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Christiane Passevant
The Reports on Sarah & Saleem de Muayad Alayan (8 mai 2019)
Article mis en ligne le 6 mai 2019

par C.P.
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The Reports on Sarah & Saleem
Film de Muayad Alayan (8 mai 2019)


Quelles sont les conditions de tournage d’un réalisateur palestinien ? Récit de Muayad Alayan :
« Le plan de tournage était divisé en trois : filmer dans l’Est de Jérusalem, c’est-à-dire dans la partie palestinienne ; filmer dans la partie Ouest et israélienne de la ville ; filmer enfin dans les territoires palestiniens, c’est-à-dire derrière le mur. Cela s’appelle la section A et cette section est sous le contrôle des autorités palestiniennes. En tant que production palestinienne, on ne pouvait pas avoir d’autorisations de la part des Israéliens pour tourner à Jérusalem. C’était impensable. C’est pourquoi nous avons tourné la scène d’arrestation à Bethléem, dans un quartier qui ressemble à l’Est de Jérusalem.

Nous avions obtenu toutes les autorisations des services de renseignements, du ministère de la culture, de la police. Mais à cause de toutes les voitures et de nos armes factices, la police palestinienne, qui avait bloqué les rues pour nous, est revenue une heure plus tard pour nous avertir que les Israéliens posaient des questions à notre sujet. Ils ne croyaient pas que nous étions en train de tourner un film. Selon les accords de paix d’Oslo, si l’armée israélienne veut procéder à une arrestation dans les territoires palestiniens, la police palestinienne doit évacuer les lieux. C’est ce que stipule la Loi. Donc ils sont partis en nous souhaitant bonne chance et vingt minutes plus tard, dix jeeps militaires et environ 80 à 100 soldats israéliens en sont descendus. Ils m’ont emmené avec mon producteur exécutif sur leur base militaire. Ils ont réquisitionné notre voiture, des accessoires du film comme des insignes de policiers factices. Nous avons été interrogés pendant des heures car ils pensaient que nous avions volé la voiture.

Ils se sont beaucoup intéressés au directeur artistique qui avait, à l’évidence, fait du bon boulot et qui travaille tout le temps à Tel Aviv. Ils nous ont affirmé que même si nous nous trouvions dans la partie palestinienne, nous ne pouvions pas tourner sans leur permission, ce qui est faux.

Dans le voisinage où nous avions pris des figurants, tout le monde était très perturbé. Une heure avant nous étions en train de filmer une arrestation et une heure plus tard, c’est nous qui étions arrêtés ! J’étais très inquiet car j’avais une caméra louée auprès d’une société mexicaine, un chef opérateur allemand, des techniciens palestiniens. Je ne savais pas ce qu’ils allaient faire : les arrêter, les expulser, emporter le matériel ? C’était très angoissant. Quand vous faites un film en Palestine, vous ne savez jamais si vous le finirez. À Jérusalem-Ouest, nous avons fait profil bas et fait en sorte de ressembler à une petite équipe de documentaristes. Nous ne pouvions pas être tous ensemble pour ne pas attirer l’attention. Sivane [la comédienne qui interprète Sarah] a été interpellée à plusieurs reprises par des Israéliens qui lui demandaient ce qu’elle faisait avec un groupe de Palestiniens et plusieurs disputes ont éclaté. D’autre part, quand on a tourné à Jérusalem-Est en juillet 2017, des combats ont éclaté car le gouvernement israélien avait décidé de mettre des machines à rayons X devant les mosquées.
On nous a retiré à ce moment-là toutes nos autorisations. Nous ne savions jamais si nous pourrions nous tenir au plan de tournage journalier. Des gens se faisaient tuer, il y avait plein d’enterrements dans la ville. Il n’y a que la nuit où je pouvais me mettre en quête d’un décor pour le lendemain et envisager des alternatives. Malgré tous ces désagréments, je maintiens qu’il était important de faire un film palestinien à Jérusalem même. »

The Reports on Sarah et Saleem met en scène une histoire simple et somme toute ordinaire : une jeune femme israélienne a une aventure extraconjugale avec un Palestinien israélien. La femme de Saleem, Busan, attend un enfant et poursuit ses études. Saleem est livreur dans une pâtisserie et fait des petits boulots, Sarah tient un café à Jérusalem Ouest. Un détail important, Sarah est mariée à un officier israélien, David, chargé de la sécurité et des opérations dans les Territoires occupés. À première vue, il n’y a rien de politique dans cette liaison. Mais l’affaire se complique lorsque les services secrets palestiniens, puis ceux des Israéliens s’en mêlent. Dans le contexte de l’occupation militaire, l’affaire tourne alors au règlement de comptes, mêlant politique, jalousie, paranoïa, racisme et même promotion professionnelle… Sarah devient une traître aux yeux des militaires israéliens et Saleem un manipulateur et un pourvoyeur de transfuges.

Comme le souligne le réalisateur, Muayad Alayan, « il est difficile de ne pas traiter de politique dans cette partie du monde. Ce contexte reste la toile de fond de mon histoire. Je n’aime pas faire des films qui illustrent ce dont parlent les médias. Je me concentre avant tout sur les personnages, pour les rendre authentiques. Je les confronte à de vrais problèmes. Je ne suis pas fan des super héros et des personnages de méchants. Je m’intéresse aux gens ordinaires qui, à cause de la politique, se retrouvent dans des situations absurdes. J’accorde une grande importance aux décisions que prennent les personnages quand ils traversent de telles épreuves. »

Finalement, ce sont les deux femmes, Busan et Sarah, qui, par leurs décisions, gardent leur dignité. Elles ne cèdent pas aux pressions sociales et à la paranoïa générale. Toutes deux affrontent également les conventions et refusent de se conformer au rôle qui leur est assigné. Deux très beaux portraits de femmes interprétées par Sivane Kretchner et Maisa Abd Elhadi, que l’on a déjà vue jouer dans Dégradé des frères Nasser et dans Personal Affairs de Maha Haj.

The Reports on Sarah & Saleem de Muayad Alayan est dans les salles le 8 mai.

La date de sortie nationale du film a été changée à trois reprises et il sort enfin le 8 mai.


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