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Christiane Passevant
Contre ton cœur, un film de Teresa Villaverde (19 juin 2019)
Article mis en ligne le 5 juillet 2019

par C.P.
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Au Portugal, le cinéma traite amplement de la crise économique et de ses conséquences désastreuses, par exemple L’usine de rien de Pedro Pinho, pour ne citer que ce film récent. Avec Contre ton cœur — titre initial Colo —, Teresa Villaverde aborde le sujet par le biais d’une famille lambda, touchée de plein fouet dans son quotidien. Le père est au chômage, déstabilisé par ses multiples tentatives de demande d’emploi qui se heurtent aux silences ou aux refus des employeurs, la mère doit cumuler deux emplois et est totalement épuisée. Les factures s’accumulent et l’impuissance du couple à faire face à la situation accélère le processus d’implosion de la cellule familiale. Cependant, Marta leur fille, qui les observe, refuse de se laisser aller à un désespoir latent. Elle veut vivre, coûte que coûte, sa vie d’adolescente et se déclare à elle-même « je suis qui je veux », en opérant des scarifications sur son corps.

Cette chronique familiale débute sur l’étreinte de deux ados, adossés à un arbre, une scène filmée par une caméra au raz du sol, qui, en suivant Marta, fait émerger, dans le plan, une cité HLM. Puis l’adolescente est dans sa chambre, parlant à son oiseau et regardant la nuit tombée par la fenêtre. Son père s’inquiète du retard de sa femme, et sort à sa rencontre. Lentement, le malaise et le mensonge s’installent au sein de la famille, qui visiblement se désagrège. Au lycée, Marta découvre qu’une de ses amies est enceinte : « je suis enceinte et j’ai décidé de le garder » dit-elle, en allant à une répétition de concert. « Tu l’as dit à tes parents ? » demande Marta, « j’y arrive pas » répond son amie. « La vie n’est pas une chanson », et les voilà traînant toutes deux durant la nuit, criant « Salauds ! » au milieu de la route, pour se défouler — « on a 17 ans » !

Tout le film est une suite de séquences désenchantées, glauques, allant d’un personnage à l’autre, avec l’impression que la situation est sans issue possible, qu’il s’agisse du père qui fugue, de la mère qui veut se désengager de la famille ou de Marta qui avoue à son amie qu’elle rentrera de moins en moins chez elle, qu’elle désire couper les ponts avec sa famille déglinguée. Elle ignore toutefois ce qu’elle veut faire… Peut-être s’installer dans une cabane, au bord de l’eau, comme celle du pêcheur d’anguilles, rencontré au cours de leur nuit d’errance ?

Dans ce film, la réflexion sur le climat social portugais est désespérée, sans pourtant qu’il y ait de drame, du moins Teresa Villaverde l’évite, mais la tension est lourde et constante par le seul fait qu’il existe l’attente, en quelque sorte, d’un événement dramatique, sans que celui-ci ne survienne. Les couleurs, l’étalonnage du film soulignent également l’absence d’espoir, ou plutôt la fin d’un espoir possible.

Contre ton cœur — ou Colo — de Teresa Villaverde sort le 19 juin.

Une rétrospective de la filmographie de Teresa Villaverde se tient à Beaubourg depuis le 14 juin.


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