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Nestor Potkine
Tu ne mangeras point le sang de ta mère
Article mis en ligne le 8 novembre 2018

par C.P.
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Jean-Anthelme Brillat-Savarin, seigneur de Pugeu, avocat, et un temps premier violon au théâtre de New-York, a écrit : « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es ». Il résumait ainsi une très vieille croyance, fondée sur une encore plus ancienne réalité. La réalité : la vie mange la vie. La croyance : manger un autre être vivant ne va pas sans problèmes, dont trois principaux : l’être que l’on absorbe se vengera-t-il ? Est-il pur (propre) ou impur (sale) ? A-t-on le droit de tuer la vie pour sauver la vie ? En gros depuis l’invention des villes, on craint moins la vengeance des proies. Et c’est dans les villes que l’on a commencé à se poser la question de la légitimité, ou non, de la consommation de viande. En revanche, pureté ou impureté, nous restons en plein dedans ! Nous n’examinerons pas ici si le moderne désir, rationnel et louable, de manger sain est … alimenté par un très archaïque désir de pureté. Non, nous allons examiner l’une des conséquences les plus inattendues du fait que nous mangeons la vie d’autres êtres vivants, et que ce vol nous inquiète, et que nous ne sommes pas très sûrs de ne pas devenir impurs à notre tour, si nous consommons la chair d’animaux impurs.
Manger du cochon ? Oïnk !

Commençons par le commencement : les femmes font peur aux hommes. Parce qu’elles saignent, mais ne meurent pas. Sorcières !!!! Comble de puissance, de mystère et de danger, elles perdent le liquide-qui-fait-mourir-si-on-le-perd par l’orifice même où elles donnent la vie. Sorcières !!!! Qui est en plus l’orifice où l’érection masculine et le tonus masculin s’écroulent. Sorcières !!!! Et en plus, ces sorcières qui ne meurent pas quand elles le devraient, qui donnent la vie là où s’écoule un fluide qui n’est pas supposé s’écouler, et qui abattent les donjons mâles sont celles qui nous nourrissent. Car on ne connaît à peu près aucune société humaine où les femmes n’accomplissent pas l’écrasante majorité des tâches culinaires.

Tout ceci a rendu bien des hommes jaloux. On lit dans « The island of menstruating men : religion in Wogeo, New Guinea » que dans plusieurs tribus papoues les hommes envient tant la menstrua-tion des femmes que plusieurs fois par an, ces messieurs se saisissent des pinces d’un gros crabe, entrent dans la mer à mi-corps, se masturbent un peu afin d’avoir plus de sang dans leur pénis, puis se le déchirent avec les pinces du crabe. Joie, ils perdent alors du sang sans mourir, comme les femmes ! Ne croyez pas que ceci soit limité à la Nouvelle-Guinée. Des rituels similaires ont été décrits un peu partout sur la planète. Une fois que l’on a lu cela, on se souvient n’avoir jamais été bien convaincu par les explications traditionnelles d’un rituel bizarre, la circoncision. Et l’on se met à soupçonner que la circoncision est peut-être, entre autres, une preuve à usage unique de saignement génital non mortel, bref de capacité à la menstruation.

Sang menstruel, circoncision, nous voilà transportés en plein judaïsme et en plein islam. On peut ressentir de la jalousie devant le sang menstruel. On peut aussi ressentir de la terreur. Alors, il faut éloigner la sorcière. On sait que toute synagogue qui se respecte organise un « mikvé », un bain rituel où se rendent les femmes dont les règles s’arrêtent, afin d’en ressortir pures et fréquentables. Car une femme impure (qui a ses règles) rend impur tout ce qu’elle touche. Les ultra-orthodoxes de Jérusalem réclament donc des bus pour hommes et des bus pour femmes. (Oui, pour femmes aussi, il faut bien qu’elles aillent travailler et faire les courses…).

En d’autres termes, les femmes, telles que vues par le judaïsme (et dans une large mesure, par le christianisme : les règles ne font-elles pas tourner la si chrétienne mayonnaise ?) sont un dangereux réservoir d’une substance non seulement peu ragoûtante, mais surtout dangereuse.

On objectera que le judaïsme interdit de verser le sang humain, substance sacrée. Oui « sacer », c’est-à-dire, en bon latin, à la fois auguste et dangereuse. Et les femmes, en particulier les femmes non enceintes (quelle coïncidence, les femmes enceintes n’ont pas de règles !), y sont nettement plus dangereuses qu’augustes.

Et quand on abat un animal, voilà la sale bête qui se met à avoir des règles elle aussi, la voilà qui pisse le sang.
D’où la véritable raison de l’interdiction de consommer le sang des bêtes abattues, en judaïsme et en islam. « Ne pas usurper le privilège de Dieu, qui seul donne et reprend la vie » ? « On n’est pas des bêtes » au museau rouge du sang de leurs proies ? Justifications postérieures et qui sentent leur théologien à cent pas.
Non.

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