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Christiane Passevant
Lettre à Franco de Alejandro Amenabar (19 février 2020)
Article mis en ligne le 17 février 2020

par C.P.
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Lettre à Franco
Film de Alejandro Amenabar (19 février 2020)

Le titre original du film d’Amenabar, While at War, fait allusion à un « document signé par les Nationalistes au début de la guerre, qui a joué un rôle clé dans la prise du pouvoir de Franco, et a permis son installation durable ». C’est ce que l’on voit dans le film, la rencontre avec des représentants de l’axe pour une aide militaire. Le titre espagnol, Mientras dure la guerra, peut se traduire par « Tant que durera la guerre » et évoque, selon le réalisateur, un état de guerre permanent avec la résurgence des mouvements d’extrême droite.

La première scène reconstitue l’arrivée des Nationalistes à Salamanque où vit le poète Miguel de Unamuno, connu pour son opposition à la royauté. Très vite, on voit les dérives fascistes du groupe de généraux ayant fomenté le coup d’État, l’emprisonnement et la liquidation sommaire des opposants se multiplient. Mais l’intérêt du film est de montrer la lutte interne pour le pouvoir entre les instigateurs du soulèvement. La mise en place de Franco comme responsable d’un gouvernement ne se fait pas d’emblée, loin de là, certains militaires hésitent et le voient comme un personnage plutôt falot, non fiable.

C’est au général José Millán-Astray, créateur de la Légion étrangère espagnole et auteur du slogan « Viva la muerte » qu’il doit son arrivée au pouvoir. Ce dernier a une certaine influence pour sa formation politique et idéologique. Franco s’est alors créé un mythe, celui de caudillo, en suivant l’exemple de la propagande de ses alliés, Hitler et Mussolini. Il y adjoint la religion par opportunisme, alors que, contrairement à son épouse bigote, il est athée. Cependant, lorsque la guerre éclate, il comprend qu’en associant ce conflit aux Croisades ou à la Reconquista, il peut donner à sa campagne une dimension épique. Ce revirement religieux a sans doute été encouragé par son épouse Carmen, et très payant pour sa prise de pouvoir.

Face cet homme qui construit son image, Miguel de Unamuno, soutient d’abord les Nationalistes pour « rétablir l’ordre » et il est également flatté d’être reconnu comme intellectuel important. Il voit ses amis disparaître, mais pris dans ses contradictions et préférant le déni, il refuse de reconnaître les dérives fascisantes des Nationalistes, qui lui restituent sa chaire à l’Université. Puis vient le jour du fameux discours dans lequel il déclare « Vous vaincrez mais ne convaincrez jamais ». Ce discours et cette phrase ont soulevé bien des polémiques et des commentaires. Mais il n’en reste pas de traces. Ce qui est certain, c’est la révocation de son poste de doyen de l’université de Salamanque peu de temps après.

La représentation, qui est faite de Franco fait évidemment penser à ses modèles, Hitler et Mussolini, trois personnages opportunistes et ordinaires, avec qui il est possible de faire aujourd’hui des comparaisons. «  Je ne pense pas qu’on puisse être impartial, même dans un documentaire [commente Amenabar]. Il y aura toujours une tournure, un point de vue, une intention. Respecter l’esprit des faits et des personnes réelles c’est autre chose, ne pas les déformer, et surtout ne pas tomber dans l’endoctrinement ou la manipulation idéologique. En tant que spectateur, j’aime les films qui me laissent de la place pour réfléchir, et c’est exactement ce que j’essaie de faire en tant que réalisateur, en donnant de la matière pour réfléchir, parler, argumenter... »

Lettre à Franco reconstitue parfaitement le début du coup d’État, l’atmosphère du début de la guerre civile dans la ville de Salamanque. Il ne reste qu’à revoir le premier film de Basil Martin Patino, Siete cartas para Berta, qui décrit la ville après la guerre civile et la répression franquiste.
Lettre à Franco d’Alejandro Amenabar est en salles le 19 février.


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