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Christiane Passevant
Lettre à Inger. Une histoire d’engagement de Lucia Castrillon (1er mai 2019)
Article mis en ligne le 8 mai 2019

par C.P.
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Lettre à Inger. Une histoire d’engagement
Film de Lucia Castrillon (1er mai 2019)

Le film est sur l’une des premières femmes productrices de documentaires en France. Inger Servolin fonde en 1968 la coopérative Slon devenue Iskra en 1973. Ses films constituent une part essentielle du patrimoine documentaire français.

Inger a ouvert la voie à un cinéma militant avec une exigence artistique constante. Avec Chris Marker, avec ceux et celles qui les entouraient, Inger a joué un rôle-clef dans la création d’un nouveau cinéma, libre, indépendant, engagé, au cœur de la société et sans concession. Du manque de moyens, elle a donné l’occasion d’expérimenter des formes de production et de partage, avec une incroyable liberté. De même, sans trahir ses principes, elle a su résister à tout formatage et « jongler » avec les contraintes de la coproduction.

« Lorsque je regarde les films de SLON-ISKRA [confie la réalisatrice], je perçois les traces d’une ligne éditoriale sans faille : mouvements sociaux, travail, immigration, condition des femmes, guerre, répression. Ce stock, on peut en faire l’inventaire, mais ce qui en a permis la constitution n’est pas comptabilisable. Ce ne sont pas seulement des images qu’Inger a contribué à fabriquer, à travers son parcours et son œuvre, c’est un discours qui s’est constitué et, bien qu’il n’y ait pas de productrice sans réalisateur, c’est le discours d’une femme. »

Sur le cinéma documentaire de l’époque 1960-70, Lucia Castrillon ajoute : « J’ai pas mal regardé le cinéma militant, ouvrier, du moins de cette époque-là, et c’est là que j’ai compris l’importance de Chris Marker. Je suis à chaque fois touchée par la vitalité de son discours, par l’ouverture de son analyse. La vision politique de Marker dans ses films reste aujourd’hui très présente. Suite à mai 1968, beaucoup de groupes de cinéma politique se sont formés. Comme le raconte Pierre Camus dans le film, chaque parti, chaque syndicat avait le sien. Mais ça durait trois mois, un an, quatre ans maximum, comme le groupe Dziga Vertov. La coopérative Slon (Société pour le Lancement d’Oeuvres Nouvelles) fondée par Inger, devenue Iskra en 1973 (Image, Son, Kinescope, Réalisation, Audiovisuelle), est l’une des seules qui existe encore.

Inger Servolin « a vu le monde changer et beaucoup d’espérances mises à mal, mais elle garde une ligne exigeante et des convictions profondes. Elle a su mettre en jeu son désir, ni de manière narcissique, ni dans une posture sacrificielle, pour rendre possible un cinéma auquel elle croit. Elle est la mémoire vivante d’un documentaire réinventé. » Et ce film lui donne la place qui est la sienne dans l’histoire du cinéma.

Lettre à Inger. Une histoire d’engagement de Lucia Castrillon est en salles depuis le 1er mai.




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