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Christiane Passevant
Le Dossier Mona Lina. Film d’Eran Riklis (4 juillet 2018)
Article mis en ligne le 27 juin 2018

par C.P.
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Dès les premières images, avant même le générique, c’est l’arrivée nocturne en trombe de voitures sur une plage et l’évasion dangereuse et clandestine d’une femme, dont on ignore qui elle est. On apprend par la suite qu’elle est libanaise chrétienne et qu’elle est soupçonnée par le Hezbollah d’avoir livré des informations aux services secrets israéliens, le Mossad. C’est ce dernier qui a organisé sa fuite afin de l’exfiltrer vers l’Allemagne, après une opération esthétique destinée à la rendre méconnaissable, c’est le début du Dossier Mona Lina.

Mise à l’abri dans une planque à Hambourg en attendant la cicatrisation de l’opération, Mona est gardée par une agente du Mossad, Naomi, chargée de la protéger et de lui tenir compagnie. La rencontre est régie par une mutuelle méfiance. Tandis que Mona n’accepte pas son changement physique et ne supporte pas les règles, Naomi a accepté la mission, mais se veut prendre aucun risque. « Je voulais [souligne Eran Riklis] faire un polar accessible au plus grand nombre mais aussi explorer les aspects les plus sensibles de mes personnages, le tout ancré dans la complexité et la richesse du Moyen-Orient. »

Un huis clos s’installe donc entre les deux femmes [1] — c’est le nœud du film —, avec le danger autour d’elles sans cesse présent. Tous les ingrédients du suspens s’accumulent, la suspicion, le jeu de dupes, les magouilles entre services secrets, la traque des agents libanais, l’enquête truquée du Mossad pour brouiller les pistes, il y a là, en raccourci, les différents aspects de la composante politique moyen-orientale, sans oublier le rôle, en sous-main, des Etats-Unis voulant jouer sur tous les tableaux… Espionnage, trahison et traque.

Le dossier Mona Lina est réalisé dans le plus pur genre d’espionnage avec de l’action et des rebondissements. Mais outre le rythme percutant du film, son originalité découle du traitement psychologique des rapports entre les deux femmes, l’une étant menacée de mort et voulant retrouver son fils de 8 ans, et l’autre tentant par tous les moyens d’avoir un enfant après la mort de son compagnon.

La méfiance, la désillusion et la manipulation sont les ingrédients de ce thriller psychologique et d’espionnage avec la question essentielle et récurrente : qui est le ou la traître de qui ?

Inspiré par une nouvelle de l’écrivaine Shulamith Hareven, le défi d’Eran Riklis a été, dès l’écriture, de « faire coexister l’histoire intime des deux héroïnes et l’intrigue l’intrigue plus générale du film et ses éventuelles répercussions ». Les personnages féminins du cinéma d’Eran Riklis [2] sont comme toujours forts et centraux, et le réalisateur ne déroge pas, dans son nouveau film, à ce choix. Le rapprochement de Naomi et de Mona dans cet appartement, qui a caché une famille juive pendant la période du régime nazi, rappelle le lien créé entre Mira et Salma dans son film de 2008, les Citronniers. En effet, dans ce huis clos imposé par la traque, les deux femmes vont peu à peu nouer une relation de complicité, bien au-delà des tensions et des enjeux politiques.

Le Dossier Mona Lina sort le 4 juillet.

Notes :

[1Interprétées avec intensité par Golshifteh Farahani (Mona) et Neta Riskin (Naomi)

[2Quelques film d’Eran Riklis : La Fiancée syrienne (2004), Les Citronniers (2008), Le Voyage du directeur des ressources humaines (2010), Mon Fils (2015).



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