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Christiane Passevant
Santiago, Italia de Nanni Moretti
27 février 2019
Article mis en ligne le 25 février 2019

par C.P.
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Santiago, Italia
Film documentaire de Nanni Moretti (27 février 2019

Après le coup d’État militaire chilien du 11 septembre 1973, le général Pinochet prend le pouvoir, ordonnant les rafles de dissident.es, les tortures et les disparitions.

Grâce à deux jeunes diplomates italiens en place à Santiago, l’ambassade représentera pour un temps une possibilité d’échapper à la junte militaire, aux arrestations et à la mort : « L’ambassade italienne deviendra en quelques semaines le seul refuge, une île de salut. Quiconque fuit doit, pour entrer, sauter le mur d’enceinte [qui depuis, d’ailleurs, a été rehaussé]. La grande villa et le parc se transforment pendant un an en une commune où l’on mange et on dort n’importe où, où l’on prépare les laissez-passer pour les demandeurs d’asile, où s’organisent les transferts pour l’aéroport. Six cents personnes réussiront à monter dans un vol pour l’Italie avec la complicité jamais déclarée […] des Affaires étrangères ».

Aujourd’hui, le gouvernement italien exige que soient livré.es les réfugié.es italien.nes politiques, et Cesare Battisti est emprisonné à vie, 30 ans après sa condamnation par contumace et sur les aveux de repentis, alors que des responsables d’extrême droite soupçonnés d’attentats à la même époque — « les années de plomb » —, ne sont pas inquiétés. L’acharnement du gouvernement italien à l’encontre des réfugié.es politiques renvoie à une séquence du film documentaire de Nanni Moretti — Santiago, Italia — où un réfugié politique chilien en 1973 fait ce commentaire : « Je suis arrivé comme exilé, dans un pays, qui pour moi était nouveau sous bien des aspects, un pays qui avait fait la guerre des partisans, un pays qui avait défendu un statut des travailleurs. Je suis arrivé dans un pays qui était très semblable à celui dont rêvait Allende à ce moment-là.
Aujourd’hui, je voyage en Italie et je vois que l’Italie ressemble toujours plus au Chili, aux pires choses du Chili. Ce truc de se mettre dans cette terrible société de consommation, où tu te fous de la personne qui est à côté de toi, si tu peux la piétiner tu la piétines. C’est ça la course à l’individualisme. »

L’origine du film de Nanni Moretti vient d’une rencontre à Santiago avec un ambassadeur italien qui évoque le rôle de deux jeunes diplomates dans la décision d’accueillir des dissident.es politiques : « une belle histoire italienne d’accueil et de courage, un exemple de la façon dont les individus peuvent faire la différence. » Cela a abouti à quarante heures d’entretiens, « non seulement pour parler du Chili mais aussi de l’Italie d’alors, du pays qui a le plus aidé. » Naturellement, « le film commence en parlant du Chili d’autrefois et finit en parlant, involontairement, mais pas par hasard, de l’Italie d’aujourd’hui. » À la fin de la production du film, « Matteo Salvini est devenu ministre de l’Intérieur et alors [dit Moretti], j’ai compris pourquoi j’avais tourné ce film. »

Le choix des témoins n’est pas non plus un hasard, toutes et tous ont vécu de la manière la plus tragique le coup d’État, la fin d’un rêve, c’est pourquoi certains récits s’arrêtent, brisés par l’émotion et le souvenir des atrocités commises. Les témoignages parlent également du rôle avéré des Etats-Unis dans le coup d’État et la répression qui a suivi.

« Aujourd’hui, le Chili est divisé en deux, on cultive deux mémoires opposées. Il y a des gens qui, le 11 septembre, anniversaire du coup d’État, mettent le drapeau sur le balcon[…]. C’est comme en Italie, où jusqu’il y a 25 ans, il y avait une mémoire commune de l’antifascisme et de la résistance. Nous l’avons perdue [constate Moretti] dans les années de Berlusconi, et depuis lors il n’y a plus de patrimoine de valeurs partagées entre progressistes et conservateurs. Cela me préoccupe parce que, bien sûr, on peut se diviser sur les choix politiques mais pas sur les valeurs fondamentales. » Il ajoute « Je ne suis pas impartial sur le coup d’État et ne peux pas l’être aujourd’hui. Nous ne pouvons pas être impartiaux devant ce qui se passe actuellement. » Santiago, Italia est un film documentaire engagé dont les archives, pour certaines, ne sont pas connues.

Santiago, Italia de Nanni Moretti sera sur les écrans le 27 février prochain.


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