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Christiane Passevant
Le célibataire de Antonio Pietrangeli (5 septembre 2018)
Article mis en ligne le 10 septembre 2018

par C.P.
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Le célibataire met en scène un macho fanfaron, Paolo Anselmi, admirablement interprété par Alberto Sordi, qui ne cesse de se prendre les pieds dans le tapis de ses vantardises et se la joue hystérique dans sa soif de séduire. Il est grossiste en électro-ménager et revendique de collectionner les conquêtes féminines comme un apanage de son charisme et de sa liberté. Il n’en est évidemment rien puisqu’il est prisonnier de son personnage de séducteur patenté et profondément seul. Le film démarre dans l’église où se déroule le mariage de l’ami avec lequel il partage un appartement à Rome, voix off de Sordi qui plaint le nouveau marié d’être tombé dans le piège du couple pour la vie, mais fait aussi le compte de ses conquêtes au milieu des génuflexions et des commentaires des invités. Les sourires de convenance, les non dits se croisent durant le dîner, donnant libre cours à la mesquinerie et à l’hypocrisie de mise dont Pietrangeli fait un festival savoureux et quelque amer. Au milieu de la fête, notre célibataire a beau parader, il doit songer à trouver rapidement un nouveau logement pour laisser la place aux tourtereaux.

Il s’installe finalement dans une pension qui, tout d’abord ne l’emballe guère, jusqu’à ce que ce que collectionneur de conquêtes féminines croise sa voisine, une ravissante hôtesse de l’air. Une aubaine puisque les hôtesses ne peuvent se marier, mais la nouvelle aventure tourne court dès que la jeune femme parle d’union durable. Les femmes défilent dans la vie de Paolo bien que la plupart du temps les rencontres et ses tentatives s’achèvent en fiasco. Sa cruauté envers les femmes fait de lui un "mâle" odieux, à peine caricatural, en même temps que son immaturité grossière est pathétique. Jusqu’à sa mère — la mère italienne dans toute sa splendeur — qui joue les entremetteuses pour marier ce fils volage, ce qui donne toute la dimension du machisme des sociétés méditerranéennes.

Le célibataire d’Antonio Pietrangeli est à la fois une comédie satirique autour d’un homme, célibataire endurci, et une vision critique des rapports hommes/femmes dans l’Italie des années 1950. C’est l’après-guerre, la reconstruction, une forme — très aléatoire et superficielle — de libéralisation des mœurs, mais la comédie fait avant tout le portrait d’une société où les codes moraux, l’église omniprésente, régissent les comportements et les représentations sociales. Le mariage demeure le but de la plupart des femmes, les relations sexuelles hors mariage sont compliquées, quant au divorce, il est interdit. Bref, dans cette société, hommes et femmes sont coincées dans des rôles assignés d’avance et sont, tour à tour, victimes des conventions sociales, de l’hypocrisie et d’une séduction factice.

Le célibataire d’Antonio Pietrangeli, qui date de 1955 et sort en copie restaurée, propose une analyse profonde et humoristique des rapports entre les hommes et les femmes, et marque le renouveau du comique italien, largement exploité par la suite. À souligner la participation au scénario d’Ettore Scola qui cultivera aussi, entre autres, cette veine dans ses réalisations des années 1960. Cela donne des comédies grinçantes qui font évidemment ressortir l’enfermement des personnages masculins dans leur rôle de macho et le sexisme latent dans la société italienne.

Antonio Pietrangeli réalise avec Le célibataire une peinture des plus critiques de la société patriarcale, qui piège littéralement hommes et femmes, préfigurant aussi ses prochains films dont certains peuvent être qualifiés de féministes. Il faut dire que les personnages féminins du film ne sont guère ni longtemps dupes des simagrées machistes de Paolo/Alberto Sordi. Le célibataire est aussi une occasion de découvrir ou de redécouvrir l’œuvre d’un cinéaste majeur du cinéma italien.

Quant au casting, il est superbe. Outre Alberto Sordi, on y voit Sandra Milo, Nino Manfredi, Madeleine Fischer, Anna Maria Pancani , María Asquerino, Fernando Fernán Gómez…

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