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Christiane Passevant
Un coup de maître. Film de Gaston Duprat
6 février 2019
Article mis en ligne le 3 février 2019

par C.P.
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Drôle de type que Renzo, peintre anciennement renommé, mais qui, vieillissant et en perte de vitesse, se retrouve criblé de dettes et descendu par la critique branchée. Il faut dire qu’il ne fait guère d’efforts pour défendre son œuvre et plaire à des acquéreurs potentiels. Certes il peint énormément, mais les toiles s’entassent dans son atelier auprès des chiens perdus qu’il recueille.

Son ami Arturo tient une galerie d’art à Buenos Aires et tente de lui faire regagner l’estime du public, il le faut car son pourcentage en dépend. Malheureusement, toutes ses tentatives et ses projets échouent, car décidément Renzo ne joue pas le jeu, c’est le moins qu’on puisse dire. Il tire au pistolet dans une toile pour créer un happening à sa manière, s’entoure de plastique, se moque ouvertement d’un critique à la mode qui a descendu ses toiles en flèche, ridiculise et insulte tant qu’il peut, enfin il ne manque aucune occasion de provoquer, de susciter des scandales et de transformer les occasions lucratives en flops retentissants. Enzo est parfaitement inattendu, incontrôlable, grossier et capricieux en même temps qu’il affiche un mépris pour l’univers médiatique et mercantile de l’art dont il a vécu et vit encore malgré ses incartades.

Un coup de maître de Gaston Duprat s’attaque avec brio au marché de l’art et au monde qui gravite autour. Comme dans Citoyen d’honneur, qu’il a coréalisé avec Mariano Cohn, Gaston Duprat dirige deux comédiens exceptionnels, Luis Brandoni et Guillermo Francella qui visiblement prennent grand plaisir à jouer cette comédie critique, savoureuse et sulfureuse sur l’imposture du marché artistique et du milieu qui l’anime. C’est trash et sans concessions, à la manière du cinéma comique argentin actuel. Le film est construit autour de deux personnages en totale opposition, le marchand d’art prêt à toutes les compromissions et les magouilles, et l’artiste se moquant d’une clientèle potentielle, et même de lui-même. Lorsque qu’un peintre en herbe lui demande de le former, d’assister à son travail, de jouer le rôle d’exemple, il le décourage, lui soutire de l’argent et en fait son domestique. Tout est à l’avenant dans ce film qui déborde de rebondissements et de scènes mémorables.

Finalement viré de son atelier, dont il ne paye plus le loyer, voici donc Renzo, plus provocateur que jamais, qui n’en démord pas de faire la nique au système et à ce monde régi par le fric et le mauvais goût. Arturo désespère de le voir recouvrer un peu de bon sens et finit par craquer, jusqu’au jour où Renzo est victime d’un accident qui lui fait perdre la mémoire, mais certainement pas son humour. Arturo tente de lui rappeler des souvenirs, s’ensuivent alors des séquences où l’absurde le dispute au pathétique. Renzo a tout oublié et bientôt disparaît. Qu’à cela ne tienne, Arturo saisit l’opportunité et échafaude un plan osé et florissant — Un coup de maître —, histoire de profiter de la situation et de la scène artistique. Le marché de l’art dans tous ses états manœuvré par un jeu de dupes inventif et ironique.

Le rebondissement final est à la fois drôle et — on peut le dire — pictural jusqu’à la dernière image. Décidément le cinéma argentin et ses cinéastes n’ont pas fini de créer de belles surprises et dans tous les genres.

Un coup de maître de Gaston Duprat est sur les écrans le 6 février.


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