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Christiane Passevant
The Place de Paolo Genovese
30 janvier 2019
Article mis en ligne le 27 janvier 2019

par C.P.
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Un homme à la fois étrange et ordinaire dans un café, des personnages qui viennent à sa rencontre pour exprimer des souhaits, des rêves, se prémunir de dangers, ou encore déballer leurs frustrations… Bref, des êtres dans l’urgence, mais essentiellement repliés sur leurs problèmes personnels. L’homme écoute, promet la réalisation de rêves, offre des solutions… Mais à une condition, obligatoire, sinon rien n’est possible. C’est un contrat en quelque sorte où la condition, qui en est le nœud primordial, met à rude épreuve les convictions, les principes, les interdits, les tabous, la moralité de chacun et chacune. Rien n’est anodin même si le hasard semble à première vue jouer un rôle, car l’implication et l’engagement dans ce deal sont en général lourds de conséquences.

Trouver de l’argent ? Oui c’est faisable. Mais pour cela il faut tabasser quelqu’un sans raison, le ou la blesser, peu importe qui. Une femme dont le mari ne la reconnaît plus, atteint par la maladie d’Alzheimer, souhaite sa guérison. En contrepartie, elle doit perpétrer un attentat dans un endroit public en y plaçant une bombe. Une vie contre des vies ? Il va falloir argumenter avec ses raisons, outre que tricher est impossible.
Chaque personne est confrontée à une clause inattendue et va, selon sa personnalité, ses garde-fous, son éthique personnelle, accepter, jouer le jeu, montrer de la réticence, tenter de raisonner ou même être simplement horrifiée par la proposition.

Qui est cet homme mystérieux qui joue à l’être commandité par le destin ? Un manipulateur ? Un confesseur ? Un fantasme à figure ordinaire ? Un huissier déjanté ? Un « monstre » dira l’un des demandeurs. On ne sait pas, sinon qu’il pousse ceux et celles qui le consultent dans leurs derniers retranchements. On accepte, ou on a plus rien à se dire, et le « contrat » est rompu de facto.

Chaque jour, l’homme note les promesses, les contrats remplis ou non, constate les évolutions, les refus, à l’image d’un comptable faustien qui tranche dans les doutes, les réticences, mais n’exprime ni jugements, ni conseils, il répond en parfaite indifférence, totalement impavide et sans jamais faire appel ou à recourir à une quelconque forme de moralité.

Une nonne a perdu la foi et doit enfanter pour retrouver la présence divine, une jeune femme doit cambrioler son amie pour embellir, un aveugle rêve de retrouver la vue, mais pour cela il lui faut violer une femme, un homme doit kidnapper une fillette pour que son fils condamné guérisse… Des conditions brutales qui sont inacceptables et pourtant… Tout le film repose sur les limites à franchir pour la réalisation d’un souhait ou pour sauver une vie. Jusqu’où pouvons-nous transiger avec notre conscience pour obtenir ce que l’on désire le plus ou ce qui semble vital ?

L’unité de lieu, la présence de cet homme énigmatique qui formule des exigences sans aucune empathie, de manière caustique, renforcent encore la la démonstration sur ce qu’est la nature humaine et la relation aux tabous de chacun et chacune.
C’est un jeu où dix personnes, hommes et femmes, se croisent dans des saynètes articulées autour du café que le personnage « destin » ne quitte pas, apostrophé cependant par une femme, qui tient le bar et l’observe, le questionne sans rien demander pour elle-même. Ange ou démon, elle retourne la situation quant à l’emprise de cet homme et au pouvoir qu’il a sur ses visiteurs et visiteuses.
L’égoïsme, l’individualisme représentent un thème « très important en ce moment précis : que sommes-nous disposés à faire pour obtenir ce que nous désirons ? Selon moi, [explique le réalisateur] c’est une thématique qui nécessite une profonde réflexion. Elle part d’une autocritique sur notre sens moral. Comment notre morale change en fonction des situations devant lesquelles nous nous trouvons ? Ce film nous incite à nous juger nous-mêmes. »

Les comédiens, les comédiennes sont étonnantes dans leurs rôles sur des gammes diverses et symbolisent tout un panel de la société contemporaine où l’individualisme est présent comme si les valeurs étaient quelque peu reléguées aux oubliettes. Cependant, il y a des surprises, des décisions inachevées et des rebondissements.

The Place de Paolo Genovese est un film « absolument amoral, mais jamais moralisateur. On ne juge jamais. Même celui qui veut faire les choses les plus horribles. On laisse au [public] le soin de juger. »
The Place de Paolo Genovese est sur les écrans le 30 janvier.


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