DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Christiane Passevant
Volubilis. Film de Faouzi Bensaïdi (19 septembre 2018)
Article mis en ligne le 28 septembre 2018

par C.P.
Imprimer logo imprimer

Après Razzia de Nabil Ayouch, sorti l’année dernière, Sofia de Meryem Benm’Barek, sur les écrans depuis le 5 septembre, voici Volubilis de Faouzi Ben Saïdi qui met en lumière la société marocaine sous l’angle de la lutte des classes. En 2017, le film a été présenté à Venise, puis en compétition au CINEMED, festival international du cinéma méditerranéen, et c’est dans ce cadre que nous avons rencontré Faouzi Bensaïdi.

Pour son quatrième long métrage, Faouzi Bensaïdi — réalisateur et comédien — choisit d’exposer la violence sociale au Maroc. D’un côté, les très riches, de l’autre les très pauvres, condamnés fatalement à le rester. C’est le cas de Malika, domestique, et d’Abdelkader, vigile, qui viennent de se marier, mais doivent renoncer à une vie commune faute de pouvoir payer un loyer. Leur situation est d’autant injuste et exacerbée par le fait que la jeune femme travaille dans les villas luxueuses des très riches et que son compagnon est vigile dans l’un de ces temples de la consommation, un grand magasin de luxe, évidemment inabordable pour lui.

Or lors d’une opération promotionnelle du magasin, il est confronté à l’une des clientes de la classe privilégiée, celle-ci l’humiliant en public alors qu’il ne fait que son boulot. À partir de là s’enchaîne une série d’événements désastreux pour lui et le jeune couple, il est viré, tabassé, et les choses vont aller de mal en pis…

Volubilis est une histoire d’amour sur fond de critique sociale, montrant les méfaits d’un libéralisme sauvage qui amplifie encore l’écart entre les plus pauvres et les plus riches et rend d’autant plus insupportables les inégalités sociales. Aborder ainsi la situation d’un pays par le biais de l’intime renforce d’autant l’argument du film et donne aux faits comme aux préoccupations des personnages un caractère universel. C’est en effet une situation assez banale que vivent Malika et Abdelkader, obligés de se soumettre aux puissants et de se taire. La jeune femme, le dit d’ailleurs : « on ne peut rien contre eux », qui ont l’argent et le pouvoir.

De même que dans Razzia de Nabil Ayouch, Volubilis de Faouzi Ben Saïdi souligne le rôle essentiel des femmes dans la lutte pour l’égalité, sociale et de genre. La révolution viendra des femmes ou ne sera pas semblent dire ces deux réalisateurs.

Le film de Faouzi Ben Saïdi a pour décor Meknès et les ruines antiques de Volubilis, une manière de lier le passé et le présent.
Décidément le cinéma marocain a bien des choses à dire depuis quelques années…



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.80.4