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Christiane Passevant
Ville Neuve, un film de Félix Dufour-Laperrière (26 juin 2019)
Article mis en ligne le 5 juillet 2019

par C.P.
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C’est tout d’abord la technique de l’encre sur papier qui attire l’œil dans le film de Félix Dufour-Laperrière, de même le monochrome et la manière artisanale de réaliser cette animation en font la singularité. Pour « fabriquer » Ville Neuve, il a fallu pas moins de 8 000 dessins, qui expriment les liens, en quelque sorte l’écho, entre les turbulences du couple séparé d’Emma et de Joseph et celles, politiques, de la période de volonté d’indépendance du Québec.

Cependant précise le réalisateur, « je n’ai pas voulu mettre en place un système exact d’équivalence, où une position sur l’indépendance du Québec s’incarnerait dans un personnage et l’option opposée dans un autre. J’ai plutôt tenté de convoquer des forces, des désirs, des espérances communes aux relations amoureuses et filiales et aux aspirations politiques. Ce sont, à mon sens, deux espaces liés, communiquants. Les libertés collectives, les engagements que l’on honore résonnent dans les libertés intimes et les liens que nous chérissons. »

Adapté d’une nouvelle de Raymond Carver, Ville Neuve se déroule au bord de la mer, sur les côtes arides de la Gaspésie, et met en scène les retrouvailles d’un couple dans la maison d’un ami. Joseph souhaite le retour d’Emma et s’accroche à cet espoir, Emma, plus lucide, est perplexe, mais dans le dédale des désirs, des réflexions qui se croisent et parfois se répondent, il y a toute l’ambiguïté du rapport amoureux, les attentes contradictoires face à un paysage sévère. Le choix de l’encre sur papier en accentue en effet la force, comme l’isolement, de même ce noir et blanc contrasté accompagne l’évolution des sentiments. En trame et sous formes de visions violentes ou de cauchemars, Félix Dufour-Laperrière introduit les événements et les espoirs politiques du Québec, mêlant ainsi l’intime et le collectif.

À l’incertitude du devenir du couple répond celle du climat politique au Québec, sur fond d’agitation, plus ou moins fantasmée, car le cinéaste a pris quelques libertés avec l’histoire. Il résulte du climat, du dessin, de tout le film une anxiété, des questionnements. De plus, le film s’imprègne de traces poétiques, sans doute évidentes pour s’adapter à l’originalité des images, à leur rythme.

Ville Neuve est un film singulier, surprenant, génial par la forme et le fond qui échappent de loin aux genres et aux cadres habituels de l’animation.

Ville Neuve de Félix Dufour-Laperrière est à voir depuis le 26 juin.


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