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Christiane Passevant
Reza d’Alireza Motamedi et le Déserteur de Maxime Giroux
Article mis en ligne le 9 septembre 2019

par C.P.
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Reza d’Alireza Motamedi

le Déserteur de Maxime Giroux.

Deux films sortis le 21 août

Des films sortis en cette fin d’été, des films originaux et particuliers, deux films sortis le 21 août sont signaler, Reza d’Alireza Motamedi et le Déserteur de Maxime Giroux.

On pourrait qualifier Reza de balade sentimentale dans la ville magique d’Ispahan, c’est également un film qui lie avec brio légendes persanes dans lesquelles le personnage principal est plongé par sa recherche et modernité pour l’évocation des rapports de couple. En effet Reza, notre héros, aime sa compagne, Fati, dont il est certes séparé, sans pour autant qu’il accepte la situation. Il est donc dans le déni de la rupture et attend le retour de celle-ci : « l’amour de Reza pour Fati est immuable. » Sans doute ce déni est-il d’une certaine manière renforcé la littérature persane « remplie d’histoires, parfois très anciennes, où l’amoureux affronte bien des difficultés et des péripéties avec l’espoir de pouvoir enfin rejoindre l’être aimé. »

Ce premier film du poète, scénariste et comédien de théâtre Alizera Motamedi — il en est l’auteur, le réalisateur, l’interprète et le producteur —, est touché par une grâce des images, des sons et la complexité des sentiments des personnages. Comédie sentimentale ? Certainement bien plus, le film a plusieurs facettes selon comme on le regarde : les tourments amoureux des personnages évoluent dans une société iranienne contemporaine, la culture et le passé y sont très présents et les décors illustrent encore ce mélange. « L’une de mes idées principales concernant l’esthétique du film [explique le réalisateur] reposait sur le contraste entre le tragique du divorce, la solitude de Reza et les décors luxuriants d’ispahan. Je voulais que les images soient chaudes et sophistiquées, que les sons soient doux, comme si Reza habitait au paradis. […] Je voulais que l’ensemble du film soit rempli de chants d’oiseaux, comme une sorte de jardin d’Eden. […] Les voix humaine constituent une sorte de motif dans le film. Je pensais qu’un chant soliste pouvait très bien montrer la solitude de Reza. C’est pourquoi j’ai répété ce motif à plusieurs endroits du film et qu’à la fin, au moment où le titre du film apparaît on entende le chant magique de Shahram Nazeri, le célèbre chanteur kurde iranien. » C’est une réussite pour l’ambiance et le fond du récit qui transcrivent parfaitement les contours flous de l’histoire d’amour et le ressenti des protagonistes. Un autre intérêt du film est de souligner la sensibilité de Reza et son déni de la rupture, opposés à la détermination des personnages féminins.

Reza est un conte des Mille et une nuits, un long poème troublant par le transfert du conte amoureux dans une réalité d’aujourd’hui. Décidément le cinéma iranien réserve de belles surprises, comme cette déambulation dans Ispahan la merveilleuse, mêlant légendes et monde contemporain.


C’est une bien autre ambiance concernant le Déserteur de Maxime Giroux. Le film joue également sur l’imaginaire, mais cette fois il s’agit d’anticipation dystopique, bien que la référence au personnage de Chaplin nous entraîne dans un passé proche : « Chaplin était un symbole positif de l’Amérique, il s’est battu contre le nazisme, contre les oppressions, contre le fascisme de manière élargie. Et ce symbole-là se retrouve malmené. La citation est un idéal qu’on a perdu de vue. » Un passé finalement révolu, car le personnage — gagnant du concours de Charlots — se retrouve embringué malgré lui dans un voyage qui tourne au cauchemar où la barbarie a toute sa place. Philippe est un « personnage-symbole dont le combat est celui pour la vie ». Il a fui Montréal et la menace d’une mobilisation dans une guerre dont on ignore la cause et qui le terrifie, mais ce voyage qui prend des allures de conte initiatique lui fait rencontrer des êtres pour le moins inquiétants.

Le pouvoir de séduction, le pouvoir de domination sont de mise. « Dès qu’il y a du pouvoir et des jeux de pouvoir, l’animalité ressort [explique l’un des scénaristes, Simon Beaulieu]. Je dirais que la différence, aujourd’hui, c’est que le capitalisme structure et hiérarchise cette violence dans un système total qui mène les gens à s’oppresser les uns les autres. Dans le film, contrairement à ce que les gens peuvent penser, il y a un système. Tout le monde travaille un peu pour tout le monde, on ne sait pas vraiment qui est en haut, qui décide. Comme dans la société dans laquelle on vit : qui décide du système économique, qui décide du système capitaliste ? C’est personne, c’est la main invisible. »

L’univers dépeint participe du climat du film, couleurs saturées, pénombre, clair obscur… Et le froid comme si la glaciation du paysage entraînait l’inhumanité des personnes rencontrées par Philippe, sorte de Candide paumé dans des paysages états-uniens angoissants. Pourtant, il n’est pas question de trucages, comme le souligne le réalisateur, Maxime Giroux : « Ce que nous voulions vraiment, c’était filmer une Amérique qui existe encore. Tout ce qu’on voit dans le film, hormis les sous-sols, existe vraiment. Il a simplement fallu beaucoup de repérages pour trouver les bons lieux. Aucun n’a été altéré. Ce sont des vestiges d’une Amérique qui a été prospère, puis abandonnée. Le village sous la neige existe tel quel. Le bar que l’on voit à la fin a servi de décor à John Huston pour Les Désaxés, le dernier film de Marilyn Monroe. »

Écrit à plusieurs mains avec l’idée de montrer la violence d’un système qui, par la consommation, éradique la solidarité et l’empathie. Dans ce monde de cruauté banalisée, on peut avoir cette réflexion que rapporte l’un des scénaristes « C’est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ».

Deux films à voir depuis le 21 août.


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