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Christiane Passevant
À la recherche de Ingmar Bergman. Film documentaire de Margarethe von Trotta (5 septembre 2018)
Article mis en ligne le 9 septembre 2018

par C.P.
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« Il y a plusieurs femmes en moi » disait Bergman, et Margarethe von Trotta, qui réalise ce film, est certainement l’une des réalisatrices les plus évidentes pour aborder l’œuvre d’un cinéaste majeur dont les influences sont toujours aussi fondamentales. D’une part, elle a trouvé sa voie en découvrant Le Septième sceau, sorti en 1957, qui a déclenché son désir de réalisation, et d’autre part, elle fait partie des onze cinéastes cité.es par Bergman lorsqu’on lui a demandé de dresser une liste de réalisations importantes à ses yeux. Margarethe von Trotta, réalisatrice des Années de plomb (1981), y côtoie Fellini pour La Strada (1954), Billy Wilder pour Sunset Boulevard (1950), mais également Chaplin et Tarkowsky.

Von Trotta choisit d’aller À la recherche de Ingmar Bergman avec pour fil d’Ariane ses actrices, ses compagnes… Le film ouvre sur la scène mémorable du Septième sceau lors de l’éveil du chevalier sur la plage et sa rencontre avec la mort, dont elle filme, en parallèle, le même espace aujourd’hui. C’est un début confondant de beauté et de magie cinématographique. La réalisatrice part de cette scène qu’elle se réapproprie en quelque sorte pour exprimer le choc émotionnel produit sur la jeune femme qu’elle était, et poursuit ensuite son « voyage » dans une œuvre de plus de cinquante films et de 100 pièces de théâtre, alternant les archives, les entretiens avec des comédiennes, les enfants de Bergman dont l’un des fils est réalisateur, mais aussi avec des cinéastes toutes générations confondues.

À la recherche de Ingmar Bergman n’est pas un documentaire classique, c’est plutôt une enquête, une envie de partager l’itinéraire d’un des plus grands cinéastes qui n’a pas restreint son œuvre cinématographique à un genre ou à un format, il a expérimenté bien des voies d’expression du cinéma comme du théâtre. En effet, « en plus de ses drames, il a réalisé des comédies légères, des films métaphysiques, des études érotiques et sensuelles, des films expérimentaux ».

Dans le film de Margarethe von Trotta, on rencontre la vie, la création, les doutes, les fêlures d’un homme qui « n’avait pas peur de regarder au fond de l’abîme […] et ne faisait jamais de compromis ». Bergman n’hésitait pas à mêler cinéma d’auteur et cinéma dit populaire, ce qu’il expliquait ainsi : « Pour moi les films ne sont pas des objets intellectuels, ils sont dans l’émotion. C’est là que je vois leur effet. Si un homme et une femme regardent Scènes de la vie conjugale à la télévision et qu’ils vont dans leur cuisine pour prendre un sandwich et une bière, et qu’ils commencent à discuter, alors j’ai atteint mon objectif ».

Dans À la recherche de Ingmar Bergman, Margarethe Von Trotta se fait conteuse, enquêtrice, complice pour découvrir non seulement l’artiste, mais aussi l’homme. Ce qui déclenche l’envie de voir ou de revoir l’œuvre immense et novatrice de Bergman qui déclarait : « je ne cherche que dire la vérité de la condition humaine. »

Chacun et chacune ajoutera au film ses propres découvertes de l’œuvre de Bergman, ses propres « chocs » jouant parfois un rôle de prise de conscience. Je choisirai, à l’instar de Margarethe von Trotta, Le Septième sceau pour la force et la beauté des images, pour la réflexion philosophique, mais certainement aussi Le Silence et l’Œuf du serpent qui sont à mon avis des films très forts pour saisir les méandres et la réalité du totalitarisme, même si Bergman se défendait de réaliser des films politiques.

Dans une époque de recherche à propos de l’image et de nouveaux supports, À la recherche de Ingmar Bergman de Margarethe von Trotta est un film passionnant en même temps qu’une grande leçon de cinéma : une exploration fascinante sur ce que peut être la création cinématographique.



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