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Christiane Passevant
Meurs, monstre, meurs d’Alejandro Fadel (8 mai 2019)
Article mis en ligne le 13 mai 2019

par C.P.
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Meurs, monstre, meurs
Film d’Alejandro Fadel (8 mai 2019)

Au fur et à mesure que l’on entre dans le film d’Alejandro Fadel, on ne sait plus si l’on est dans un conte fantastique, une fable surréaliste, un film d’horreur, un thriller, un policier, une chasse au monstre venu du fond des âges ou confronté.e à la résurgence d’une sorte de Mabuse fou… Bref on est perdu et tout devient symbolique, les paysages de la Cordillère des Andes, le traitement des images, les paroles, les sons, les ambiances, les signes…

Le film démarre très fort par la décapitation d’une bergère au milieu de son troupeau, premier meurtre spectaculaire d’une série annoncée par un homme, David, qui dit entendre des voix lorsque la force invisible, la chose va commettre ses crimes. Et chaque fois, la tête séparée du corps est dissimulée ailleurs.

De deux choses l’une, disent les enquêteurs, complètement dépassés par la sauvagerie des meurtres, l’irrationnel et l’absence de mobile, David est le meurtrier ou il est fou. Cruz, officier de police local, remarque autour des cous des femmes assassinées la présence d’une bave jaunâtre et visqueuse, qui lui colle aux doigts. Cruz trouve également une dent à l’endroit du premier crime. Mais il semble être le seul à prendre en compte l’importance des indices. Et les victimes sont toujours des femmes.

Francisca, la femme de David et l’amante de Cruz, est à son tour tuée par le monstre, dont on voit l’ombre. David est placé en hôpital psychiatrique où il dit entendre dans sa tête une voix qui répète, lancinante : « Meurs, monstre, meurs ! » Les assassinats continuent le jour, la nuit et de chaque côté du fleuve, chaque fois pressentis par David. Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : « Meurs, monstre, meurs ! » …

« Plus que l’histoire en soi, ce qui m’intéresse, c’est l’arrangement des différents éléments. On ne peut pas continuer à exiger que le cinéma soit une machine à raconter des histoires [déclare le réalisateur]. Il faut qu’on renonce à cette bataille et que l’on délègue cette fonction à la télévision… Le cinéma doit se nourrir d’autre chose s’il aspire à se renouveler. En tant que spectateur mais aussi comme réalisateur, je veux être affecté par un film. Si un film est trop inscrit dans un schéma de production et de scénario conventionnel, il perd de la fraîcheur et de la force. » On peut dire que la réussite de Meurs, monstre, meurs ! est totale, on est en effet affecté, secoué et sidéré par les images, la lumière et les décors absolument étonnants. Quant à la surprise horrifiée, elle est au détour de chaque scène.

Dans le film du mexicain Amat Escalante, la Région sauvage (2017), la créature fantastique représentait également l’attirance sexuelle et la mort, peut-être plus frontalement que le monstre de Fadel, quoique… Mais on peut y voir des liens avec le fantastique mêlé de quotidienneté et de marginalité.
Alejandro Fadel dit se référer à Freaks de Tod Browning et c’est clair pour la manière dont il traite le monstre, sans les trucages habituels – c’est-à-dire pulsés et hyper techniques —, non il leur préfère le trucage « artisanal », création magique face à la marge des autres personnages. En fait le monstre, c’est l’inconnu, et l’horreur c’est la peur de l’inconnu.

Décidément le cinéma argentin n’a pas fini de nous surprendre et Meurs, monstre, meurs d’Alejandro Fadel, sorti le 8 mai, a tout pour devenir un film culte…


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