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Christiane Passevant
El Reino Film de Ricardo Sorogoyen (17 avril 2019)
Article mis en ligne le 14 avril 2019

par C.P.
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El Reino
Film de Ricardo Sorogoyen (17 avril 2019)

« La corruption politique en Espagne – et surtout, la totale impunité de ses leaders depuis une dizaine d’année – nous a laissés, ma coscénariste Isabel Peña et moi, d’abord perplexes, indignés puis déprimés, et enfin presque anesthésiés. C’est la répétition des affaires de corruption de ces dernières années qui nous a décidés à raconter cette histoire. » Cette déclaration de Ricardo Sorogoyen est on ne peut plus claire sur l’intention du film. Après Que Dios nos perdone, qui ciblait la violence, Sorogoyen s’attaque cette fois à la corruption avec un brio et un rythme percutant qui laisse à peine le temps de reprendre son souffle. El Reino est un des plus détonants thrillers des dernières années.

El Reino démarre sur un repas des plus consensuels ; on se trouve d’emblée au sein d’une pègre politique qui a baissé les masques, à table, et fait assaut d’allusions à des jeux d’influences et autres affaires occultes liées à l’argent et au pouvoir. Les remarques fusent à une cadence accélérée, tout à la fois mordantes et complices. Au centre du repas, Manuel López-Vidal (incarné de manière époustouflante par Antonio de la Torre) est un homme politique influent dans sa région. C’est lui qui régale la « bande » et orchestre les festivités. Il doit entrer sous peu à la direction nationale de son parti. Mais, sans qu’il s’y attende, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption, qui menace un de ses amis les plus proches. Peu à peu, il est pris dans un engrenage où trahisons et mensonges le laissent sur le carreau et abandonné de tous.

Le choix de Sorogoyen est d’autant plus intéressant qu’il donne au « mauvais » le rôle central, c’est lui qui raconte l’affaire et c’est à travers sa perception que se construit l’intrigue. Le thriller prend alors une autre dimension, car le public se trouve en quelque sorte piégé dans la vision du corrompu, lâché par ses acolytes. « Le film ne raconte pas comment des agents de la force publique ou des journalistes intègres dévoilent un réseau de corruption, mais l’histoire d’un homme qui a volé le contribuable pendant des années et est découvert. » Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, Manuel López-Vidal n’assume pas sa faute et s’oppose à tout le monde pour ne pas finir en prison. On apprend alors qu’il n’est pas vraiment considéré par les responsables de son parti comme légitime et qu’il est arrivé à cette position pour bons et loyaux services. Donc s’il ne sert plus à rien, s’il refuse d’endosser la responsabilité de l’affaire, il devient même encombrant et il faut s’en débarrasser au plus vite. C’est peut-être une des clés pour la compréhension de son attitude, c’est un arriviste qui n’a aucune envie de porter le chapeau pour les autres.

Au fait que tout soit raconté à travers le regard du corrompu, sa résistance et la corruption des autres qui n’hésitent devant aucun moyen pour le faire taire, le rendent sinon sympathique, tout du moins la victime d’une machination qui le dépasse et incrimine tout un système. S’ajoute à cette question centrale de la corruption, l’influence et le rôle des médias et, en l’occurrence, de la télévision. La présentatrice vedette va devoir prendre position devant un homme aux abois, qui la met ainsi devant ses responsabilités, à savoir dénoncer les malversations avec des preuves ou botter en touche comme le conseille sa direction.

El Reino est un film puissant, haletant par son rythme, sans jugement, sans épilogue… Des faits brutaux, sans concessions gérés à la manière des plus grands films de mafia.
El Reino d’Alberto Sorogoyen est en salles le 17 avril.


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