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Christiane Passevant
Les Oiseaux de passage de Cristina Gallego et Ciro Guerra. La Familia de Rondon Cordova. Compañeros de Alvaro Brechner. L’Homme à la moto de Agustin Toscano
Article mis en ligne le 14 avril 2019

par C.P.
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Parmi une diversité impressionnante de films venus de l’Amérique du Sud, quatre films offrent une palette cinématographique originale, Les Oiseaux de passage de Cristina Gallego et Ciro Guerra — conte tragique à l’origine des cartels de la drogue en Colombie —, La Familia de Rondon Cordova — récit de la fuite d’un père et de son fils —, Compañeros d’Alvaro Brechner — la répression des Tupamaros en Uruguay et l’enfermement des prisonniers politiques au moment de la "guerre sale" —, L’Homme à la moto de Agustin Toscano — un homme vit de rapines et veut soudain vivre autre chose. Quatre films qui dépeignent une situation sociale, politique et historique.

Les Oiseaux de passage
Film de Cristina Gallego et Ciro Guerra (10 avril 2019)


Au tournant des années 1970 en Colombie, le commerce de la marijuana avec les Etats-Unis va provoquer la naissance des cartels de la drogue, une guerre entre les clans amérindiens et la destruction de cultures ancestrales. Cristina Gallego et Ciro Guerra construisent le film dans une chronologie en cinq actes, à la manière d’une tragédie antique, autour de laquelle s’articulent les traditions indiennes Wayuu, les codes de l’honneur et de la famille, qui ne sont pas sans rappeler ceux de la mafia.

Après un premier film fascinant, l’Étreinte du serpent, les deux cinéastes récidivent avec un film implacable sur les méfaits du trafic de la drogue et la perte de valeurs. Pour Ciro Guerra, les Oiseaux de passage est à la fois un « film noir, un film de gangsters », une « tragédie grecque et un conte de Gabriel Garcia Marquez », si tenté que « les genres sont devenus les archétypes mythiques de notre temps ». C’est également, ajoute Cristina Gallego, « une métaphore de notre pays, une tragédie familiale qui devient aussi une tragédie nationale. En parlant du passé, elle nous permet de mieux comprendre où nous en sommes aujourd’hui ».

Rarement un film a montré avec cette puissance évocatrice des images de l’enchaînement irrémédiable de la violence et de la destruction, où la fatalité tient lieu de règle et d’épilogue. Un film puissant et magistral.

La Familia
Film de Rondon Cordova (10 avril 2019)


Caracas. Des gosses jouent dans une cité où la violence est omniprésente, dans les jeux même, où le racket et les rapines sont synonymes de débrouille pour survivre. Pedro, un gosse de 12 ans, traîne dans la rue, la mère n’est plus là et le père est très souvent absent ; il bosse dans plusieurs endroits.

La catastrophe survient lorsque Pedro blesse gravement un gamin qui menaçait son copain, et son père comprend immédiatement la menace, cela signifie qu’ils sont en danger de mort. De cachettes improvisées en boulot aléatoire, le père et le fils se disputent sans cesse, Pedro retourne dans son quartier et apprend que son ami a été descendu à sa place. Le prix du sang. C’est à nouveau la fuite et, au final, la tentative de se retrouver pour le père et le fils…

La Familia a été présenté au festival Cinélatino de Toulouse en 2018, il sort sur les écrans le 10 avril, dans un contexte social et une actualité politique dramatique au Venezuela.

Compañeros
Film de Alvaro Brechner (27 mars 2019)


Après le coup d’État du 27 juin 1973, l’Uruguay est dirigé par une dictature militaire, qui va emprisonner pas moins de 6000 personnes pour une population en comptant 3 millions. Le gouvernement militaire participe à la « guerre sale », collaborant avec d’autres dictatures sud-américaines et les États-Unis à l’opération Condor, une opération internationale d’assassinats et de lutte antiguérilla ayant pour but de poursuivre et assassiner jusqu’en Europe les dissident.es politiques de gauche. La population subit alors une répression terrible. En plus des emprisonnements, on recense des assassinats et des disparitions, la pratique de la torture est généralisée, y compris sur les enfants. La répression vise en premier lieu le mouvement Tupamaros, créé au début des années 1960.

C’est dans ce contexte que trois opposants politiques connus sont enlevés et gardés au secret pendant douze années. Basé sur des faits réels, Compañeros d’Alvaro Brechner décrit la résistance de ces hommes confrontés à des conditions inhumaines d’incarcération.
Comme l’explique Alvaro Brechner, « l’écriture et la réalisation de ce film m’ont demandé quatre années de recherche et de documentation. Un des enjeux majeurs pour moi était qu’il ne s’agisse pas d’un film de prison, mais d’un voyage existentiel. Le projet des militaires était clair : "Puisque nous n’avons pas pu les tuer, nous allons les rendre fous." Au-delà d’une méticuleuse reconstitution historique des faits, j’ai cherché à faire ressentir sur le plan esthétique et sensoriel l’expérience de la survie et la lutte intérieure que subissaient mes personnages. » Ancré dans l’histoire récente de l’Urugay, le scénario est directement inspiré par les récits de prisonniers politiques Tupamaros et met en scène trois figures célèbres de l’opposition, dont un futur président, un ministre et un écrivain.

L’approche du film est plus psychologique que politique, décrivant les pires conditions d’incarcération auxquelles sont soumis les prisonniers pour les pousser à la folie ou au suicide. Le film montre comment ces derniers y résistent ou parfois se désespèrent devant l’isolement total, la perte des repères ou encore la dégradation physique. Il y a cependant cette rencontre improbable de l’un d’eux avec un gardien pour lequel il va devenir le rédacteur de ses lettres amoureuses.
Les trois comédiens, Antonio de la Torre, Chino Darín et Alfonso Tort, incarnent admirablement les phases que traversent les personnages.

L’Homme à la moto
Film de Agustin Toscano (3 avril 2019)


Miguel, marginal vivant de débrouilles dans une ville en Argentine, pratique, avec un complice, le vol à l’arraché depuis sa moto. Alors qu’il dérobe son sac à une vieille dame, elle tombe et se blesse grièvement. Voulant changer de vie et rongé par la culpabilité, il tente de soulager sa conscience en prenant de ses nouvelles à l’hôpital et en lui rendant visite. Elle souffre d’amnésie et Miguel se fait passer pour un membre de la famille afin de s’occuper d’elle.
Mais en devenant proche de la vieille dame et de ses voisins, Miguel s’empêtre dans les mensonges pour ne pas révéler la vérité. Par ailleurs, il veut garder le droit de visite à son fils, tente de renouer avec son ex-femme, qui le repousse, et est menacé par son complice qui n’a pas l’intention d’arrêter les rapines. Pour cela, il a besoin de l’homme à la moto, Miguel.

Le thème du film, au-delà de celui de la culpabilité, tourne autour de la difficulté à sortir de sa condition sociale qui paraît une fatalité impossible à dépasser.


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