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Gilles Tourman
La Llorona de Jayro Bustamante (22 janvier 2020)
Article mis en ligne le 2 février 2020
dernière modification le 17 février 2020

par C.P.
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La Llorona
Film de Jayro Bustamante (22 janvier 2020)

Avec Maria Mercedes Coroy, Margarita Kénefic, Sabrina de la Hoz, Julio Diaz, Maria Telon, Ayla-Elea Hurtado, Juan Pablo Olyslager

Cloîtré chez lui avec sa famille après avoir été acquitté d’un génocide, un général est victime d’hallucinations. Sénilité ou vengeance de la Llorona, pleureuse légendaire poursuivant les coupables ? Une métaphore politique brillante appelant à une réconciliation générale.

Acquitté par la Cour de Cassation d’un génocide auquel il nie avoir participé en dépit des évidences, le général Enrique Monteverde, malade des poumons, se réfugie chez lui. Son épouse Carmen (qui le défend), sa fille Natalia (qui doute de son innocence), sa petite-fille Sara, son aide de camp Letona et la chambrière Valeriana l’accompagnent. La maison est cernée par une foule hostile. Victime d’une hallucination, le général manque de tuer Carmen. Issue du même village que Valeriana, la jeune maya Alma est embauchée suite au départ de deux servantes. La vie s’écoule entre peur, impossibilité de sortir, appel à la vengeance des assaillants. Sara se prend d’amitié pour Alma qui lui raconte avoir eu deux enfants. Morts depuis.

Lors d’une nouvelle hallucination, le général moleste Alma. Puis Carmen se découvre une conjonctivite. Elle apprend à Natalia que Valeriana est sa demi-sœur avant de rêver qu’elle est poursuivie avec deux enfants par des militaires. Ayant vu l’une et l’autre leur mari disparaître mystérieusement, Natalia et Alma se confient. Carmen craque. Se croyant envoûté, Enrique se fait exorciser par Valeriana. Celle-ci, qui s’est renseigné, sait qu’Alma a menti. Qui est-elle ? La Llorona ? Sara va plonger de nuit dans la piscine. En proie à un cauchemar, Enrique l’y retrouve et manque de la tuer. Lors d’une nouvelle séance d’exorcisme, Carmen a une vision d’horreur et étrangle Enrique. Après l’enterrement, un autre général entend la “Llorona”.

En consacrant son nouveau film aux massacres qui ravagèrent son pays de 1960 à 1996, puis à leur négation, la pépite guatémaltèque Jayro Bustamante clôt magnifiquement sa trilogie consacrée aux victimes mayas avec Ixcanul (2015) puis homosexuelles avec Tremblements (2019). Le sensible et le psychique vont ici de pair et les charges morales se répartissent savamment. Ainsi, les sons hors champs entretiennent-ils chez les habitants cloîtrés l’angoisse que la Llorona active en distillant ses fantasmes visuels ou/et mentaux. Tout comme la sensation d’étouffement se traduit chez le général par un manque d’oxygène et l’aveuglement par une conjonctivite chez son épouse… tandis que la prise de conscience naît des doutes de leur fille Natalia (génération intermédiaire) et l’espérance de Sara, la petite-fille et la nouvelle génération. Autrement dit, au quant à soi du paraître des grands-parents succède la compassion et l’authenticité des jeunes. Ressuscitant les mânes de Saura et de Buñuel dans ce très sartrien huis clos, Busmante associe ainsi en virtuose le bonheur esthétique (choix des lumières, cadrages, couleurs…) à l’intelligence politique et humaine, préférant un message de réconciliation à un règlement de comptes par fiction interposée. Seul regret valant pour péché de gourmandise : en refusant d’expliquer qui était la Llorona, mix mexicain de Médée et de Croquemitaine, le réalisateur nous empêche de savourer jusqu’au suc sa fantastique (en toutes acceptions du mot) métaphore. Notamment lors du cri final, quand Elle associe les enfants qu’Elle a assassinés dans la légende au peuple guatémaltèque tout entier.


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