DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Gilles Tourman
Have a nice day. Film d’animation de Liu Jian
Sortie nationale : 20 juin 2018
Article mis en ligne le 7 juin 2018
dernière modification le 16 mai 2018

par C.P.
Imprimer logo imprimer

Un polar parodique et savoureux

Afin de financer l’opération esthétique de sa fiancée, Xiao Zhang vole une importante somme d’argent à Oncle Liu, son patron et mafieux local, qui lance à ses trousses un tueur à gages, Skinny. Informés du vol, d’autres malfrats en font autant.
Depuis un cybercafé, Xiao informe sa famille qu’il est en possession de la sacoche contenant les 500 000 yuans dérobés à son employeur pour réparer l’opération esthétique qui a défiguré Yan Zi sa fiancée. Il prend la chambre 301 dans un hôtel proche de la gare. Les tenanciers de l’hôtel, Œil Jaune et sa femme, enlèvent Xiao et la sacoche, mais en voulant casser un radar qui les a flashés, Œil Jaune s’électrocute.

De son côté, Skinny trouve le cybercafé, pirate le compte de Xiao, usurpe son identité et va l’attendre dans la chambre 301. Dans la foulée, il y neutralise un couple de chanteurs ringards attirés pat le magot volé. Sur ces entrefaites, l’hôtelière seule rencontre, grâce à sa sœur, Lao Zhao, qui bosse pour Oncle Liu et accepte de la conduire en ville. Xiao reprend conscience, retourne au Cyber café avec la voiture d’Œil Jaune, voit le message laissé par Skinny, file dans sa chambre, le blesse en se battant avec lui et repart, désespéré. En sang, Skinny appelle son boss à l’aide. Oncle Liu vient à sa rencontre avec Ade, son bras droit.

Pendant ce temps, Lao Zhao réalise que la sacoche de l’hôtelière contient le magot qu’elle défend âprement… Et c’est l’accident. À partir de là tout s’emballe, Oncle Liu arrive sur les lieux, mais se fait écraser en traversant pour récupérer la sacoche. Œil Jaune, qui passe au même moment, tue Ade et meurt à son tour. Alors qu’il roule au hasard sous l’orage, Xiao parvient à son tour à l’endroit du massacre et retrouve la sacoche…

Retiré du Festival d’Annecy 2017 sur pressions du gouvernement chinois qui n’appréciait pas l’image donnée de l’Empire du Milieu par ce deuxième long métrage du réalisateur (bien présent cette année à celui de Berlin), ce bjjou de film d’animation “noir” où une sacoche de 500 000 yuans joue le même rôle intercesseur que les boucles d’oreilles de Madame De [1]o tempora o mores ! — est étourdissant. Déjà par la succession des nombreux héros qui s’entrecroisent, puis par la variété drolatique des dialogues, allant du plus trivial au plus philosophique, que ne désavouerait pas Quentin Tarentino.

Étonnamment, le graphisme des personnages y est aussi sommaire dans l’esquisse et les mouvements que celui des décors est précis, façon d’Edgard P. Jacobs, et magnifiquement animé (splendide interlude sur un fleuve plus vrai que nature). Nec plus ultra, l’humour constant de ces Tontons flingueurs chinois est tout aussi divers que le verbe, alternant absurde, pamphlet, ironie, parodie… tout en restant ancré dans la réalité sociale des personnages. Car, autre qualité de Liu Jian, s’il s’autorise des digressions stylistiques dans la narration (plans séquences — parfois musicaux — sur les paysages), son respect et son sens de l’observation de la vie quotidienne sont impressionnants et admirables. Et puis, comment ne pas apprécier un film dont la fin, tel un conte d’une réjouissante amoralité, semble affirmer, avec ce blanchiment d’argent sale mis au triple service d’un mariage, du lien filial et de la tradition, que l’important réside dans l’intention de l’acte bien plus que dans la nature et la provenance de l’objet ?!

Notes :

[1Madame De, Max Ophüls, 1953.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.80.4