DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Gilles Tourman
Le capital au XXIème siècle. Film documentaire de Justin Pemberton et Thomas Piketty (18 mars 2020)
Article mis en ligne le 17 février 2020

par C.P.
logo imprimer

Le capital au XXIème siècle
Film documentaire de Justin Pemberton et Thomas Piketty (18 mars 2020)

Avec Ian Bremmer, Lucas Chancel, Bryce Edwards, Rana Foroohar, Francis Fukuyama, Simon Johnson, Paul Mason, Seresh Naidu, Paul Riff, Faiza Shaheen, Joseph Stiglitz, Gillian Tett, Kate Williams, Gabriel Zucman

Adaptant au grand écran le best-seller de Thomas Piketty, Justin Pemberton décrypte avec virtuosité, pédagogie et un sens narratif lumineux, le système capitaliste depuis le XVIIIème siècle ainsi que ses enjeux pour demain. Un film urgent, vivant, nécessaire et passionnant.

Pour son 5ème documentaire, Justin Pemberton, amateur de pop culture, auteur de clips, réalisateur en 2016 du doc interactif I spy (with my eyes) met brillamment en son et en image le best-seller de Thomas Piketty. L’ensemble est formida- blement clair, édifiant et captivant grâce au savant montage associant la qualité pédagogique des intervenants à une illustration lumineuse de leurs propos à travers des images d’archives, de films ou autres chansons et musiques ne faisant jamais redondance. Voire y ajoutant une forme d’ironie par leur décalage. Ainsi quand Kids in America de Kim Wilde illustre la montée de la bulle spéculative qui aboutira à la crise des “Subprime”. Il ressort de cette magistrale démonstration la sensation que le capitalisme repose sur une arnaque à la fois politique, économique, philosophique et sociale destinée à préserver l’héritage d’une minorité, et par là-même leur pouvoir, sur la majorité.

On peut distinguer deux grandes parties. La première, plutôt historique, retrace le sombre rapport entre le travail et le capital, depuis les origines foncières et commerciales (XVIIIème siècle), incluant l’esclavage et les conquêtes de nouvelles terres, jusqu’à l’ère industrielle (XIXème siècle). Le constat est terrible : dévolu à produire des inégalités sociales au profit de l’enrichissement d’une minorité, ce système, renforcé par la chute du modèle communiste (qui ouvre du film) puis sa dérégulation lors des 90’s (années Reagan/Thacher), ne peut qu’engendrer la violence, les crises et l’émergence d’idéologies mortifères (totalitarismes) et de rejet de l’autre (migrants).

La deuxième partie démarre après 1945 avec l’émergence de la classe moyenne pour aboutir au capitalisme globalisé et financiarisé d’aujourd’hui, avec, là encore, l’exposition des méthodes mises en place par les tenants du capital pour gagner toujours plus en payant toujours moins (évasion fiscale, auto-entreprenariat, etc.). Dans un épilogue, Thomas Piketty invite à remettre en cause les notions de capital et d’héritage par le biais de la fiscalité. Notamment en taxant les bénéfices à partir du lieu de consommation et non de production (à l’image de ce que l’Europe de vient de voter pour l’audiovisuel - ndlr).

Bien que brillant, on regrettera peut-être deux choses vénielles : une séquence sidérante montre une forme d’expérience de Milgram à partir d’un jeu de Monopoly aux règles biaisées (les uns reçoivent plus que les autres). Au fil du jeu, la richesse suscite chez les gagnants un sentiment de domination. Or, un extrait de Wall Street (1987) montre le personnage incarné par Michaël Douglas vanter l’avidité. Y aurait-il un rapport consubstantiel entre la libido (l’envie) et l’enrichissement, source du pouvoir ? On aurait apprécié les points de vue d’un psy et d’un neurologue. De même, l’économie repose ici sur le rapport du produit entre le capital et le travail. Or, comme le démontre Jean-Marc Jancovici, celle-ci - et sa richesse - sont aussi (d’abord ?) affaire d’énergie. On recommandera vivement d’aller sur les sites où cet ingénieur exprime sa thèse, afin de compléter utilement ce doc nécessaire, accessible à tous et incontournable pour comprendre notre monde d’hier, d’aujourd’hui et, hélas, peut- être à venir.


Dans la même rubrique

La Bonne épouse de Martin Provost (11 mars 2020)
le 9 mars 2020
Monsieur Deligny, vagabond efficace de Richard Copans (18 mars 2020)
le 9 mars 2020
L’ombre de Staline (Mr Jones) de Agnieszka Holland (18 mars 2020)
le 9 mars 2020
Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient. Femmes et cinéma
le 3 mars 2020
La Communion de Jan Komasa (4 mars 2020)
le 2 mars 2020
Monos de Alejandro Landes (4 mars 2020)
le 2 mars 2020
THEE WRECKERS TETRALOGY de Rosto (4 mars 2020)
le 2 mars 2020
Tout peut changer ! de Tom Donahue (19 février 2020)
le 18 février 2020
Entretien avec Amjad Abu Alala, réalisateur de Tu mourras à 20 ans
le 18 février 2020
La réouverture du théâtre de Suresnes Jean Vilar
le 17 février 2020
Sortilège de Ala Eddine Slim (19 février 2020)
le 17 février 2020
Lettre à Franco de Alejandro Amenabar (19 février 2020)
le 17 février 2020
Bébert et l’omnibus d’Yves Robert (copie restaurée - 19 février 2020)
le 17 février 2020
Des hommes. Film documentaire de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet (19 février)
le 17 février 2020
Plogoff, des pierres contre des fusils. Film documentaire de Nicole Le Garrec (12 février 2020)
le 17 février 2020
Cancion sin nombre (Song without a name) de Melina León (18 mars 2020)
le 17 février 2020
Chut… ! de Alain Guillon et Philippe Worms (26 février 2020)
le 13 février 2020
Tu mourras à 20 ans de Amjad Abu Alala (12 février 2020)
le 11 février 2020
Un Soir en Toscane de Jacek Borcuch (5 février 2020)
le 11 février 2020
La Dernière vie de Simon de Léo Karman (5 février 2020)
le 11 février 2020

Évènements à venir

Pas d'évènements à venir


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.89
Version Escal-V4 disponible pour SPIP3.2