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Christiane Passevant
Mon Tissu préféré. Film de Gaya Jiji (18 juillet 2018)
Article mis en ligne le 30 juillet 2018

par C.P.
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il y a matière à aller dans les salles obscures durant cette parenthèse estivale, à commencer par le film de Gaya Jiji, Mon tissu préféré, qui sera sur les écrans le 18 juillet.

Mon Tissu préféré de Gaya Jiji se détache comme une œuvre à la fois originale, touchante et étonnamment subversive dans l’expression de la nécessité de liberté d’une jeune Syrienne.
Le film a été présenté à Cannes dans la section Un certain regard.

Ce premier long métrage de Gaya Jiji fait montre d’une observation remarquable dans la création de ses personnages, pour la plupart, féminins. Notamment Nahla, héroïne au centre de l’histoire, qui par la complexité de ses désirs intimes, sa soif d’émancipation et sa rébellion contre la société et le schéma de vie imposé aux femmes, préfigure un écho de la révolte populaire qui gronde. C’est le début des manifestations pacifiques en Syrie, que les médias qualifiaient alors de continuité des « printemps arabes ». Le film se déroule en effet au début de la révolution populaire qui se superpose en trame sonore au récit cinématographique.

Mon tissu préféré est une illustration de l’expression « le privé est politique » ! Nahla veut sa liberté, s’exprimer, le contrôle de sa vie sans autorité supérieure qui provienne de la famille ou de la société. La représentation du désir, du fantasme féminin, de même que la description du huis clos des relations familiales, à la fois proches, pesantes et conflictuelles, sont d’une véracité rare et troublante. Il y a d’un côté les interdits, les tabous, les non dits de la sphère privée, de l’autre, dans la sphère publique, la révolte grandissante qui monte de la rue et la répression qui l’accompagne. La révolte de Nahla est en quelque sorte emblématique de celle de la population.

Nahla s’échappe par l’imagination et les fantasmes dans lesquels elle a la sensation d’exister réellement, de s’exprimer librement, tandis qu’elle semble absente dans la réalité. En revanche, la répression est partout présente. L’arrivée d’une nouvelle habitante dans l’immeuble, une femme indépendante, lui semble alors une réponse, une porte qui s’entrouvre, un dépassement des interdits. Immédiatement attirée par cette femme, Nahla va tout faire pour la connaître et s’immiscer dans le monde qu’elle représente ou plutôt qu’elle imagine.

Mon Tissu préféré de Gaya Jiji met en scène la recherche d’identité, raconte la prise de conscience et la volonté d’émancipation d’une femme dans le contexte particulier d’un pays au bord du gouffre.



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