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Christiane Passevant
The Happy Prince. Film de Rupert Everett
(19 décembre 2018
Article mis en ligne le 18 décembre 2018
dernière modification le 10 janvier 2019

par C.P.
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The Happy Prince
Film de Rupert Everett (19 décembre 2018)

Ce premier long métrage du comédien Rupert Everett, The Happy Prince, est une belle réussite. Tout d’abord, il y a le conte, The Happy Prince, que raconte Oscar Wilde à ses enfants, puis aux gamins des rues qu’il fascine. Cet homme cassé, trahi, vilipendé par un public qui l’adulait et l’enviait, dégringolé de sa stèle en pleine gloire, est magnifiquement incarné par Rupert Everett qui, de toute évidence, est subjugué non seulement par le génie de Wilde, mais également par ses contradictions et ses outrances.

L’une des scènes les plus terribles est certainement celle de la gare, lors de son transfert de prison, où revêtu de l’uniforme de forçat, enchaîné et accompagné de ses gardiens, Oscar Wilde est en quelque sorte livré au lynchage d’une foule haineuse sur le quai, en attendant son train. C’est un homme effondré qui revit ensuite cette scène odieuse, mise en écho au temps où, ses pièces de théâtre faisaient salle comble et que, dès son apparition sur scène à la fin du spectacle, il surprenait par son humour et son ironie. C’est la fin d’un dandy génial, qui ne s’avoue certainement pas vaincu par une société étriquée, avec parfois des saillies que personne n’attend, des bravades et un refus ostentatoire à se conformer…

Finalement le film de Rupert Everett, The Happy Prince, souligne aussi le décalage entre les classes d’alors, celle d’un écrivain prolixe, irlandais de surcroît, et certes peu soucieux de la moralité réactionnaire victorienne, et celle, représentée par une aristocratie hypocrite et coincée de la fin du XIXe siècle. Outre que Wilde affiche son homosexualité, considérée à cette époque comme une déviance interdite et punie par la loi, il a la dent dure contre l’establishment et le vernis des bonnes manières de l’époque. Brillant, ironique, scandaleux, c’est surtout pour cela que l’écrivain est envoyé en prison durant deux ans. Ses biens sont confisqués, et la maladie s’ajoute à la ruine. Des amis qui l’entouraient jadis, quelques-uns, rares, sont là pour le soutenir, l’aider et tenter de le protéger contre la société et contre lui-même.

The Happy Prince décrit le parcours d’une fin de vie, une dégringolade et une fuite sous un faux nom — Sebastian Melmoth —, avec malgré tout des fulgurances, des lieux sordides transcendés par l’imagination, des moments où le charisme de Wilde refait surface, mais également des creux de vagues d’autant plus dramatiques qu’il est malade et misérable. La pérégrination va du nord de la France, où son amant le rejoint — l’enfant gâté dont il est encore épris et pour lequel il a fait de la prison —, jusqu’à Naples où tous deux s’installent un temps, face au Vésuve. Il retourne ensuite à Paris où s’achève une errance douloureuse dans une chambre minable.

Trois ans après sa sortie de prison, Oscar Wilde meurt à 46 ans dans un dénuement total. Le film a pour trame les trois dernières années de la vie de l’écrivain, tissées de flash-backs au détour d’un souvenir, d’un mot, d’une image, d’un texte, de rencontres. Le récit est fluide d’une perte d’illusions, que sert le jeu des comédiens et des comédiennes (émouvante Emily Watson dans le rôle de Constance, son épouse. Il faut également citer Colin Firth, Edwin Thomas et Colin Morgan, dans le rôle de Bosie). Les dialogues offrent une dimension ironique et cependant tragique à un moment moins connu de la vie d’Oscar Wilde, et la musique originale de Gabriel Yared ajoute au film une touche sensible et discrète. Quant aux décors, ils sont superbement reconstitués et plongent le public dans l’ambiance de l’époque, avec quelque part, une réminiscence du Portrait de Dorian Gray.

The Happy Prince, titre repris d’une nouvelle d’Oscar Wilde, est porté par le réalisateur et comédien Rupert Everett avec une sincérité inspirée. Il faut d’ailleurs ajouter que les films sur la vie d’Oscar Wilde — Oscar Wilde de Gregory Ratoff (1960), The Trials of Oscar Wilde de Ken Hughes (1960), Oscar Wilde de Brian Gilbert (1997), Le Procès d’Oscar Wilde de Christian Merlhiot (France, 2008) — ont peu abordé cet épisode de la vie de l’écrivain avec le caractère d’intimité de The Happy Prince.


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