DIVERGENCES 2
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Christiane Passevant
La véridique histoire des compteurs à air
Cardon (Les Cahiers dessinés)
Article mis en ligne le 7 octobre 2012
dernière modification le 2 octobre 2012

par C.P.
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Lors d’une première rencontre avec Cardon [1], il avait évoqué son film d’animation, L’Empreinte [2], et La Véridique histoire des compteurs à air [3], deux sujets graves sur le formatage des esprits de la classe ouvrière, défavorisée, exploitée…

Les dessins de Cardon sont d’une grande force et d’une beauté aussi dans l’horreur de ce monde concentrationnaire dépeint avec précision où les ouvriers, la classe ouvrière est résignée, prostrée…

Cardon : … Statique. C’est parce que je la ressens ainsi. Elle subit, elle tend le dos. C’est peut-être aussi pourquoi le dos est aussi important. Dans La Véridique histoire des compteurs à air, ça se passe dans le dos. Les gens ont un compteur à air dans le dos et ils payent l’air qu’ils respirent. Dans les beaux quartiers où l’air est très cher, les pauvres ne peuvent pas vivre et ils se réfugient là où l’air est vicié. Les riches, eux, peuvent avoir des animaux et ils payent pour les compteurs de leurs animaux. Voilà ma thèse.

Et à la question sur l’actualité du sujet, puisque l’eau et l’air deviennent une marchandise, il répondait :

Cardon : C’est vrai, cela vient. De même dans le court métrage d’animation, l’Empreinte, c’est une forme que l’on applique dans le dos des gens dès la naissance. Cela ressemble aux formes que l’on met dans les chaussures et, peu à peu, on visse la forme pour qu’elle s’incruste dans le dos, entre les omoplates et la nuque. L’empreinte du talon se trouve du côté de la nuque et la semelle entre les omoplates. Quand l’enfant arrive à l’âge d’entrer dans l’existence, on lui enlève cet appareillage très contraignant et probablement douloureux et il peut rejoindre la population pour entrer dans une grande usine. Mais avant, il faut tester si l’empreinte de l’adolescent a bien fonctionné en l’essayant avec une botte. S’il passe l’épreuve, il est digne de rejoindre la population subissante.

Le formatage a toujours existé. Une sorte de fascisme prégnant qui écrase les êtres humains, qui les forment. Je ne me suis pas attaqué au cerveau disponible de TF1, mais c’est un peu ça. C’est une réalité à toutes les époques, ce n’est pas particulier à la nôtre. C’est banal de le dire, mais il faudrait de l’éducation et que chacun-e pense aux autres. Mais ce n’est pas quarante ou cinquante années de stalinisme qui préparent les êtres humains à être responsables. Ils étaient de petits enfants sous la férule de papa, et libérés, ce n’est pas à des personnes éduquées que l’on a à faire, mais à de petites brutes. Aujourd’hui, on assiste à la montée de la barbarie. Libéré-es du petit père des peuples, la barbarie arrive à grands pas. C’est la nature humaine et le manque de culture. Je crois que l’être humain est mauvais au départ et non pas, comme le dit Rousseau, rendu mauvais par la société. Si l’être humain n’a pas de culture, il devient féroce, pire qu’un animal sauvage. La maîtrise, la réflexion, la raison sont nécessaires. Cette course au profit, qui s’est déchaînée dans les pays de l’Est, c’est affligeant.

Une magnifique réédition d’une vision effrayante du futur. 1984. Histoire imagée, allégorie troublante, prémonition d’une société proche ? La véridique histoire des compteurs à air de Cardon… À regarder, à réfléchir.

Notes :

[1Vu de dos. Trente ans de dessins plus que politiques, Cardon (éditions l’Échappée). Rencontre avec Cardon en janvier 2011 pour l’émission Chroniques rebelles sur Radio Libertaire (89.4 et Internet).

[2L’Empreinte a obtenu le Prix de la première œuvre au Festival d’Annecy et a été sélectionné pour le Festival de Cannes en 1974.

[3Éditions de la Courtille, 1973.

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