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Christiane Passevant
Divorce à l’italienne de Pietro Germi (15 mai 2019)
Copie restaurée 4 K
Article mis en ligne le 13 mai 2019

par C.P.
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Divorce à l’italienne
Film de Pietro Germi (15 mai 2019)

Le film de Germi, sorti en 1961 et couronné d’un succès mondial, retrouve, grâce à la restauration, toute la force évocatrice de cette Italie du Sud, coincée entre religion et bonnes mœurs. Divorce à l’italienne est une analyse sociale féroce, qui contribue à la puissance du cinéma de Pietro Germi et de la nouvelle comédie italienne, dont il est l’un des fondateurs.

L’histoire est simple et le prétexte à écorcher l’hypocrisie et le conformisme de la société italienne dans les années 1960. Marcello Mastroianni y incarne avec brio Ferdinando Cefalu dit Féfé, noble sicilien ruiné en raison de la « prodigalité de son père », coureur de jupons invétéré pour ne pas dire plus. Cheveux gominés, tics et regard en coin, Féfé est amoureux de sa jeune cousine, Angela (Stefania Sandrelli). Mais voilà, problème, il est marié à Rosalia (Daniela Rocca), une femme collante, envahissante et pour tout dire assez insupportable. Il rêve de s’en séparer alors que le divorce est illégal en Italie...

Dès le début du film, la voix off de Mastroianni raconte les faits et gestes de ses proches, ajoute des commentaires truculents sur l’entourage et sur les habitants de la ville… Ah les nuits du sud… soupire-t-il, et — changement de ton : il plante le décor — « Agramonte, 18 000 habitants, 4 300 illettrés, 1 700 chômeurs habituels et saisonniers, 24 églises »… Les femmes, cachées derrière les persiennes, « prenaient la couleur du mythe ». D’un côté, le parti communiste avec le bal de prolétaires sans les femmes. Le progrès n’est pas encore au point. De l’autre, le curé, qui du haut de sa chaire, appelle à voter pour la démocratie chrétienne. Voilà pour le décor.

On retourne à la romance dissimulée, débutant par des coups d’œil furtifs à la messe et des regards concupiscents depuis la salle de bains… De là, Fefe-Mastroianni se met à fantasmer mille et une manières de se débarrasser de Rosalia — flashs de meurtres cocasses dans la marmite à savon, dans des sables devenus mouvants, en l’envoyant dans une fusée spatiale, ou encore abattue mystérieusement sur la place centrale… Il a beau lire le code civil, suivre les procès pour trouver un moyen d’éviter une peine trop lourde, imaginer de multiples scénarios, il ne trouve rien qui soit satisfaisant. Il aimerait bien qu’elle se laisse séduire, mais n’est guère convaincu lorsqu’il passe en revue quelques amants potentiels.

Or, il découvre par hasard le secret de Rosalia : un amour de jeunesse. Voilà une voie à exploiter, c’est-à-dire trouver un moyen d’inviter l’ancien prétendant, favoriser leur tête à tête et les pousser dans les bras l’un de l’autre… Ensuite, il ne reste plus qu’à surprendre l’infidèle et jouer la scène de l’honneur bafoué et du drame passionnel. Ce qui n’entraînera qu’une peine de prison minimum. C’est naturel, le divorce est interdit, mais le crime d’honneur est toléré, d’autant que Féfé, futur mari trompé, a tout prévu et s’est arrangé pour s’attirer la sympathie de l’un des ténors du barreau. Et là prend place un extraordinaire portrait de l’avocat, qui plaide comme s’il interprétait la Traviata. Les séquences de procès sont absolument hilarantes.

Quant à l’utilisation de la sortie, dans le cinéma du coin, de la Dolce Vita de Fellini, alors que l’église appelle au boycott du film, et que tout le monde s’y précipite… C’est une trouvaille géniale !

Divorce à l’italienne de Pietro Germi est une merveille de comédie satirique de mœurs. Tout le monde y passe, la famille, l’église, la politique, le machisme, l’hypocrisie des convenances, tous les petits travers connus et inconnus. Pietro Germi n’en loupe pas une et Mastroianni est au plus haut de sa forme. Ironie mordante et rire (jaune) assuré du début à la fin du film. Dans la veine des Monstres, c’est un réel plaisir de voir et de revoir ce chef d’œuvre en copie restaurée.
Divorce à l’italienne de Pietro Germi ou la comédie italienne dans toute sa splendeur en salles le 15 mai prochain.




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