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Christiane Passevant
Menocchio d’Alberto Fasulo (17 avril 2019)
Article mis en ligne le 14 avril 2019

par C.P.
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Menocchio
Film de Alberto Fasulo (17 avril 2019)

De l’ombre émerge un visage, celui d’un homme à la lueur d’une bougie… Toute l’idée du film semble venir de cette première impression, un individu ordinaire sort de l’ombre, observe la vie, la nature, la naissance d’un veau et s’oppose naturellement au pouvoir démesuré de l’Église.

Italie. Fin du XVIème siècle. Menocchio, meunier autodidacte d’un petit village perdu dans les montagnes du Frioul, est accusé d’hérésie pour avoir défendu ses idéaux. Il est vrai que prétendre prier dans la nature ne déroge en rien au devoir de s’agenouiller dans une église et se confesser aux arbres plutôt qu’à un prêtre n’est absolument pas du goût du pouvoir ecclésiastique, qui voit dans cet homme un danger pour sa main mise sur le peuple et donc la perte de ses privilèges.

La préparation du tournage dans la région où se situe l’histoire de Menocchio a duré deux ans, tant pour retrouver les décors de l’époque que pour restituer l’environnement d’un personnage simple, hors du commun, et amener le public à retrouver ce qu’a vécu ce meunier qui s’insurge avec tout son bon sens contre l’injustice, la fatalité de la pauvreté et l’inégalité instituée comme règle par la hiérarchie religieuse. « Mon intention première [explique le réalisateur] était que le public rencontre Menocchio au sens le plus large du terme. Pour ce faire, j’ai essayé de faire revivre, ou du moins de me rapprocher du quotidien de l’époque. J’ai donc décidé de ne pas utiliser de lumières artificielles, de tourner avec des acteurs non-professionnels, de ne pas les laisser lire le scénario, de ne pas leur imposer de dialogues, mais plutôt de parler avec chaque personne pour faire ressortir son expérience, sa personnalité. »

Et le résultat est une expérience étonnante où l’on se retrouve à se questionner sur ce qu’on aurait décidé à la place de Menocchio, « tu as une journée pour décider si tu veux vivre ou mourir », lui dit l’un de ses proches dans son cachot éclairé par une seule chandelle, d’ailleurs payée par la famille.

Le film se présente comme une parabole et celle-ci rejoint l’époque actuelle en présentant un homme, qui tente désespérément de lutter contre le pouvoir tout en restant lui-même, « confronté à ses propres peurs et les trahisons des amis qui veulent le faire taire ». Finalement la rhétorique est encore la même aujourd’hui, « l’une des armes permettant de tromper les gens, et leurs jugements, implique nécessairement qu’ils s’éloignent et perdent le contact les uns avec les autres. Ils deviennent [constate Alberto Fasulo] des étrangers et l’on a toujours peur de l’étranger. »

Le débat sur l’éthique, dans une situation de confrontation au pouvoir, garde également la même actualité, et c’est ce que montre le film d’Alberto Fasulo, qui met en scène un individu et sa communauté il y a 500 ans. Le choix du naturalisme pour le tournage offre une vision quasi anthropologique de la relation du village et de ses habitant.es avec le pouvoir, représenté alors par l’Église. Cela crée, de facto, un lien avec les relations d’une communauté aujourd’hui et des individus qui la constituent, et celles entretenues avec le pouvoir actuel, c’est-à-dire l’État, en y ajoutant le poids de la religion et de l’idéologie en cours. Les scènes du procès sont en cela caractéristiques de ce lien direct entre hier et aujourd’hui s’agissant du discours d’opposition. Au centre de l’histoire de ce meunier du XVIème siècle en rébellion spontanée contre le pouvoir de l’Église et des institutions religieuses, est le combat toujours aussi contemporain entre « le système, l’individu et la communauté. »
Menocchio d’Alberto Fasulo est en salles le 17 avril.


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