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Christiane Passevant
Koko-di Koko-da de de Johannes Nyholm
Article mis en ligne le 3 novembre 2019

par C.P.
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Koko-di Koko-da
Film de Johannes Nyholm (13 novembre 2019)

Tout part d’une boîte à musique, de celles que l’on offre aux enfants pour se souvenir des comptines de l’enfance. Celle–ci s’appelle le Coq est mort et sur la boîte à musique sont dessinés des personnages, un homme au canotier, qui entraîne dans son sillage un homme des bois aux allures d’ogre, une femme énigmatique, grande brune impavide et prête à jeter un sort ou à tirer un coup de révolver… et un chien, plutôt un molosse prêt à l’attaque. L’étrange prélude du film Koko-di Koko-da s’apparente au rêve, au conte, et même à de l’écriture automatique façon surréaliste… Une affaire de regard, car on est bien en mal de dire si les personnages dessinés existent dans la réalité, dans les mythes ou dans l’inconscient.

La veille de son anniversaire pour ses huit ans, la fillette d’un couple meurt avec, près d’elle son cadeau, la boîte à musiques… Traumatisés par cette disparition brutale et confrontés au vide laissé par l’enfant et la culpabilité, les parents partent camper quelques années plus tard dans une forêt mystérieuse, froide et inquiétante. Le voyage fait apparaître le malaise latent existant au sein du couple, et la solitude de la forêt en exacerbe l’expression. La tente installée, le couple s’endort et, avant l’aurore — entre chien et loup —, le cauchemar s’immisce violemment avec des personnages extrêmement hostiles et malfaisants sortis de la boîte à musique. mythe, imagination, réalité ? Johannes Nyholm n’ouvre pas un monde à la Lewis Caroll, même si les personnages sont issus de la boîte à musique… Le cauchemar se répète encore et encore, avec quelques variantes, mais avec une fin identique : la caméra se retire, s’éloigne et s’élève comme si la tragédie s’arrêtait à un point ultime. Et de reprendre à l’infini avec le début du voyage des parents, enfermés dans le deuil de leur petite fille.

La répétition des violences débute par le regard de la mère scrutant la nature depuis la tente, sans qu’elle anticipe le déchaînement qui va suivre… Les cauchemars à répétition semblent d’ailleurs émaner du père, — un voyage dans le deuil et dans la culpabilité. Hormis le dernier rêve, où un chat blanc magique invite la femme à le suivre, les cauchemars traduisent-ils l’angoisse, le déni, l’incapacité du père à défendre sa famille ? L’histoire se perpétue, se répète avec les mêmes gestes et les mêmes images terrifiantes. Pourquoi ne pas quitter les lieux et rompre l’enfermement de cette clairière horrifique ? L’enfermement ne correspond-il pas au déni de la mort de l’enfant et à la souffrance que le couple vit depuis ?

La comptine ponctue chaque saynète comme pour rappeler l’anniversaire tragique. « C’est une chanson pour enfant, à la fois naïve et effrayante [explique le réalisateur]. Le coq continue de chanter “Koko di koko da”. Il est mort, mais pas tout à fait. Cela renvoie à nouveau aux limbes, au fait d’être mort sans l’être complètement. La structure répétitive du film vient aussi de ce morceau ». Et toute l’énergie du film, poursuit-il, vient de la boîte à musique : « Elle le contient tout entier et renferme sa musique, son intrigue et ses personnages. Cette boîte renforce aussi le caractère claustrophobe du film. »

C’est dans le théâtre d’ombres, avec la famille lapin, que les clés se glissent. Il y a l’ouverture grâce à la magie féline alors que l’enfermement des parents se résume à leur refus de voir s’envoler l’oiseau coloré… donc la présence de l’enfant et la douleur de la perte ?
Influencé par Le Maître et Marguerite de Boulgakov, Johannes Nyholm nous offre un conte-cauchemar peuplé d’animaux, animé par des personnages sortis de ses songes.

Koko-di Koko-da de Johannes Nyholm est un conte cruel dans un monde de méandres structurées par l’inconscient. Le film est en salles le 13 novembre 2019.




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