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Christiane Passevant
Wardi de Mats Grorud
27 février 2019
Article mis en ligne le 25 février 2019
dernière modification le 26 février 2019

par C.P.
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Wardi
Ffilm d’animation de Mats Grorud (27 février 2019)

Rares sont les films qui s’adressent tant aux enfants qu’aux adultes sur un sujet aussi grave : l’exode de la population palestinienne en 1948, après la création de l’État d’Israël, les violences exercées à son encontre, et son confinement dans les camps de réfugié.es. Wardi est un film sur la mémoire palestinienne, la mémoire et la transmission à travers plusieurs générations de réfugié.es. Le sujet n’est sans doute pas nouveau dans la production cinématographique, néanmoins l’originalité de Wardi repose sur le choix de réalisation : jouer sur plusieurs supports, l’animation, les marionnettes, les archives qui s’imbriquent parfaitement et soulignent la perspective historique des différentes étapes passées et contemporaines reproduites dans le film.

De l’association étonnante des archives, de la technique 2D, pour les flashbacks, et des marionnettes, il résulte une fluidité du récit sans pour autant gommer la complexité de la situation sociale et politique depuis plus de 70 ans.

Une petite fille de 11 ans, Wardi, réfugiée dans le camp de Bourj El Barajneh à Beyrouth, nous entraîne, par ses questions à sa famille, en particulier son grand-père, Lotfi, et aux réfugié.es du camp, dans une succession de retours à des épisodes historiques de l’histoire palestinienne.

Le film a pour titre anglais The Tower (la Tour), qui évoque la configuration des camps. Parce qu’il est interdit de construire en surface, les réfugié.es construisent en hauteur, ajoutent des étages, ce qui donnent l’impression de tours de Babel avec des jardins sur les terrasses et aussi des pigeons… Wardi est née dans ce camp et connaît la Palestine seulement par les souvenirs de son grand-père, une terre de Galilée lointaine. Il ne reste en effet de la terre d’origine que la description du jardin dont Lotfi a rapporté des graines lorsque la famille a été chassée de sa maison, et la clé, qui demeure une preuve tangible, un acte de propriété et aussi l’espoir d’un futur retour.

Mais voilà qu’un jour Lotfi remet à Wardi cette clé, transmission de la mémoire familiale et de la mémoire de tout un peuple. A-t-il perdu l’espoir ? Pourquoi choisit-il de la confier à sa petite fille ? Parce que Wardi observe, pose des questions, écoute, et surtout elle veut devenir médecin…

Le thème de Wardi est celui de la mémoire, essentielle pour une population qui se sent oubliée, et malgré la misère, les jeunes, révoltés et blessés lors de manifestations, il n’en reste pas moins un espoir… C’est cela aussi que raconte le film de Mats Grorud, Wardi

« Les enfants peuvent facilement s’identifier à Wardi de par son âge, et comprendre un peu mieux cette histoire. Burj El Barajneh abrite quelque 21 000 enfants, soit environ 43 % de la population totale du camp – sans compter les 20 000 réfugiés récemment arrivés de Syrie qui vivent dans un kilomètre carré. Leur situation est donc très problématique. Ils se sentent complètement exclus de la société libanaise et sont “ghettoïsés” dans le camp. Heureusement, le plupart sont néanmoins scolarisés, mais un nombre croissant d’enfants semi-analphabètes décrochent avant le secondaire. Beaucoup optent pour des formations professionnelles. Les enfants ont du mal à étudier, car ils savent qu’ils ne trouveront pas de travail au Liban. Presque tous et toutes rêvent de s’installer dans un autre pays ou de rentrer chez eux un jour. »

Plus de 70 ans se sont écoulés depuis l’exil de 1948 et toujours pas de solution apportée en réponse à la Nakba, la catastrophe. « La clef que le grand-père de Wardi lui lègue représente une passation générationnelle de cette mémoire encore vive. Mais le film pose également des questions très actuelles : comment vivre aujourd’hui dans les camps de réfugiés ? Le film aborde la question de l’éducation, ou encore celle de la discrimination à l’égard des réfugiés palestiniens. »

Wardi, le très beau film d’animation de Mats Grorud, sera sur les écrans le 27 février, la musique originale du film est de Nathanaël Bergèse.

P.S. :

Le cinéma est important pour l’histoire palestinienne. Si la région est certainement l’une des plus filmées au monde, où la violence et la situation des victimes sont rapportée au cours de nombreux reportages, qui parfois même banalisent la situation, les films qui évoquent les histoires personnelles, qui permettent de créer des parallèles au plan universel, sont à coup sûr essentiels pour donner la dimension de l’injustice et de ses conséquences à long terme. En voici quelques exemples : La Porte du soleil (Bab el Shams) de Yousry Nasrallah (2004) — adapté du roman d’Elias Khoury — ; 3000 nuits de Mai Masri (2015) — Mai Masri a également réalisé en 2001 un film documentaire, Rêves d’exil — ; When I Saw You d’Annemarie Jacir (2012) — qui met en scène un jeune palestinien qui refuse le statut de réfugié ; le Temps qu’il reste (The Time that Remains) d’Elia Suleiman (2009) — film en quatre épisodes de la vie d’une famille de 1948 à nos jours ; Omar de Hani Abu-Assad (2013) ; Personal Affairs de Maha Haj (2016) parmi d’autres films, et je citerai également l’excellent film de Bassam Jarbawi, Mafak, sélectionné en 2018 par le festival international du cinéma méditerranéen, mais qui n’a pas encore de distribution en France.


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