DIVERGENCES 2
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Christiane Passevant
Comme elle vient de Swen de Pauw
9 janvier 2019
Article mis en ligne le 21 janvier 2019

par C.P.
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On se croirait tout d’abord dans une suite de rushes avec images noires, son off, claps et changement de bobines. En fait, si le support cinéma est là, il n’est pas question de l’oublier, on devine rapidement qu’il s’agit d’autre chose… C’est un long entretien — une nuit entière — non stop en compagnie de Georges Federman, qui cette fois n’est plus le psychiatre qui écoute, spécialiste du droit des étrangers, mais celui qui raconte ses luttes personnelles, ses convictions, ses passions, et revient évidemment sur son engagement et son combat humaniste.

Nouveau clap. On passe à la politique et à l’analyse du système. La vocation ? Il s’agit plutôt d’une formation qui enseigne la compétition, où les confrères et les consœurs sont de facto des rivaux et des rivales. Quant aux personnes malades, elles ne sont visiblement pas dans le même camp. La hiérarchie est partout — entre généralistes et spécialistes par exemple — et il faut dire qu’il est difficile pour des médecins issu.es pour la plupart des classes moyennes et supérieures de comprendre les classes pauvres et défavorisées. Comment en effet soigne-t-on quelqu’un qui gagne 450€ par mois lorsqu’on en gagne soi-même 10 000 ou plus ? Il est plus simple et confortable de penser que les pauvres sont finalement responsables de leur pauvreté et par conséquent refuser de les soigner.

La sociologie du corps médical ? Elle est du côté du pouvoir, et la question morale ou éthique est évacuée… La pauvreté n’est pas une faute, c’est un symptôme psychiatrique dit Federman, comme la toxicomanie est un fait social. Il revient également sur l’existence du musée de la race de Strasbourg, matrice du nazisme, sur les liens du corps médical avec le nazisme, les préconisations à propos du gazage des déviants, et ensuite sur le négationnisme. Il ne faut pas non plus passer sous silence les 500 000 traumatisés de la guerre d’Algérie et les déserteurs… Les Refuzniks, dit-il, sont les héros d’aujourd’hui.

Plus jamais ça ! On aime la formule, mais qui l’applique ? Comme elle vient a cela de passionnant que le film est un flux ininterrompu de questions essentielles discutées, soulevées, par exemple le pouvoir des multinationales pharmaceutiques dont le profit est basé sur la souffrance et la maladie. Interdiction de faire des médicaments génériques malgré la mortalité dans le monde… La médecine soigne à deux vitesses, celle des riches et celle des pauvres. La liberté est plus importante que le pouvoir pour Georges Federman qui a choisi de soigner les pauvres et les « cabossé.es » comme il dit.

Avec Comme elle vient, Swen de Pauw prend le parti de garder cet aspect spontané du tournage en 16mm pour sans doute éviter tout artifice cinématographique qui pourrait dénaturer, habiller, polir les propos de Georges Federman, qui se laisse aller en toute liberté dans un entretien original et sincère. C’est un film à partager, à discuter…

Comme elle vient est dans les salles depuis le 9 janvier.

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