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Nestor Potkine
Sécurité militaire ! Sécurité pour qui ?
Article mis en ligne le 4 janvier 2013
dernière modification le 26 novembre 2012

par C.P.
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Les militaires, c’est bien connu, nous protègent. Mais voilà, le monde débordant de traîtres et de sournois, il faut protéger les militaires. Non tant à leur bénéfice que pour éviter que ce dernier rempart de l’État, lui-même rempart de la Nation, ne tombe aux mains de l’Anti-France, vilain chancre perpétuellement soucieux de nous dévorer. Ceci est la justification officielle de l’existence de la DPSD, direction de la protection et de la sécurité de la défense. Un titre parfaitement ennuyeux, destiné par Mitterrand à gommer l’ancien nom de « Sécurité Militaire », longtemps sise 2bis avenue de Tourville, aux Invalides. Il fallait bien faire croire que 1981 inaugurait une ère nouvelle, dont l’une des nombreuses supériorités serait l’élimination des barbouzes.

En apparence, la DPSD est censée se contenter de vérifier que les personnels militaires ne sont pas des traîtres, des sournois aux ordres des puissances étrangères, et que les installations militaires ne sont pas ouvertes à tous vents et pénétrées, voire sabotées. En réalité, cette fonction place la DPSD tout au sommet de l’appareil d’État, comme le remarque le petit livre aussi méchant que bienvenu de Michel Sitbon, 2bis rue de Tourville, la Sécurité militaire au cœur de la République, paru chez Aviso. Car la DPSD peut retirer à tout moment leur homologation aux militaires, aux barbouzes et aux policiers, et à un certain nombre de fonctionnaires.

Bien maigre pouvoir ? À court terme, oui. À long terme, non. Staline
est arrivé au pouvoir en occupant une fonction apparemment terne
de « secrétaire » du parti, mais qui lui donnait la haute main sur les recrutements et les promotions. Personne n’entrait ni ne montait dans le parti communiste sans son aval. Il se fit tant d’obligés, qu’il put prendre le pouvoir. La DPSD, c’est la même chose. À long terme, qui contrôle la DPSD, ou contrôlait la sécurité militaire, peut placer ses pions d’abord dans l’appareil de renseignement, puis dans l’appareil militaire. Or on sait que si les services de renseignement brillent souvent par leur incapacité à fournir de bons renseignements (2e Bureau 1940, CIA 11 septembre 2001, CIA-Union Soviétique…) leurs innombrables passe-droits, leur possibilité d’utiliser tous les ressorts de coercition et de recherche de l’Etat en font des repaires de putschistes comme le prouve l’exemple de Vladimir Poutine, ex-KGB, ou des sources de puissance et d’influence pour les politiciens qui travaillent avec eux : le premier Bush avait été directeur de la CIA. John Edgar Hoover, directeur du FBI, fut au moins aussi puissant que les présidents qu’il faisait chanter. Giulio Andreotti, grand manitou de l’Italie mafieuse et fréquent premier ministre de l’Italie démocrate-chrétienne, travaillait main dans la main avec le SISMI d’une part, et d’autre part la loge P2 de Licio Gelli, utile survivance du réseau Gladio.

Gladio, justement.

Ce réseau créé par la CIA dans le but de résister aux Soviétiques s’ils avaient envahi l’Europe fut pain bénit pour les mafias et les extrême-droites du continent. En France, on l’appela « Rose des Vents. » L’un de ses membres, rappelle Sitbon, fut François de Grossouvre, longtemps financier et âme damnée de, tiens, François Mitterrand. Mitterrand, dont Sitbon démontre dans un précédent ouvrage qu’il fut cagoulard et que la Cagoule, prétendument dissoute, a continué à fonctionner, au strict minimum comme réseau de solidarité et d’influence.

Voulant travailler à très long terme, elle eut l’intelligence de placer ses membres, tous d’extrême-droite, un peu partout sur les échiquiers politiques et barbouzeux, et même dans les deux camps opposés de l’Occupation, les collabos et la Résistance. À Mitterrand, résistant de la toute dernière heure, échurent deux missions : la première consista à sauver la peau, lors des procès de la Libération, de bon nombre de Cagoulards malencontreusement assignés au camp perdant, la collaboration.
Conquérir la gauche pour l’émasculer fut la seconde.
Dans les deux cas, Mitterrand a bien mérité de la Cagoule. Enfin, Sitbon suggère qu’extrême-droite et DPSD s’aiment d’amour tendre (le service d’ordre du FN ne s’est-il pas appelé DPS ?) et que l’influence et les méthodes cagoulardes ont probablement survécu aux décès successifs des cagoulards historiques.



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