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Christiane Passevant
Michael Cacoyanis… Le réveil grec : Trois films de Michael Cacoyanis, le Réveil du dimanche, la Fille en noir et Fin de crédit.
(coffret de 3 copies restaurées. DVD/BR Tamasa)
Article mis en ligne le 21 mai 2019

par C.P.
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Autour du cinéma de Michael Cacoyanis

Le réveil du dimanche (1954)
La fille en noir (1956)
et Fin de crédit (1961)

Et Michael Cacoyanis… Le réveil grec de Marion Inizan.

Ce qui sans doute caractérise cette trilogie du cinéaste Michael Cacoyanis, c’est en premier lieu le personnage principal féminin qui, dans les trois films, est interprété par une grande comédienne grecque, Ellie Lambeti, moins connue au plan international que Mélina Mercouri ou Irène Papas. Ensuite, c’est le regard social que le réalisateur porte sur la Grèce des années 1950-1960, juste après la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation nazie, et la guerre civile qui a suivi, dont on voit d’ailleurs des traces dans les prises extérieures sur certains murs de la ville. À la fin de la guerre, la Grèce est dévastée, son économie et ses infrastructures sont en ruine. On compte plus de 400 000 victimes, les communautés juives ont disparu, déportées dans les camps de la mort nazis. La guerre terminée, les tensions montent dans le pays entre les communistes, les républicains et les monarchistes et, en 1946, lorsque le roi revient au pouvoir, commence une violente guerre civile qui dure jusqu’en 1949.

Le réveil du dimanche est tourné cinq ans plus tard, en décor naturel, avec le choix, presque documentaire, de montrer les espaces, les rues, les édifices, les intérieurs, la vie de la population, avec des gros plans sur les visages… Bref, toute la société est là dans une comédie, qui se veut un peu plus qu’une comédie légère. Elle s’installe comme une fable populaire, avec une voix off qui décrit de manière bucolique un dimanche matin, un très long plan panoramique sur Athènes, le coq chante, la ville s’éveille, se met en mouvement, les tramways, les départs à la plage, les flâneries…

Puis on entre dans l’histoire, enfin son premier volet : Mina, une jeune vendeuse déterminée à passer la journée à la plage, presse sa sœur de l’accompagner, mais celle-ci rêvasse dans son lit. Elle part donc seule et se fait voler son sac et ses vêtements par des gamins. Pendant ce temps, second volet de l’histoire, un jeune homme, artiste compositeur fauché, se retrouve par hasard à acheter à ces mêmes gamins une partie de leur larcin, à savoir le billet de loterie que Mina avait acquis et qui lui a été dérobé. Enfin troisième volet du récit, un avocat commence la journée par une scène de ménage en bonne et due forme. Fuyant au plus vite la scène du conflit, il part faire un tour en voiture et manque de renverser Mina, clopinant sur la route, en maillot de bains, avec une seule chaussure, tentant de se dissimuler tant bien que mal avec une petite serviette et une revue. Amusé, l’avocat la raccompagne chez elle… Intervient alors le billet de loterie et le film bascule dans une comédie de mœurs, drôle certes, mais dont l’enjeu est le manque d’argent, en effet qu’il s’agisse du jeune homme ou de la famille de Mina, tout le monde a des fins de mois difficiles…

Les scènes de rue font penser au cinéma néoréaliste italien. Ce sera aussi le cas pour La fille en noir qui se déroule sur l’île d’Hydra, avec l’arrivée de deux hommes venant d’Athènes pour quelques jours de vacances.
L’occupation nazie s’est poursuivie jusqu’à la fin de la guerre dans les îles et l’impression est forte que des drames liés à celle-ci ont laissé des traces. Les deux amis, un architecte et un écrivain en mal d’inspiration, s’installent chez l’habitant, une grande maison, sans doute cossue avant la guerre, mais plus ou moins à l’abandon suite à la mort du père et à la ruine de la famille.

De la solitude de la mère, de la beauté de Marina, la fille, de la révolte du fils et du harcèlement de quelques garçons frustrés, se noue une tragédie qui affecte toute la population de l’île. Les conséquences du drame suscitent chez Marina un sursaut de rébellion pour tenir tête à la rumeur et à la pression sociale. Se profilent avec La fille en noir, les personnages féminins des films suivants de Cacoyanis, dans lesquels les femmes se rebellent et refusent le rôle qui leur est assigné dans une société traditionnelle patriarcale.

Après La fille en noir, Cacoyanis explore cette fois un tout autre milieu, celui d’une bourgeoisie urbaine en pleine décadence. Fin de crédit pourrait se résumer à un impératif : sauver les apparences, peu importent les conséquences. Une comédie noire dans le milieu étouffant de la bourgeoisie, où une mère n’hésite pas à choisir pour sa fille un parti riche, autrement dit de la vendre pour conserver son train de vie et son statut social. Roxanni, la mère, n’a aucun scrupule à faire pression sur Chloé à seule fin de continuer à faire illusion. Chloé accepte le rôle convenu pour résoudre les problèmes, le prétendant a beaucoup d’argent, cependant son regard est parfois critique, le temps d’un instant. Elle s’enivre pour s’étourdir, étouffer ses sentiments et le début d’une forme de lucidité. Comme dans La fille en noir, c’est un drame qui crée la prise de conscience de la jeune fille.

Il faut noter une très belle scène, à l’aube, où Chloé avance dans une lumière inoubliable, face à l’Acropole. Dans les deux films, La fille en noir et Fin de crédit, le rôle des mères est caractérisé par leur faiblesse, quant aux hommes, ils sont loin d’avoir la force de caractère des jeunes femmes. Il y a là une sorte d’inversion des rôles que l’on retrouve dans Stella, femme libre, interprétée par Mélina Mercouri, qui littéralement crève l’écran, ou encore dans Électre, incarnée par la puissance d’Irène Papas. Ellie Lambeti est toutefois la première des héroïnes de Cacoyanis à interpréter la révolte, d’une manière peut-être moins provocante, mais non moins déterminée.

Dans le Réveil du dimanche et la Fille en noir le dernier plan est un plan large avec des personnages au loin, tandis que dans Fin de crédit Chloé et l’enfant, porté.es par la foule, sont filmé.es en très gros plan. Toute la dernière séquence de Fin de crédit est filmée comme un documentaire, ce qui tranche complètement avec le côté artificiel de la bourgeoisie.

Une belle découverte que cette trilogie des premiers films de Michael Cacoyanis, inédits ou méconnus, avec en complément, Michael Cacoyanis… Le réveil grec de Marion Inizan.


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