tournage puisque l’équipe était internationale, française, soudanaise, égyptienne et libanaise… Pour moi, depuis mon enfance, les frontières n’existent pas. Nous sommes des citoyens et des citoyennes de l’univers…

— C’est la raison de la fin ouverte du film ?

Amjad Abu Alala : Depuis le début du projet, je cherchais une histoire qui ne représente pas uniquement le Soudan, mais soit universelle. J’ai parlé dernièrement avec un producteur indien qui veut acheter les droits du récit et l’adapter afin de le tourner en Inde. J’aime l’idée que mon film puisse toucher le public indien. Il a été montré dans cinq festivals en Inde. L’histoire pourrait se passer en Inde, et j’aimerais que la même chose arrive pour l’Amérique latine. Je suis certain que le récit peut être adapté à l’imaginaire latino américain. L’universalité de l’histoire était immédiatement présente pour moi, la musique d’ailleurs l’est aussi, composée par Amine Bouhafa, un musicien franco-tunisien. La musique est universelle, car les sentiments exprimés ne sont pas uniquement soudanais, mais universels. Amine a composé la musique d’autres films, Timbuktu de Abderrahmane Sissako, Amin le film de Philippe Faucon… C’est un musicien extraordinaire et je suis fier qu’il ait composé la musique de Tu mourras à 20 ans. Il y a des ambiances soudanaises, mais je voulais que la musique touche tout le monde et sans limites.
En ce qui concerne la fin, il s’est passé un événement extraordinaire pendant le tournage. Lorsque le peuple soudanais est descendu dans la rue, cela a coïncidé avec l’émancipation de Muzamil, la boîte s’est ouverte…

— Une chose est importante dans le film, c’est la présence des personnages féminins. Les trois femmes du film sont très fortes, plus fortes que les hommes ?

Amjad Abu Alala : Oui, mais ce n’est pas ma décision, les femmes soudanaises sont ainsi. Si l’on a suivi la révolution au Soudan l’année dernière, c’est un phénomène évident en regardant les photos. Les femmes sont debout, lèvent la main. Au Soudan, il n’existe pas de problème à ce qu’une femme soit dirigeante, cela arrive parfois, mais il y a un mouvement féministe. La plupart du temps, les femmes sont appréciées, surtout au sein de la famille où leur rôle est prédominant. Aujourd’hui, nous avons plusieurs femmes juges, y compris des catholiques. Toutefois, il faut dire que même sous le régime islamique de Omar El-Béchir, il y avait des femmes dans les ministères. Mes personnages féminins sont forts, non pas parce que je l’ai décidé, mais parce qu’elles reflètent la mémoire que j’ai de ma mère, de mes tantes, de ma grand-mère. Elles étaient toutes très fortes et cela ne gênait aucunement les hommes, bien au contraire, ils étaient fiers qu’elles aient plus de force qu’eux. Dans le film, c’est ce que dit le père de Muzamil à Sakina, sa compagne. Je voulais qu’il l’exprime comme un état de fait.

— C’est la même chose pour les autres personnages féminins…

Amjad Abu Alala : Naïma par exemple est une femme de caractère, elle prend des décisions, dit ce qu’elle pense. Naïma est une rebelle, mais elle est aimée et respectée dans le village. Je ne sais pas comment l’expliquer. Les hommes sont davantage sous l’emprise de la religion, les femmes sont plus libres.

— Ton travail au théâtre, en tant que metteur en scène et comédien, influence-t-il tes réalisations au cinéma ?

Amjad Abu Alala : Je crois que cela influence beaucoup ma manière de diriger, de partager avec les comédiens et les comédiennes. Sur un tournage, ils et elles sont mes enfants, personne d’autre que moi ne peut leur parler ou leur crier dessus. C’est ça l’influence du théâtre. Ce sont mes enfants parce que je les comprends en tant que comédien. Il faut dire qu’au théâtre nous travaillons longtemps les personnages, des mois parfois. Dans ce contexte, le théâtre m’aide beaucoup, de même pour le casting, d’ailleurs Suleiman et Sakina viennent du théâtre. Ce sont des stars au Soudan, car l’industrie cinématographique n’existe pas encore réellement au Soudan. Il m’a donc fallu extirper le théâtre de leur jeu et, grâce à mon expérience au théâtre, j’avais les clés pour le faire.

— C’est la raison du choix des gros plans sur Sakina ?

Amjad Abu Alala : Je n’arrêtais pas de lui dire, « nous ne sommes pas au théâtre, mais au cinéma ». Mais la raison des gros plans, ce sont ses yeux. J’adore ses yeux. Parfois nous décidions au dernier moment, avec le chef opérateur, de faire un gros plan à cause de la puissance d’expression de son visage et de ses yeux.

— Ils sont effectivement très expressifs, très parlants. Il remplacent les mots…

Amjad Abu Alala : Ils sont utilisés comme des dialogues. Pendant le tournage, j’ai supprimé plusieurs dialogues parce que la comédienne donnait l’impression, par son visage et ses expressions, de dire un texte. Alors pourquoi le dire ? Et souvent je disais, « bon, on supprime cette phrase, on supprime ».

— Quels sont tes projets de production, puisque tu es également producteur indépendant pour le nouveau cinéma soudanais ? Et d’ailleurs, dans Mourir à 20 ans, il est aussi question de cinéma, puisque Suleiman montre des images de films à Muzamil. San oublier le festival de Khartoum ?

Amjad Abu Alala : Le festival se poursuit chaque année, en janvier, même si le budget est très modeste. J’espère qu’avec le changement de régime, nous aurons plus d’aide. Mais il y a la reconnaissance internationale, nous sommes invité.es partout dans le monde.
Un nouveau projet en tant que réalisateur ? Je ne sais pas. J’ai beaucoup d’idées, mais rien n’est encore précis. Ce dont je suis sûr, c’est que ce sera une autre ambiance, ce ne sera pas situé dans un village, mais plutôt dans un environnement urbain. Je n’y pense guère en ce moment, car, avec ma maison de production, qui a coproduit Tu mourras à 20 ans, je travaille actuellement à produire un film de fiction dont l’auteur, Mohamed Kordofani, a beaucoup de talent. Le titre du film est Adieu Julia et se situe pendant les cinq années qui ont précédé la séparation du pays, le Soudan nord et le Soudan sud. Il ne sera pas seulement question de la politique qui nous a séparé, mais aussi du racisme. Au Nord, nous étions très racistes envers les Africains du Sud Soudan. Et je pense qu’il est temps de soulever la question. Les gens du Nord donnaient des verres de couleur différente aux personnes du Sud pour ne pas boire dans les mêmes verres par inadvertance. C’était horrible et le film parle de ça. Je suis très enthousiaste vis-à-vis de cette production. Je suis également à la recherche d’autres coproductions et je m’intéresse aux films documentaires. Nous travaillons avec un documentariste pour la réalisation d’un film sur la révolution. Nous étions sur place pendant la révolution, et lui, en particulier, était présent le dernier jour et a été témoin des massacres. Les militaires ont assassiné de nombreuses personnes et il a été obligé de se cacher douze heures avec une jambe cassée dans des toilettes. Cette tragédie l’a traumatisé, mais je l’ai convaincu d’en parler, ce serait aussi un moyen de surmonter le choc.

— C’est finalement beaucoup d’autres fenêtres qui s’ouvrent…

Amjad Abu Alala : Oui, ce sera également une nouvelle fenêtre pour que le monde nous regarde, et non pas l’inverse. Nous devons témoigner, raconter l’histoire du Soudan de l’intérieur, avec notre regard.

— Youssef Chahine est important dans ta découverte du cinéma ?

Amjad Abu Alala : Depuis l’enfance, il m’a impressionné lorsque j’ai découvert son cinéma. J’ai même décidé d’être réalisateur lorsque j’ai vu ses films et que j’ai compris ce que signifiait faire un cinéma différent. Le Destin a été important pour moi, mais plus encore Alexandrie pourquoi ? Le Moineau, Gare centrale… Youssef Chahine a eu plusieurs styles, plusieurs voix, c’est à travers son cinéma que j’ai découvert le cinéma indépendant. Et cela m’a amené à connaître le cinéma d’Angelopoulos, de Tarkovski, de Federico Fellini, Stanley Kubrick, Jean-Luc Godard, François Truffaut, l’un après l’autre, le cinéma iranien, aussi, Woody Allen… De chacun de ces cinéastes, j’ai appris quelque chose : de Stanley Kubrick, la technique, de Youssef Chahine, la folie, de Tarkovski, la voix poétique, d’Angelopoulos, le rêve, de Woody Allen, les idées… Et pour un nouveau réalisateur comme moi, c’est une chance de choisir ce qu’il désire de tous ces jardins.

Tu mourras à 20 ans de Amjad Abu Alala est au cinéma depuis le 12 février.

Notes :

[1Entretien avec Amjad Abu Alala. Traduction et transcription CP

[2Tu Mourras à 20 ans est le premier long-métrage de Amjad Abu Alala. Outre les récompenses citées dans cet entretien, le film a reçu le Lion du futur du meilleur premier film au festival de Venise, ainsi que le Grand prix aux festivals d’El Gouna et d’Amiens.


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