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Christiane Passevant
40ème Festival international du cinéma méditerranéen — CINEMED — à Montpellier du 19 au 27 octobre 2018
Article mis en ligne le 22 octobre 2018

par C.P.
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40ème Festival international du cinéma méditerranéen — CINEMED — de Montpellier du 19 au 27 octobre 2018

Dans le foisonnement des projections de ce 40ème festival, le focus sur le jeune cinéma libanais et l’émergence d’une industrie cinématographique dans ce pays vaut la peine qu’on s’y attarde. Le cinéma libanais a cette qualité d’ouvrir le débat sur des sujets volontairement minorés ou souvent écartés par les politiques.

Ces dernières années, la production de films en provenance du Liban est passée de un à trois longs métrages par an, une augmentation qui concerne tant les fictions que les films documentaires. Les écoles de cinéma sont nombreuses à Beyrouth et l’émergence de jeunes talents est notable, de même que les vocations de producteur.es. En témoigne la présence de plus en plus prégnante du cinéma libanais dans les festivals internationaux.

Toute une génération de cinéastes libanais.es de l’après-guerre civile est marquée par ce conflit et l’exprime d’un point de vue critique sur ses conséquences, ses dénis et par l’analyse de l’amnésie officielle. Par exemple, dans Tramontane de Vatche Boughourjian la question est posée de — « qui est aveugle ? » —, prenant prétexte de la quête d’identité du personnage principal pour décrire la volonté générale de fuir la réalité du conflit et ses racines.

Rabih est en effet un jeune chanteur aveugle, né pendant la guerre civile, et à l’occasion d’une demande de passeport, il apprend que son identité est usurpée. « Donne-moi une réponse », chante-t-il au début du film, mais personne ne désire lui révéler son origine. Il comprend alors que sa recherche est liée aux événements de la guerre civile libanaise de 1975-1990, autour desquels se tissent des réalités variables, dans la mesure où ils sont susceptibles de dédouaner le narrateur, la narratrice, de sa responsabilité active ou passive des exactions commises à cette époque. De la même manière, reconstruire à grande vitesse sur les décombres de la guerre pour oublier les morts et les milliers disparu.es prend la forme d’une dissimulation d’un pan de l’histoire du pays. À l’évidence, la guerre civile perdure dans les antagonismes et les rancœurs, adoptant des formes larvées de violence, menaçant de ressurgir et d’embraser le pays. Il ne suffit pas de reconstruire sur les ruines, faut-il encore analyser les causes de la destruction et opérer « l’introspection de tout un pays, incapable de faire face à sa propre histoire. »

Au fil des rencontres, Rabih prend conscience des mensonges de cette époque troublée, en même temps que de la diversité caractérisant le Liban. La page n’est pas tournée, seulement recouverte. Reste un lien commun : la musique, surtout la musique.

Musique et guerre civile sous-tendent également One of these Days de Nadim Tabet. Une journée à Beyrouth durant laquelle trois jeunes dansent et cherchent l’amour pour échapper à la réalité. Évocation également de la guerre avec le court métrage de Patrick Elias, Bombardement doré, qui met en scène un mariage célébré dans un refuge, après la destruction de l’église.

Dans Tombé du ciel de Wissam Charaf, la question de la guerre, ses traces sont traitées par l’absurde et de manière décalée. C’est tout d’abord l’image d’un homme égaré dans la neige. Samir, ancien milicien surnommé Sniper et présumé mort depuis 20 ans, surgit dans la vie de son frère cadet, Omar, devenu garde du corps d’une chanteuse se lançant dans la politique. Leur père vit dans ses fantasmes, Samir se débat contre ses cauchemars et, dans Beyrouth, les attentats rythment la narration du film oscillant entre drame et comédie.

Pour Wissam Charaf, « tous les personnages du film sont des fantômes, menant des existences risiblement absurdes [dans] une société anxieuse et bipolaire en proie à tous genres d’extrêmes. » La fuite en avant est commune à ces « fantômes » : Samir s’est échappé on ne sait d’où, le père se réfugie dans un passé imaginaire, Omar, stoïque, tire au bazooka sur la télé d’un voisin bruyant, et son ami Rami rêve de partir en Allemagne en apprenant la langue dans Mein Kampf. Une société chaotique marquée par la violence dont est banni le travail de mémoire.

Violence et chaos reviennent dans le film documentaire de Diala Kashmar, Les gardiens du temps perdu, qui décrit les singularités complexes des réalités sociales et politiques libanaises. Dans son film documentaire, Trêve, Myriam El Hajj questionne d’anciens combattants des milices chrétiennes, qui vivent encore dans les souvenirs de leurs combats. La mémoire occupe le cinéma libanais sous toutes ses formes et ses genres.

Le focus sur le jeune cinéma libanais rend compte de sa richesse et de son dynamisme. De sa force critique aussi, si l’on songe à l’Insulte de Ziad Doueiri, qui met la société libanaise face à ses démons, ou encore au bouleversant film de Nadine Labaki, Capharnaüm. Six mois de tournage pour montrer un aspect invisible de cette même société, celui de l’enfance sacrifiée et de la misère.

Pour débattre du potentiel de ce cinéma et de l’émergence de structures cinématographiques, une table ronde en présence des réalisateurs Wissam Charaf, Nadim Tabet, Cyril Arris, de producteurs et de productrices est organisée le mercredi 24 octobre dans le cadre du 40ème festival international du cinéma méditerranéen.

Le festival offre, outre les avant-premières, les rétrospectives, la nuit en enfer… Plus de cent films inédits, dix longs métrages en compétition, sept en panorama, de nombreux courts métrages et 8 films documentaires en compétition.

40ème Festival international du cinéma méditerranéen — CINEMED — à Montpellier du 19 au 27 octobre 2018


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