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Christiane Passevant
Amin. Film de Philippe Faucon (3 octobre 2018)
Article mis en ligne le 1er octobre 2018

par C.P.
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Amin est un film sur le déracinement, sur la solitude des travailleurs immigrés qui vivent une double vie — entre deux mondes —, le travail en France pour aider financièrement la famille restée au pays, et ici les foyers après les chantiers, sans contacts réels avec le reste de la population. C’est le cas d’Amin, qui travaille dans le bâtiment depuis presque dix ans. Sa compagne, Aïcha, et ses trois enfants demeurent au Sénégal auprès de la famille et les visites annuelles d’Amin sont brèves. Les enfants grandissent sans leur père, ce que souligne Aïcha, « quand tu n’es pas là, c’est comme avoir un faux mari et un faux père pour les enfants. » Abdelaziz, ouvrier près de la retraite, vit un véritable déchirement entre deux familles, celle restée au Maroc, et celle qui vit en France. Il y a également la misère affective et sexuelle des plus jeunes. En décrivant les conditions de travail, le quotidien de ces hommes dans les moindres détails, le film représente différentes formes de solitude non choisie.

Comme dans plusieurs des films de Philippe Faucon, les personnages féminins sont très forts, Aïcha, Gabrielle, sa fille adolescente et les filles d’Abdelaziz s’affirment, semblent déterminées et plus aptes à affronter les situations difficiles. Aïcha se révolte contre son beau-frère lorsque celui-ci critique son attitude sur le chantier de la maison familiale en construction. Elle lui fait alors remarquer que les travaux la concernent à plus d’un titre, c’est l’argent d’Amin finalement, et lui lance : « trouve-toi une femme à diriger et laisse-moi tranquille. » Cette scène écorne le cliché de la femme africaine soumise, bien que l’emprise de la famille soit présente sur fond de religion, en particulier sur les enfants. C’est le même besoin d’indépendance que l’on retrouve chez Gabrielle, infirmière en instance de divorce, qui fait les premiers pas vers Amin à l’occasion de travaux qu’il réalise chez elle.

Avec la même délicatesse, Philippe Faucon filme les scènes d’amour entre Amin et Gabrielle, en France, et les retrouvailles d’Aïcha et Amin, au Sénégal. La tendresse est rarement montrée d’une manière aussi naturelle, par petites touches, dans les relations amoureuses, les gestes, les regards, les caresses pudiques. Lorsque Aïcha exprime ses difficultés à vivre la séparation et son désir de suivre son mari en France, Amin lui demande de le soutenir et de comprendre la situation : « il faut que tu prennes sur toi. »

Amin et Abdelaziz sont des hommes fragiles, à la merci des conditions sociales du pays d’accueil, qu’ils doivent accepter en silence. Non seulement, ils sont partagés entre deux cultures, mais également entre le devoir d’aider la famille et la solitude. Pour Abdelaziz, cela se traduit par une résignation, un effacement peu à peu de lui-même. Le film aborde ce problème sans ellipse et avec un très grand respect.

Philippe Faucon souligne, « je vis dans une société et une époque données et je ne conçois pas de m’intéresser à une expression comme le cinéma tout en me désintéressant du monde et de l’époque dans laquelle je vis. » Jusqu’à présent, le déracinement, la solitude et leurs conséquences n’ont guère été traitées au cinéma, pourtant « ces deux géographies fondent un parcours d’exil ou de migration. Le cinéma a cette capacité de mise en parallèle très forte entre les deux mondes. »

Amin de Philippe Faucon est à voir à partir du 3 octobre.

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