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Christiane Passevant
Lillian d’Andreas Horwath (11 décembre 2019)
Article mis en ligne le 17 décembre 2019

par C.P.
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Lillian
Film d’Andreas Horwath (11 décembre 2019)


Lillian est une jeune femme russe arrivée à New York, sans doute comme beaucoup d’autres, pour travailler et gagner quelque argent, mais bientôt sans visa, donc sans possibilité de travailler même dans la production de films pornos, elle décide de retourner en Russie, à pied, en passant par le détroit de Béring. Une marche folle si l’on considère les distances, mais rien ne l’arrête et après avoir jeté son passeport et son book de photos, elle se lance dans la traversée des Etats-Unis, d’Est en Ouest. Un voyage qui la fait croiser des personnes bien différentes de l’Amérique urbanisée, hors des villes, une population qui évoque la Frontière proche de l’histoire et de l’imaginaire états-unien. Le film est un voyage : « En partant de New-York vers l’ouest [décrit Andreas Horvath], nous avons parcouru des ruines industrielles et le labyrinthe des autoroutes de la Rust Belt, mais aussi les champs de maïs bucoliques de la Corn Belt, les prairies désertes des Sand Hills du Nebraska jusqu’au Missouri, la nature sauvage du parc national des Badlands dans le Dakota du Sud, les Black Hills — que les peuples autochtones tiennent encore aujourd’hui pour sacrées — la ligne de partage des eaux des Rocheuses, et les anciennes villes des chercheurs d’or du Yukon. Ces lieux sont remplis d’histoire. La route de Lillian suit en partie celle de l’expédition de Lewis et Clark ou bien celle des innombrables pionniers partis vers l’ouest. »

Le récit s’inspire de l’histoire véritable d’une femme russe, Lilian Alling, qui, dans les années 1920, a décidé de faire ce long chemin pour atteindre le détroit de Béring et le traverser afin de rejoindre la Russie. Un passage mythique pour les migrations depuis des temps très anciens. C’est le point de départ du film, mais le parcours de la Lilian contemporaine est plus liée au hasard des paysages, des rencontres. Un voyage improvisé en quelque sorte. « Ce qui m’a toujours intéressé [explique le réalisateur] c’est l’aspect universel de cette histoire : ce qu’elle a fait, et non pourquoi elle l’a fait. Je voulais conserver l’essence unique de l’histoire sans la surcharger d’un arrière-plan historique.[…] Cette histoire pouvait tout aussi bien avoir lieu aujourd’hui ». D’ailleurs la décision d’aller au bout du monde, sans emprunter les moyens de communication habituels, donne une dimension différente de la route. Le désir de Lilian est de s’immerger dans l’idée même de faire la route et de faire partie de la nature qu’elle traverse.

Le film est une expérience fascinante, il est aussi prétexte à découvrir les Etats-Unis hors des sentiers connus, et c’est aussi prétexte à la rencontre avec des personnes, certaines protectrices, d’autres non, mais toujours étonnées naïvement de la détermination de Lillian, de son attente, de son but qu’elles imaginent, qu’elles tentent de comprendre, car Lilian ne dit rien, n’explique rien, ne se livre pas, elle observe et vit dans son monde intérieur.

La comédienne, qui incarne à la perfection Lillian, Patrycja Planik, s’implique à fond dans le rôle, souligne par la gestuelle et son mutisme, une quête d’autre chose. Et il y a le mystère, le mystère de la détermination de la jeune femme, son refus des codes imposés, sa liberté proclamée qu’elle expérimente. Comme si le chemin qu’elle suit doit être inattendu, une initiation, un passage pour découvrir une raison d’exister différemment.

Andreas Horwath a construit ce projet pendant une quinzaine d’années. Les rencontres, parfois fortuites, le jeu des acteurs et actrices non professionnel.les, qui jouent avec naturel leur propre rôle — le shérif, les vendeuses, le dragueur —, donnent un caractère exceptionnel de récit libre, avec sa part de hasard, et transcrivent l’expérience unique vécue par Lillian.
La dernière partie du film, dans le grand Nord, donne la sensation d’être dans une des nouvelles de Jack London, Construire un feu, par exemple. Et le mystère s’impose, qu’arrive-t-il à Lillian ? C’est aussi le récit d’une métamorphose, partir de la grande ville pour arriver à la pleine nature en abandonnant peu à peu tout lien avec le système de consommation… Le plan de fin est chargé de symbole et de poésie…

Lillian d’Andreas Horwath est en salles depuis le 11 décembre. À ne surtout pas manquer !


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