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Christiane Passevant
La Particule humaine. Film de Semih Kaplanoglu (10 octobre 2018)
Article mis en ligne le 18 octobre 2018

par C.P.
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La Particule humaine
Film de Semih Kaplanoglu (10 octobre 2018)

Dystopie réaliste, la Particule humaine pose une des questions essentielles de l’actualité : « À quel point les nouvelles “valeurs éthiques mondiales” qui tentent d’être établies dans les industries de la nourriture, de la santé et de l’élevage reflètent-elles les valeurs de l’humanité ? »

L’eau, l’air, le sol, l’espace sont des richesses communes et essentielles pour toutes et tous, néanmoins elles sont quotidiennement détournées, spoliées au nom du profit à court terme, avec pour résultat des catastrophes écologiques à répétition, la misère, l’anéantissement d’espèces. Les études objectives qui alertent ou anticipent les risques encourus par l’humanité et les changements drastiques climatiques existent, mais elles passent à la trappe, le déni et les dénégations mensongères étant orchestrées par les apprentis sorciers d’un capitalisme meurtrier. Quant aux résistances des populations directement menacées, elles sont à très haut risque.

Le film de Semih Kaplanoglu, la Particule humaine, analyse dans un futur proche, et même très proche, les conséquences d’une fuite en avant de la destruction de la nature, non seulement concernant la vie sur terre, humaine, animale, végétale… Mais également l’impact de ces conséquences sur la pensée, les comportements et les liens sociaux. On pense évidemment au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, avec en prime une bureaucratie interne qui n’est pas sans rappeler 1984 de George Orwell, adapté au cinéma par Michael Radford, ou encore Soleil vert de Richard Fleischer.

Si l’on en juge par l’utilisation des graines, des aliments modifiés depuis longtemps présentés comme étant la solution pour éradiquer la famine dans le monde, ceci à coup de promotions et d’assertions matraquées… Le doute n’est pas permis car c’est exactement le contraire qui est constaté : la famine est décuplée, les forêts sont détruites, les terres sont empoisonnées et rendues stériles, et les plans les plus mégalomanes et les plus inutiles font florès… Le « progrès » ? Il faut plutôt parler de gâchis organisé soutenu par les États, de gabegie environnementale au détriment de l’humanité sous la férule de grands groupes exploitant à tout-va dans un but mercantile…
Et après nous le déluge !

La Particule humaine de Semih Kaplanoglu met en scène une hypothèse plausible de l’après catastrophe annoncée, suite à un brusque changement climatique ayant provoqué des épidémies qui ont décimé des régions entières et provoqué en grande partie l’extinction de la vie sur terre. Plus d’animaux, plus de végétaux, reste les migrations de survivant.es sur une terre dévastée par des pluies acides et, au milieu, quelques îlots urbains, des villes presque en ruine, fortement gardées par des clôtures électrifiées, des boucliers magnétiques, des gardes armés. Il s’agit de se protéger de la population parquée alentour espérant entrer dans des zones, soi-disant protégées.


Gros plan sur les grilles d’un énorme check point. Zoom arrière, on découvre les gardes surarmés, juchés sur le mur de séparation, qui surveillent une foule espérant en vain un droit de passage. Une petite fille est emmenée par une femme qui porte une blouse et une sorte de gant avec des puces électroniques lui permettant d’accéder à l’espace gardé. Dans une pièce, un appareil vérifie si la fillette est autorisée à passer la barrière. Refusée. Les gosses sont ainsi trié.es, séparé.es des familles ou renvoyé.es vers les Terres mortes et à une mort programmée. La foule s’ébranle vers un camp de fortune. Un adolescent s’élance, malgré ses proches qui tentent de le retenir, vers une route interdite bordée de tours qui font penser à des miradors. Dès qu’il l’atteint, il s’enflamme instantanément : éradiqué.


La caméra passe de l’autre côté de la route : un champ de blé contraste avec la nature désertique où sont parqué.es les réfugié.es. Un ingénieur en génétique spécialiste des semences, Erol, constate la mutation des semences après quelques récoltes, et rappelle au conseil la théorie sur le « chaos génétique » élaborée par un homme, Cemil, qui a quitté la ville pour la zone tampon, entre terres délaissées et Terres mortes. Depuis, il recherche ce qui pourrait dépasser la destruction. Convaincu de l’intérêt de cette théorie et d’une possible régénération de la terre, Erol part dans ces terres délaissées à sa rencontre. Les deux hommes vont alors entamer ensemble un voyage, ou plutôt une quête qui tient de la prise de conscience.


La Particule humaine est une fable humaniste, qui s’ancre dans une réalité contemporaine et s’interroge, au plan philosophique, sur les fondements des sociétés humaines. Le choix d’un splendide noir et blanc accentue encore la dimension âpre des décors, la désertification de la nature, les ruines urbaines et le graphisme glacial des bâtiments officiels. Le film, tourné en décor naturel, notamment à Détroit et en Cappadoce, crée un malaise par la force du cadre et suscite une réflexion profonde.
Pas de projection futuriste, tout au contraire, (la Particule humaine joue sur une proximité troublante.

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