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Christiane Passevant
La Miséricorde de la Jungle de Joel Karekesi (24 avril)
Article mis en ligne le 22 avril 2019

par C.P.
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La Miséricorde de la Jungle
Film de Joel Karekesi (24 avril)


« Sur les cendres du génocide rwandais, la seconde guerre du Congo éclate en 1998 dans la région des grands lacs à l’Est du Congo. Neuf pays africains sont impliqués, l’Angola, le Zimbabwe, la Namibie, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, le Congo, le Tchad et le nord du Soudan. » Cette nouvelle guerre est marquée par le génocide rwandais. Il faut également prendre en compte la surpopulation de la région des grands lacs, la perméabilité des anciennes frontières coloniales, les tensions ethniques dues à la pauvreté, mais surtout à la présence de richesses dans le sol, la militarisation de l’économie informelle — une trentaine de milices locales sévit sur le terrain —, et bien sûr la demande mondiale des matières premières minérales, raisons auxquelles s’ajoutent le trafic d’armes et l’impuissance des Nations Unies.

6 millions de morts, près de 4 millions de déplacés, des camps de réfugiés saturés et des centaines de milliers de personnes qui ont tout perdu. Les populations meurent de maladies et de famine, quand elles échappent aux massacres. Les armes de guerre sont le viol et la destruction du tissu social, tout ça pour l’exploitation du coltan. Les populations locales sont chassées, appauvries, torturées. Les infrastructures sanitaires sont détruites et la moindre pathologie devient mortelle.

80 % des réserves mondiales de coltan sont localisées dans la région. Le coltan contient du tantale, élément chimique nécessaire pour l’industrie de l’aérospatiale et indispensable pour la construction de tablettes et de smartphones. La ruée vers le coltan est menée par les grandes multinationales, les mafieux et les dictateurs des pays voisins. La militarisation de l’économie engendrant la violence, des milices proposent leurs services pour terroriser les agriculteurs du Kivu. La haine ethnique évoquée pour justifier les violences et les massacres dissimule en fait une concurrence commerciale.

C’est dans ce contexte qu’est situé le récit du film de Joël Karekesi. En pleine guerre entre le Congo et le Rwanda, le sergent Xavier et un jeune soldat, Faustin, se retrouvent seul dans la jungle après avoir perdu leur bataillon. Isolés et sans la possibilité d’emprunter les pistes au risque de se faire tuer par des « ennemis » — à condition de les reconnaître —, ils s’enfoncent dans une jungle des plus denses, sans nourriture ni eau.

La Miséricorde de la jungle est un film profondément anti-guerre, il en montre l’absurdité et l’exploitation qui en découle à des fins mercantiles. Le sol est riche et les mines illégales sont nombreuses, exploitées et gardées par les milices qui pratiquent le travail forcé et tuent sans état d’âme.

Le périple de Xavier et Justin dans la jungle est inspiré par l’aventure du cousin du réalisateur : « Pendant la deuxième guerre du Congo en 1998, il était perdu avec son camarade dans la jungle. Ils y ont passé six mois et, minute après minute, ils luttaient pour survivre jusqu’à, un jour, retrouver leur armée. J’ai été bouleversé par cette histoire, par son côté tragique et absurde en même temps, par le courage de ces deux hommes face aux dangers qu’ils ont dû surmonter. Cet épisode, aussi traumatique fut-il, leur donna la possibilité de réfléchir, d’analyser, et parfois de comprendre ce qui les avait réellement entraînés dans cette jungle. Il y a évidemment des réalités politiques, économiques et historiques qui sont à l’origine des conflits armés, [mais également] des hommes, acteurs plus ou moins conscients des forces qui les contraignent à agir, à subir, à commettre les actes les plus abjects. »

La Miséricorde de la jungle n’est pas le pire comparé à cette guerre instrumentalisée entre les peuples, encore une fois pour le profit d’autres. Des peuples qui ne savent d’ailleurs plus qui est l’ennemi, qu’il soit désigné ou non… L’ennemi, c’est de vivre sur une terre où les richesses du sol suscitent la convoitise et les massacres.

La Miséricorde de la jungle de Joel Karekesi est en salle le 24 avril.


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