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Christiane Passevant
Le bel été de Pierre Creton
Article mis en ligne le 3 novembre 2019

par C.P.
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Le bel été
Film de Pierre Creton (13 novembre 2019)

La démarche de Pierre Creton — « Filmer à partir d’une rencontre » — il la poursuit dans Le Bel été. Le film est en effet une rencontre. Il va partager le quotidien d’une association — « Des lits solidaires » —, et s’immiscer également dans l’intimité d’ami.es qui accueillent Nessim et deux jeunes venus d’Afrique. Là-bas, la situation politique représente une menace, alors ils ont traversé la Méditerranée et vivent ensemble avec Robert, Simon et Sophie le temps d’un bel été, en Normandie.

Au début, il y a la mémoire de Calais, de la jungle rasée et des « fantômes » dont l’espace garde les traces, malgré la volonté d’effacement des autorités. Le regard de Nessim décrit sans le dire cet espace où s’étendait auparavant la jungle.
Le Bel été n’est pas un film qui parle des victimes d’États technocrates ayant oublié « le plus jamais ça », non c’est un film sur les rencontres, la littérature, sur l’apprentissage, les projets, les rêves de communauté, d’amour et de création, un havre d’espoir dans un monde qui le bannit pour toute une partie de l’humanité. « Mon désir de cinéma [dit Pierre Creton] est de filmer ce qui advient dans la (ma) vie, entre l’espace de la rencontre et celui de l’engagement, il y a l’espace de l’amitié. […] Je n’ai pas envisagé Le Bel été comme un film politique, pas davantage que mes autres films. Je pense que l’intime est politique, sans doute aujourd’hui plus que jamais. »

Pierre Creton a une autre manière de filmer et de raconter — comme déjà dans Va Toto —, entre documentaire, fiction et récit poétique, mais finalement on se moque bien de mettre des étiquettes à ses films, et à ce film en particulier, sur l’amitié, l’attirance, l’amour, le partage… Accompagné en voix off par la voix de Sophie Lebel, le film déroule la vie au jour le jour de personnages, que l’on désire connaître, dans une maison où les animaux s’épanouissent, les lectures s’échangent, et où la mer est présente à tous les moments.

Pierre Creton décrit ainsi la communauté : « les personnages semblent parfois au bord du gouffre. C’est le cas de Sophie sur le bateau ou sur la chaise d’arbitre, de Nessim dans la forêt, de Simon dans la manière dont il vit l’évolution de sa relation avec Robert. Étrangement, seuls les garçons semblent confiants. » J’ajouterai que la jeune Flora y ajoute aussi une part ludique dans sa complicité avec les deux jeunes. C’est aussi un film sur l’amitié dans lequel passent, entre autres, Mathieu Amalric et Nicolas Klotz.

La descente joyeuse vers la mer ajoute certainement à l’impression de « film solaire », de même que la musique des Limiñanas y tient un rôle comme les créations de Robert regardées par Nessim — « l’art soigne mieux que la religion, parce qu’il instruit les hommes des raisons de leurs blessures, sans rien leur promettre. » Sans rien leur promettre… Et il y a la présence étonnante de Gilberte, l’ânesse, dans l’atelier… « Tout est vivant, dans ce monde envahi par la mort. »
Le Bel été de Pierre Creton est à voir en salles le 13 novembre.


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