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Christiane Passevant
Ce que peut le cinéma de Alain Brossat et Jean-Gabriel Périot (la Découverte)
Article mis en ligne le 9 septembre 2018
dernière modification le 1er octobre 2018

par C.P.
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Ce que peut le cinéma sont une suite de « conversations », des échanges entre Jean-Gabriel Périot, réalisateur, et Alain Brossat, philosophe. Le fabricant et le spectateur cherchent à se comprendre, ont des positions différentes face au cinéma, même s’il y a du commun dans la manière de penser le monde. Cela donne un livre dense et passionnant qui analyse la production cinématographique, les codes de l’industrie cinématographiques, l’impact des films, la création et les outils du cinéma…

Jean-Gabriel Périot écrit : « Il est probable que si, lorsque j’avais vingt ans, un “cinéma politique” contemporain avait alors pleinement existé comme il a pu exister dans les années 1920-1930 ou dans les années 1960-1970, je n’aurais jamais réalisé de film. Je travaillais alors comme monteur et cela me satisfaisait. J’avais bien envie de faire des films depuis que j’étais adolescent, mais je n’étais pas pressé. Par contre, je ressentais un vrai manque comme spectateur. Il y avait peu de films qui m’aidaient à comprendre le monde dans lequel je vivais ou de films qui “prenaient position”. On pouvait bien voir en salles ou en DVD des films “engagés” ou “politiques” des décennies précédentes, mais aucun équivalent contemporain. Ce vide d’un “cinéma politique” était ironiquement renforcé par le fait que, dans les années 1990, les critiques de cinéma (et d’art) se piquaient de définir comme “politique” la moindre œuvre ou le moindre film qui parlait un tant soit peu du réel. Tout était devenu “politique” alors même que rien ne l’était... »

Et Alain Brossat de commenter par rapport à l’actualité : « Ce n’est pas seulement la politique qui est devenue de plus en plus rare en ce temps de manque, ou l’art lui-même, au fur et à mesure que la culture, elle, envahit tout, c’est aussi la discussion non formatée par les appareils de la com’, de la culture et de l’université qui l’est devenue. […]
Je suis effrayé de voir [écrit-il] avec quelle rapidité les termes qui connotent les échanges verbaux, écrits, intellectuels ou non, ont été corrompus par les systèmes logocratiques qui se sont mis en place au cours des dernières décennies. Tous ces termes puent, littéralement, aujourd’hui, à commencer par « communication » dont Habermas avait voulu faire le mot clé de son ambitieuse théorie de la pacification des échanges. “Débat” (le plateau de télé), “dialogue” (“social” en lieu et place de lutte des classes), “message”, “rencontres”, etc. – tout ceci illustre la façon dont d’une part la circulation du bavardage formaté et encadré est devenue un fabuleux marché et, de l’autre dont, de façon toujours plus décisive, gouverner, c’est contrôler la façon dont sont formés et diffusés les énoncés – la police des discours. »

Si pour Jean-Gabriel Périot, « faire des films est avant tout une façon de [s]e forcer à travailler, à réfléchir, à comprendre un tant soit peu le monde [pour] essayer non pas d’élaborer une pensée mais de préciser les questions » sur tel ou tel sujet, qu’en est-il pour le public, pour ceux et celles qui regardent les films ?
Cela entame une discussion qui est loin d’être close…
Ce que peut le cinéma ? La question reste ouverte…

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